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Addiction: les modes de consommation moins liés au sexe qu'aux contextes sociaux des deux sexes, souligne l'Insee

PARIS, 21 février 2008 (APM) - Les modes de consommation des substances psychoactives sont moins liés au sexe des individus qu'aux "rôles sociaux qui modèlent les rapports entre hommes et femmes", quand le niveau de consommation des différentes substances reste nettement sexué, montre une analyse de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) rendue publique jeudi.
Ce travail, publié dans "Regards sur la parité", analyse selon une grille socio-économique les résultats de l'enquête en population générale Baromètre santé 2005 réalisée par l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes). Cette enquête s'appuyait sur un sondage réalisé au cours d'entretiens téléphoniques de 40 minutes, auprès de 30.514 personnes, dont plus de 4.000 disposant uniquement d'un portable.
"Explorer les modes de consommation de différentes substances psychoactives permet de montrer que le rapport au produit ne se résume pas à une simple caractéristique sexuelle", notent les auteurs.
Ils soulignent que "si certains produits sont plus consommés par les hommes -alcool et cannabis- et d'autres par les femmes -médicaments psychotropes-, ces tendances peuvent varier suivant l'âge, le niveau d'éducation et le milieu social des personnes".
"Les différences de comportements entre hommes et femmes sont moins marquées dans les milieux favorisés que dans les milieux populaires, suggérant que la prévention, si elle a à gagner à prendre le genre en considération, ne peut faire l'économie d'accorder une place importante aux contextes sociaux de consommation", mettent-ils en avant.
Les hommes demeurent toutefois les principaux consommateurs et expérimentateurs de produits psychoactifs. Parmi les 18-64 ans, 33,5% des hommes consomment régulièrement du tabac (contre 25,6% pour les femmes), 28,6% de l'alcool (9,7%), 4,2% du cannabis (1,2%) mais 24,3% des femmes ont pris récemment des médicaments psychotropes contre 13,8% des hommes.
Cette surconsommation féminine est plus fréquente surtout parmi les personnes âgées et peut être rapprochée d'une plus grande anxiété déclarée, indique l'analyse.
Les auteurs notent, qu'à âge donné, l'étude confirme que toutes les substances illicites ou détournées de leur usage sont plus souvent consommées par les hommes que par les femmes. Les hommes sont, à âge donné, 1,8 fois plus nombreux que les femmes à avoir expérimenté des amphétamines, 2,1 fois plus nombreux pour le cannabis.
Le risque masculin relatif de consommer est également supérieur pour les produits inhalés, les poppers, le LSD ou les champignons hallucinogènes.
Tous âges confondus, pour le cannabis, "le ratio brut s'élève avec l'augmentation de la fréquence de l'usage, montrant que si les hommes sont d'emblée plus expérimentateurs que les femmes, l'écart croît au fur et à mesure que cette pratique se maintient et s'intensifie", soulignent les auteurs.
Les résultats de l'enquête montrent également que les femmes ont des comportements face à l'alcool assez radicalement différents suivant leur âge, au point que les jeunes femmes se distinguent davantage de leurs homologues les plus âgées que les hommes des leurs, pointe l'Insee.
Cette analyse indique que le tabac s'avère être la substance pour laquelle la différence sexuelle est la moins marquée, le niveau de consommation des femmes s'étant progressivement rapproché de celui des hommes au cours des dernières décennies. Les écarts les plus faibles entre sexes se retrouvent parmi les 18-24 ans.
LA CONSOMMATION FEMININE D'ALCOOL AUGMENTE AVEC LE STATUT SOCIAL
L'analyse rappelle que la consommation régulière d'alcool est associée à l'arrivée dans le monde du travail pour les plus jeunes, et au chômage pour les plus âgés. Elle souligne également que "le niveau de diplôme ne semble pas lié à la fréquence de consommation d'alcool et d'ivresse une fois l'âge et le sexe contrôlés".
Les auteurs pointent cependant que "l'élévation dans l'échelle sociale se traduit donc globalement par une diminution de la consommation régulière d'alcool pour les hommes, et par une augmentation pour les femmes".
"De ce fait, plus le niveau d'instruction est élevé ou la catégorie sociale aisée, plus les modes de consommations d'alcool des hommes et des femmes convergent".
Le risque relatif des hommes, par rapport aux femmes, décroît quand le niveau de diplôme augmente. Les hommes n'ayant pas de baccalauréat ont 5,5 plus de risques de consommer régulièrement de l'alcool que les femmes sans ce diplôme. Ce risque passe à 3,2 chez les bacheliers par rapport aux bachelières.
Parmi ces dernières, il tombe à 2,7 chez les personnes dotées d'un diplôme de niveau bac+5 ou supérieur. Chez les actifs occupés, le risque relatif des hommes est trois fois supérieur chez les cadres par rapport à leurs homologues féminines, quand ce risque est 6,4 supérieur chez les ouvriers.
L'ivresse alcoolique -déclarée par les sondés- est plus fréquente chez les femmes titulaires d'un diplôme supérieur au baccalauréat que chez les autres femmes, sans qu'on observe de relation similaire parmi les hommes, font remarquer les auteurs.
Pour les moins de 25 ans, elle est principalement associée au statut d'étudiante. Parmi les actives occupées, elle est également plus fréquente chez les femmes cadres que chez les femmes d'autres catégories sociales alors que c'est le contraire parmi les hommes, indique l'Insee.
L'ELEVATION DU STATUT SOCIAL RAPPROCHE LES MODES SEXUES D'USAGE DU CANNABIS
Entre 18 et 25 ans, "ce sont les étudiants du supérieur" qui présentent la plus faible différence de risque associé au sexe pour l'usage régulier, "les chômeurs s'avérant de loin la catégorie où ces usages sont les plus masculins" et entre 26 et 54 ans, les écarts entre hommes et femmes sont beaucoup plus réduits parmi les actifs occupés que chez les chômeurs.
Cependant, si l'élévation du diplôme "va de pair avec une raréfaction des usages réguliers parmi les hommes", ce n'est pas le cas pour les femmes.
Par ailleurs, la consommation de tabac quotidienne concerne en premier lieu les "milieux populaires ou défavorisés" et les chômeurs. Globalement, le tabagisme quotidien des catégories sociales "les plus favorisées" est à la fois "faible et unisexe, alors que celle des catégories sociales les moins favorisées est plus forte et plus masculine".
Enfin, la surconsommation de médicaments psychotropes est liée à la situation de chômage et le milieu de l'agriculture se distingue par une sous-consommation de ces produits. Quel que soit le niveau de diplôme, les hommes ont entre 0,4 et 0,5 fois moins de risque relatif que les femmes d'avoir consommé ce type de médicaments au cours de l'année.
"L'inégale distribution des usages de produits psychoactifs licites ou illicites dans la population, selon l'âge, les catégories sociales et le genre, suggère de développer des approches préventives différentielles", appuient les auteurs.
"Il est clair que les seules consommations de drogues, fussent-elles licites, ne peuvent expliquer les différences de morbidité et de mortalité entre hommes et femmes", indiquent-ils, tout en soulignant que "les risques évitables pour la santé auxquels s'exposent les hommes et les femmes en consommant des drogues participent des inégalités générales de santé".
Comme "le montre la convergence des modes de consommation des hommes et des femmes avec l'élévation de la catégorie sociale ou du niveau d'instruction, les préjudices pour la santé sont plus importants au bas de l'échelle sociale pour les hommes, mais pourraient bien le devenir aussi en haut pour les femmes", concluent-ils.
/cc/eh/APM

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