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UV artificiels: jusqu'à 2.290 décès par mélanome attendus en France sur 30 ans si rien ne change

PARIS, 23 mai 2012 (APM) - Le nombre de décès par mélanome attendus en France dans les 30 prochaines années est estimé entre 566 et 2.288 si les habitudes d'exposition aux UV des cabines de bronzage ne changent pas, selon une étude publiée dans le Bulletin hebdomadaire épidémiologique (BEH).
L'Institut de veille sanitaire (BEH) diffuse mercredi un numéro thématique du BEH sur le bronzage artificiel à l'occasion de la journée nationale de prévention et de dépistage des cancers de la peau organisée jeudi, notamment par l'Institut national du cancer (Inca) et le Syndicat national des dermatologues vénéréologues (SNDV).
Mathieu Boniol de l'International Prevention Research Institute (IPRI) à Lyon et ses collègues ont voulu quantifier l'impact de l'exposition aux UV artificiels sur l'incidence des mélanomes cutanés en France et sur la mortalité.
Pour cela, ils ont élaboré un modèle à partir des données du baromètre cancer 2010 et d'une méta-analyse de 2006, testant plusieurs scénarios (exposition avant 35 ans seulement, exposition au cours des 12 derniers mois).
Les résultats indiquent que globalement, 4,6% des cas de mélanomes cutanés en France sont attribuables aux cabines de bronzage. Appliquée en France, cette estimation signifie que sur l'incidence et la mortalité de 2008, 347 cas parmi 7.532 nouveaux cas et 76 décès parmi 1.657 étaient attribuables aux UV artificiels.
Les différents scénarios testés conduisent à estimer l'incidence des cas de mélanome liés aux cabines de bronzage entre 91 et 350 cas et le taux de décès annuel, en supposant que les cas induits par les UV artificiels ont le même pronostic que les UV naturels, entre 19 et 76 cas.
Les chercheurs font observer que ces estimations d'impact sanitaire sont probablement sous-estimées parce qu'elles ne tiennent pas compte du vieillissement de la population notamment et qu'elles ne portent que sur le mélanome alors que les UV artificiels ont d'autres effets attendus, comme d'autres cancers cutanés (carcinomes basocellulaires et épidermoïdes) et des effets oculaires (dégénérescence maculaire de la rétine, cataracte, cancers...) en particulier.
Même si les UV artificiels ne sont responsables que d'"une part modeste" du nombre de mélanomes cutanés, les auteurs estiment qu'un renforcement des actions de prévention est nécessaire pour diminuer la pratique des UV artificiels à visée esthétique, suggérant une interdiction totale des cabines de bronzage.
"Cet impact en termes de mortalité est comparable à celui attribué à l'usage d'un médicament antidiabétique oral qui a été récemment retiré du marché pour ce motif (entre 500 et 2.000 décès sur 30 ans", font-ils observer, faisant référence à Mediator* (benfluorex, Servier) sans le citer.
PROGRESSION DU MELANOME COMME CAUSE DE CANCERS EN FRANCE
Dans un encadré accompagnant cet article, Anne Thuret de l'InVS fait une mise à jour de l'épidémiologie du mélanome cutané en France, donnant les projections d'incidence et de mortalité jusqu'en 2011.
Alors que les données de 1998-2005 indiquaient qu'en France, le mélanome cutané se situe au huitième rang des cancers chez la femme et au 12ème rang chez l'homme (cf dépêche du 27/02/2012 à 18:47), les nouvelles estimations portent le mélanome en 2011 au sixième rang chez la femme et au huitième rang chez l'homme, avec respectivement 5.100 et 4.680 nouveaux cas par an.
Dans ce numéro thématique du BEH, l'InVS publie également une enquête issue du baromètre cancer 2010 indiquant que 13,4% des Français déclarent avoir déjà utilisé des UV artificiels au cours de leur vie et notamment 3,5% des moins de 18 ans alors que l'accès des cabines de bronzage doit être refusé aux mineurs.
Cette étude indique qu'un peu moins de la moitié des personnes interrogées se sentent bien informées sur les risques associés aux UV et que certaines idées fausses persistent, comme l'intérêt des UV artificiels pour préparer la peau au soleil et éviter les coups de soleil (25%).
Un article particulier est consacré à ces idées reçues. Les auteurs soulignent l'importance de "délivrer une information précise sur les dangers associés à ces expositions".
Un autre article fait le point sur la réglementation concernant les UV artificiels et montre que les moyens techniques et humains manquent pour contrôler les appareils de bronzage et réduire le nombre de moyens sanitaires associés à la fréquentation des cabines UV.
(Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 22 mai, n°18-19, p203-222)
/ld/ab/APM

[LDPEM006]

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