dépêche

 - 

Présidentielle: quatre candidats se positionnent sur l'avenir de l'officine

(Par Guillaume BIETRY, aux 10èmes Rencontres de l'officine)
PARIS, 6 mars 2017 (APMnews) - Les représentants d'Emmanuel Macron, François Fillon, Benoît Hamon et Marine Le Pen ont présenté samedi les positions de leur candidat à l'élection présidentielle sur la pharmacie d'officine, sans faire de propositions poussées pour l'avenir du secteur ni se démarquer clairement les uns des autres, tous garantissant notamment le maintien du monopole sur la dispensation de médicaments.
Ils ont été interrogés lors d'une table ronde dans le cadre des 10èmes Rencontres de l'officine, organisées par le magazine Revue Pharma de samedi à lundi au Palais des congrès de Paris.
Représentant de François Fillon, le sénateur Alain Milon (Les Républicains, Vaucluse) a indiqué que son candidat ne comptait pas changer le modèle officinal basé, selon lui, sur l'encadrement de l'installation, le monopole, la réglementation des marges et une participation "plus ou moins large" aux politiques de santé publique. "Nous sommes contre l'ubérisation de la pharmacie et la vente de médicaments en grandes surfaces", a déclaré celui qui est aussi médecin et président de la commission des affaires sociales de Sénat.
Jean-Jacques Mourad, médecin qui s'exprimait au nom d'Emmanuel Macron, a quant à lui assuré qu''il n'y avait rien" dans le programme du candidat d'En marche! "qui remette en cause ce qui fonctionne bien".
De même, l'épidémiologiste Alfred Spira, membre de l'équipe de Benoît Hamon, candidat socialiste soutenu par les écologistes, a expliqué qu'"il n'y avait pas de raison de changer de modèle" et qu'il fallait "préserver" le monopole et "l'indépendance" des pharmaciens. "Ce n'est pas parce que des grands groupes comme Leclerc veulent être des substituts des pharmaciens qu'il faut prendre cette direction", a-t-il considéré.
Mickaël Ehrminger, qui représentait Marine Le Pen, a souligné que la candidate du Front national (FN) voulait conserver le monopole officinal afin d'éviter les trafics de médicaments et la circulation de produits contrefaits. Elle souhaite aussi consolider le maillage et l'emploi, et faire du pharmacien "un professionnel médical à part entière", en lui confiant des "missions nouvelles".
Sur ce point, Jean-Jacques Mourad a expliqué qu'"il y a une place pour le pharmacien" dans le programme santé d'Emmanuel Macron, qui ambitionne de renforcer la prévention, accélérer la lutte contre les inégalités de santé et rendre le système de santé plus efficient (cf dépêche du 02/03/2017 à 17:55). Il a notamment mentionné la création effective d'un statut de "pharmacien correspondant" pour les sorties d'hospitalisation et un rôle renforcé dans l'éducation thérapeutique, le dépistage, la prévention et l'observance.
"Les pharmaciens sont une profession sur laquelle on a plutôt envie de parier", a-t-il déclaré, évoquant le rôle de proximité des officinaux, leur "capacité à s'adapter" et la "révolution numérique" qu'ils ont opérée avec le dossier pharmaceutique (DP). Il a assuré que toute nouvelle mission serait valorisée, avec des financements pérennes. Il a aussi promis "visibilité et sérénité", grâce à la fixation d'un objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) pour 5 ans, à +2,3%.
Selon Alfred Spira, l'objectif de Benoît Hamon est de davantage positionner le pharmacien sur l'accompagnement, l'éducation thérapeutique et l'orientation du patient. Dans les zones où le temps médical est rare, les officinaux pourraient aussi "acquérir de nouvelles compétences", a-t-il dit. Benoît Hamon est par ailleurs favorable à la vaccination à l'officine, a-t-il indiqué, alors que les modalités d'une expérimentation sont actuellement en discussion (cf dépêche du 19/10/2016 à 10:31).
L'ensemble des nouvelles missions doivent être "tarifées" à l'acte et rémunérées par l'assurance maladie obligatoire et complémentaire, a ajouté Alfred Spira.
Pour Alain Milon, François Fillon est aussi prêt à confier de nouvelles missions aux pharmaciens dans le cadre de la "politique conventionnelle". Les officinaux pourraient ainsi développer leurs compétences dans l'accompagnement des patients et leur permettre de réaliser une "première consultation", avec "des prescriptions prises en charge".
Selon Mickaël Ehrminger, il faut faire coopérer davantage les différentes professions de santé qui travaillent trop en silo, ce qui pourrait passer par le numérique et l'évolution des compétences, "avec une rémunération qui suivrait à l'acte ou au forfait".

La rémunération en question

En matière d'organisation territoriale de la santé, les représentants des candidats ont tous avancé des propositions déjà évoquées auparavant (cf dépêche du 03/03/2017 à 12:03), mais aucun ne s'est véritablement exprimé sur l'évolution de la rémunération des pharmaciens.
Ces derniers sont principalement rémunérés par des honoraires à la boîte et une marge sur les prix des médicaments. La marge recule toutefois chaque année sous l'effet des baisses demandées par le gouvernement. Des discussions conventionnelles ont été lancées pour faire évoluer ce modèle (cf dépêche du 22/02/2017 à 19:31).
Alain Milon s'est déclaré favorable aux négociations en cours mais a jugé que toutes les professions de santé devaient discuter ensemble avec l'assurance maladie "pour que tout le monde pèse". Selon lui, l'amélioration de la situation de l'officine dépendra du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) de 2018. Tout changement devra s'opérer dans le cadre de la convention, "sinon on a un Etat dirigiste et bureaucratique".
Pour Jean-Jacques Mourad, "la rémunération sur le nombre de boîtes vendues" pose un "problème de santé publique", donc il faut davantage développer la rémunération des pharmaciens en tant que professionnel de santé. Le représentant d'Emmanuel Macron veut par ailleurs "trouver la taille critique des nouvelles pharmacies", pour qu'elles soient rentables.
"Il faut une évolution du mode de rémunération parce qu'on veut continuer à faire des économies sur les prix des médicaments. Il faut donc compenser les pertes par la rémunération de nouvelles missions", a aussi dit Mickaël Ehrminger.
gb/sl/APM

[GB6OMB007]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jour sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi