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Dépistage du cancer de la prostate: le bénéfice dans l'étude ERSPC minoré quand on prend en compte les effets négatifs

WASHINGTON, 16 août 2012 (APM) - Le bénéfice du dépistage du cancer de la prostate en termes de mortalité qui a été observé dans la grande étude européenne ERSCP doit être minoré de près d'un quart en prenant en compte aussi les effets délétères de ce dépistage, montre une modélisation effectuée par des chercheurs européens dans le New England Journal of Medicine (NEJM) jeudi.
Bien que largement pratiqué, le dépistage du cancer de la prostate par PSA continue de faire débat en France, et n'est pas recommandé officiellement, la Haute autorité de santé (HAS) ayant maintenu, dans un avis rendu en avril, son opinion défavorable à un dépistage généralisé de ce cancer (dépêche du 04/04/2012 à 00:05).
Les études sur ce sujet ont donné des résultats contradictoires. C'était notamment le cas lors de la publication en 2009 de deux études dans le NEJM.
L'étude américaine PLCO n'avait pas montré de bénéfice en mortalité pour le dépistage du cancer de la prostate, mais avait le défaut d'un très grand nombre de dépistages dans le groupe contrôle. L'étude européenne ERSPC avait donné un résultat positif, avec une baisse de mortalité à neuf ans de 20%, qui était majorée à 27% après prise en compte de facteurs de biais.
Néanmoins, le dépistage a des effets défavorables, qui doivent être pris en compte, rappellent Eveline Heijnsdijk de l'université Erasme à Rotterdam et ses collègues. Il entraîne un surdiagnostic et ensuite un surtraitement, qui a des conséquences en termes notamment d'incontinence et d'impuissance.
En se basant sur les données d'ERSPC, les chercheurs ont estimé le gain et les conséquences négatives sur l'ensemble de la vie du dépistage du cancer de la prostate.
Ils ont calculé que chez 1.000 hommes âgés de 55 à 69 ans, dépistés annuellement, le dépistage augmenterait de 40% le nombre de cancers de la prostate détectés (passant de 112 à 157 cas).
Le nombre de décès serait diminué de 31 à 22 cas, soit une baisse de 28%. Il y aurait également une baisse de 35% du nombre de patients recevant des traitements palliatifs.
Mais du côté des conséquences négatives, il y aurait 247 biopsies négatives supplémentaires et 41 traitements (prostatectomie radicale ou radiothérapie) supplémentaires, avec leurs conséquences.
De ce fait, alors que de façon brute, on peut calculer que chez ces 1.000 hommes, le dépistage du cancer de la prostate permettrait de gagner 73 années de vie, la prise en compte des conséquences négatives réduit ce bénéfice de 23%, à 56 années de vie ajustées sur la qualité de vie (QALY).
Il reste donc toujours un bénéfice au dépistage du cancer de la prostate dans cette étude, mais qui est moins important une fois les effets délétères inclus.
Les chercheurs ne portent pas de jugement sur ces résultats mais estiment qu'il est nécessaire de disposer d'une étude mettant en balance de façon quantifiée les bénéfices et les aspects négatifs. La prochaine étape devrait de calculer un rapport coût-efficacité de ce dépistage, ajoutent-ils.
(New England Journal of Medicine, 16 août, vol.367, n°7, p595-605)
/fb/ab/APM

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