dépêche

 - 

L'arrivée des biosimilaires de l'infliximab a entraîné une économie de 65 millions d'euros (étude MSD)

(Par Guillaume BIETRY)
PARIS, 6 février 2017 (APMnews) - L'arrivée des biosimilaires de l'anti-TNF Remicade* (infliximab, Merck & Co, avec Johnson & Johnson) a permis de générer 65 millions d'euros hors taxes (HT) en année pleine pour des appels d'offres et des marchés passés entre février 2015 et mars 2016, selon une étude menée par l'économiste Claude Le Pen pour MSD France qu'APMnews a pu consulter.
L'étude a été menée après la commercialisation, à partir de février 2015, des biosimilaires Remsima* (Biogaran, groupe Servier) et Inflectra* (Hospira, groupe Pfizer), premiers biosimilaires d'un anticorps monoclonal, réservé à un usage hospitalier.
L'arrivée des biosimilaires est perçue par les autorités et les experts comme un moyen de stimuler la concurrence en faisant baisser les prix et en générant ainsi des économies. Toutefois, l'ampleur des économies à terme reste difficile à estimer, en raison d'un manque de recul et d'un cadre réglementaire encore évolutif.
Alors que le Comité économique des produits de santé (CEPS) n'a pas encore fixé sa doctrine en matière de tarification des biosimilaires, il a choisi en novembre 2014 d'abaisser de 10% le tarif de responsabilité de Remicade* puis a appliqué ce tarif (434,40 euros HT par unité commune de dispensation -UCD) aux biosimilaires.
Le tarif du médicament de référence et de ses biosimilaires a connu une nouvelle baisse en septembre 2016, de 12% à 382,27 euros.
MSD France a souhaité connaître le montant des économies réalisées par les établissements publics de santé dans l’année qui a suivi l'ouverture de la concurrence, période qui a vu la totalité des marchés publics pour l'infliximab être lancée ou renégociée.
L'analyse a été restreinte aux hôpitaux publics, qui représentent 85% du marché total de l’infliximab. Elle a porté, entre février 2015 et mars 2016, sur 59 marchés représentant un volume de 553.000 UCD et un montant de 240,3 millions d'euros. Seules les quantités relatives aux 12 premiers mois suivant la conclusion du marché ont été prises en compte.
En prenant comme référence le tarif "historique" avant la baisse de 10% (482,67 euros par UCD), l'économie réalisée ressort à 65 millions d'euros, dont 36,7 millions au titre de Remicade* et 28,3 millions au titre des biosimilaires. Avec le tarif de 434,40 euros comme base, l'économie s'élève à 38,3 millions (17,1 millions pour Remicade* et 21,2 millions pour les biosimilaires).
Les lois de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2015, 2016 et 2017 s'accompagnent d'un objectif de 30 millions d'euros d'économies au titre des biosimilaires, note-t-on.
L'étude explique que pour atteindre 65 millions d'euros d'économies, deux effets ont joué: l'un dû à la baisse tarifaire de 10% (27 millions) et l'autre à l'augmentation des remises consenties par les industriels (38 millions).
Un taux de remises uniforme de 30% a été retenu pour les biosimilaires, sauf pour l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), marché remporté par Inflectra* avec un taux de 45% (cf dépêche du 03/07/2015 à 18:26). Pour Remicade*, MSD a fourni le détail des taux pratiqués, qui s'établissent à 19% en moyenne (0%-37%).
Selon l'étude, "Remicade* a contribué à 56% environ de l'économie globale et à 45% de celle limitée à l'effet remises".
Economies pour deux hypothèses de prix de référence
Economies pour deux hypothèses de prix de référence
Sur les 59 marchés étudiés, 41 ont été passés par des appels d’offres et 12 au moyen de la procédure de "marché négocié" avec MSD, par définition uniquement remporté par Remicade*. Les 6 marchés restants correspondent à des marchés à procédure adaptée (Mapa) ou des demandes de prix.
