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Une modélisation prédit trois fois plus de cancers métastatiques de la prostate sans PSA

WASHINGTON, 30 juillet 2012 (APM) - Sans dépistage de la population générale par dosage du PSA (antigène spécifique de la prostate), l'incidence annuelle des cancers métastatiques serait plus de trois fois supérieure à ce qu'elle est actuellement, selon une modélisation mathématique américaine publiée en ligne par la revue Cancer.
Le dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA fait débat en France. Il est très largement pratiqué: plus de 75% des hommes de plus de 55 ans ont eu au moins un dosage de PSA entre 2008 et 2010 (cf dépêche du 10/07/2012 à 14:23). Toutefois, au fil des publications scientifiques qui se contredisent, la polémique sur son intérêt prend de l'ampleur.
Le 4 avril, la Haute autorité de santé (HAS) a confirmé, dans un avis, qu'elle restait défavorable au dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA, et ce, même dans des populations à haut risque. Le lendemain, le médecin-conseil national de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), Hubert Allemand, a remis publiquement en question la pertinence de ce dépistage.
La France n'a pas le monopole de ce débat. Outre-Atlantique, après un premier avis non définitif en octobre 2011, l'US Preventive Services Task Force (USPSTF) s'est officiellement prononcée contre le dosage de PSA dans la population générale en mai. Son remboursement par les programmes de santé pourrait être affecté par cette position.
Pour défendre le dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA, la société américaine d'urologie oncologique a publié une réponse à l'USPSTF, notamment dans la revue Urologic Cancer. Son président en exercice, Edward Messing, du centre universitaire médical de Rochester, signe en tant que coordonnateur une modélisation mathématique de l'avenir sans PSA.
Les données sur l'impact du dosage du PSA sur la mortalité étant contradictoires, les auteurs ont évalué son intérêt dans l'incidence des cancers métastatiques.
Ils se sont basés sur les registres américains SEER, utilisés chaque année par le National Cancer Institute (NCI) pour estimer la mortalité par cancer, mais n'ont pris en compte que ceux de neuf Etats ou régions pour disposer de données allant de 1983 à 2008. Comme le dosage du PSA a été autorisé par la Food and Drug Administration (FDA) en 1986, le taux d'incidence annuel des cancers métastatiques dans "l'ère pré-PSA" a été calculé à partir des données recueillies entre 1983 et 1985.
Ils ont fait des estimations par tranches d'âge et en fonction de l'origine ethnique, les cancers métastatiques étant plus fréquents l'âge avançant et chez les Afro-américains.
Globalement, en considérant toutes les tranches d'âges et les différentes origines ethniques, les auteurs estiment que "sans dépistage, le taux d'incidence annuel de cancers métastatiques serait 3,1 fois plus important qu'actuellement".
Les auteurs rappellent qu'ils n'ont pas pris en compte quelques facteurs de confusion tels que l'obésité, dont la prévalence a fortement progressé depuis 1983-85 aux Etats-Unis. Ils en concluent néanmoins que ces résultats "sont importants, notamment en raison du vieillissement rapide de la population et au regard de la recommandation récente de l'USPSTF contre le dosage par PSA dans la population générale".
Pour Philippe Autier, directeur de recherche à l'International Prevention Research Institute (IPRI) de Lyon, interrogé par l'APM, "l'incidence des cancers très avancés avait commencé à diminuer avant l'introduction du PSA aux Etat-Unis. De même, l'incidence des cancers colorectaux avancés chute depuis les années 1980 dans différents pays, dont le Royaume-Uni et les Etats-Unis, notamment parce que la population est mieux sensibilisée".
"Les données sur lesquelles les auteurs se basent sont certes historiques et issues de registres fiables, mais l'extrapolation est faite à partir d'un petit échantillon et beaucoup de choses ont changé depuis 1983", poursuit-il.
(Cancer, publication en ligne avancée du 30 juillet 2012)
/vib/cd/ab/APM

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