Les 41 appels d’offres ont contribué pour plus de 86% du total des économies réalisées, quel que soit le tarif de référence: 55,9 millions d'euros avec le tarif historique et 33,9 millions avec le tarif courant. Avec la première option, Remicade* a généré 27,6 millions et les biosimilaires 28,2 millions contre, avec la seconde option, 12,8 millions et 21,1 millions respectivement.
Les 12 marchés négociés ont également contribué aux économies, grâce notamment à un taux de remise de 10%. L'économie associée est de 9 millions d'euros dans l’hypothèse du tarif historique et de 4,3 millions dans celle du tarif courant.
Sur les 59 marchés, 86 lots ont été attribués. Ils se répartissent ainsi:
• les lots désignant explicitement un biosimilaire sans précision de population cible
• les lots désignant explicitement Remicade* (ou "infliximab princeps") sans précision de population cible
• les lots portants explicitement sur les patients naïfs
• les lots destinés explicitement aux patients en cours de traitement
• les lots "infliximab" sans précision ni de population cible ni de produit.
Cette segmentation s'explique essentiellement par les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), qui préconisait en 2013 de traiter un même patient avec une même spécialité sans procéder à des changements à l'intérieur d'une famille de biosimilaires, poussant à limiter la prescription des biosimilaires aux patients "naïfs" (cf dépêche du 27/09/2013 à 16:34).
Cette doctrine a évolué en mai 2016, l'agence donnant son feu vert à une interchangeabilité en cours de traitement sous conditions (cf dépêche du 04/05/2016 à 11:30).
Les premières recommandations posaient la question de savoir quelles seraient les attitudes des acheteurs hospitaliers: ne prendre qu'un seul infliximab ou en prendre deux, Remicade* pour les patients déjà sous traitement et Remicade* ou un de ses biosimilaires pour les initiations de traitement (cf dépêche du 16/02/2015 à 16:50).
L'AP-HP a choisi de ne pas faire de distinction dans son appel d'offres entre le médicament de référence et les biosimilaires pour ne retenir qu'Inflectra*, tout en s'engageant à fournir Remicade* aux patients déjà traités dans le cadre d'un marché négocié. De son côté, UniHA a eu recours à un appel d'offres avec deux lots, un pour les patients déjà traités et un autre pour les patients naïfs (cf dépêche du 06/03/2015 à 16:36).
Dans l'étude MSD, 32 marchés ne comportaient qu'un seul lot et 27 deux lots. Sur les 86 lots attribués, 45 ont été remportés par le médicament de référence et 41 par les biosimilaires, dont, pour les seuls appels d'offres, 29 lots Remicade* et 39 biosimilaires.
Résultats des appels d’offre (AO) en termes de lots et de quantités
Résultats des appels d’offre (AO) en termes de lots et de quantités
Comme attendu, le médicament de référence a gagné les lots qui le désignent et la totalité des lots patients déjà traités. Inversement, les biosimilaires remportent les lots qui les désignent explicitement, la quasi-intégralité des lots patients naïfs, et la majorité des lots sans désignation de produits ou de populations.
Sur la base de données fournies par MSD, l'étude explique que le laboratoire a consenti pour les appels d'offres des remises de l'ordre de 10% pour les marchés Remicade* et "patients traités" et de l'ordre de 33% pour les marchés "biosimilaires" ou "patients naïfs". Elle note qu’avant l’arrivée des biosimilaires, MSD appliquait le tarif de responsabilité sans remises particulières.
"L’orientation a priori des marchés vers un biosimilaire ou vers la molécule originale conduit à ce résultat paradoxal que le taux de remise moyen proposé par MSD est plus élevé pour les marchés perdus (29,1%) que pour ceux qui ont été gagnés (8,6%)", peut-on lire.
gb/ab/APM

[GB1OKY566]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jour sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi