dépêche

 - 

Pilotage des GHT: une "gouvernance partagée" doit être instaurée

(Par Sabine NEULAT-ISARD, aux Journées nationales de l'ADH)
PARIS, 20 mars 2017 (APMnews) - Les directeurs d'établissements doivent piloter les groupements hospitaliers de territoire (GHT) dans le cadre d'une "gouvernance partagée", ont estimé vendredi plusieurs intervenants aux journées annuelles de l'Association des directeurs d'hôpital (ADH).
Lors d'une table-ronde intitulée "bientraitance managériale et accompagnement des changements", les intervenants -responsables hospitaliers, ancien directeur général d'agence régionale de santé (RS) ou directrice générale de l'offre de soins (DGOS)- ont reconnu que la création des GHT avait suscité des inquiétudes.
La crainte peut être liée à la taille des GHT, comme en Provence-Alpes-Côte-d'Azur (Paca) où des groupements avec un périmètre départemental ont été créés, ont convenu le président de la commission médicale d'établissement (CME) de l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM), le Pr Dominique Rossi, et l'ancien directeur général de l'ARS, Paul Castel.
Mais "la peur est souvent plus persuasive que la raison", a observé le Pr Rossi. Maintenant, "la messe est dite pour les territoires" et discuter de cela est "à contre-courant", a-t-il estimé. "Aujourd'hui, il n'y a pas le choix", a-t-il insisté en se disant "convaincu" que ce choix a été le "bon".
"Le changement génère de l'inquiétude, on le sait tous et on le vit d'ailleurs nous-mêmes", a rappelé Frédéric Boiron, président de l'ADH et lui-même directeur général du CHU de Saint-Etienne, établissement support d'un GHT qui comprend 20 établissements. C'est "notre travail de l'identifier et de le piloter", a-t-il affirmé.
Pour la directrice de la DGOS, Anne-Marie Armanteras de Saxcé, les craintes sont, plus généralement, liées au phénomène de territorialisation. "La territorialisation bouscule considérablement car elle fait perdre les repères de l'équipe traditionnelle", a-t-elle expliqué. Et si c'est le cas pour les directeurs, cela l'est aussi pour un infirmier ou un médecin.

La gouvernance partagée, un défi

Pour elle, face à ces peurs, le "manager" doit avoir "la capacité" de reconnaître l'existence d'un "malaise", et d'adapter l'organisation en faisant de "la couture".
Il doit aussi utiliser des "piliers de travail" qui sont de "redonner des repères" à l'équipe et de "faire monter tout l'encadrement dans une capacité managériale".
Pour le président de la CME de l'AP-HM, il existe aussi un "challenge" en matière de gouvernance, entre les directeurs et les médecins. "Il me semble difficile de ne pas parler d'un avenir commun dans la gouvernance entre les directeurs d'hôpitaux et les médecins", a-t-il déclaré. "Je suis persuadé qu'il faut même parler de bienveillance partagée sur un certain nombre de sujets", a-t-il poursuivi.
"L'ADH a toujours dit que la direction des établissements se faisait en commun", a renchéri son président. "Nous pilotons ensemble avec les responsables médicaux et, de plus en plus, avec les responsables soignants", a-t-il assuré. Pour lui, les directeurs doivent être "des arbitres" et savoir prendre des "décisions", et ne pas se comporter en "autocrates".
Pour lui, cette préconisation est encore plus valable maintenant avec les GHT.
"Dans les GHT, on a besoin d'équipes de gouvernance, avec des président de CME engagés, des dirigeants engagés et des cadres soignants engagés", a insisté Frédéric Boiron.
Certaines "techniques" peuvent aussi être mises en oeuvre pour permettre une gouvernance partagée et prendre les décisions plus facilement que dans les instances du GHT qui comprennent parfois plusieurs dizaines de personnes, a-t-il ajouté en précisant que le comité stratégique de son GHT comprenait 65 à 70 personnes.
Il a ainsi évoqué la mise en place d'instances plus réduites, comme un "collège management" ou un "groupe management" accueillant des directeurs adjoints et des médecins ou d'autres personnes, pour réaliser des études de cas et effectuer du co-développement. Ces groupes peuvent être mis en place avec l'aide de l'Association nationale pour la formation du personnel hospitalier (ANFH) ou du Centre national de gestion (CNG).
Mais, pour réussir cette gouvernance partagée et éviter que les GHT soient des "usines à gaz", "il faut qu'il y ait un soutien politique avec des actes ainsi qu'un soutien technique et un soutien financier", a insisté le Pr Rossi.

Un métier et une terre d'avenir

Les GHT doivent être perçus comme une "opportunité" et une "démarche positive", notamment pour le métier de directeur, "à condition qu'il y ait un investissement et que les acteurs hospitaliers ne soient pas dans le subir", a estimé l'ancien directeur général de l'ARS Paca, Paul Castel.
Les équipes de gouvernance des GHT qui s'investissent, en particulier des directeurs, doivent travailler "dans une relation partenariale et non hiérarchique, a-t-il confirmé. "Ce n'est pas le gros qui est en train de phagocyter le petit", a-t-il illustré.
Cette problématique "renvoie au métier de directeur mais aussi à l'administration régionale et au ministère", a estimé Paul Castel. Jugeant nécessaire que chacun parle le même langage et sache comment un établissement fonctionne, il a jugé qu'il fallait que les directeurs d'hôpitaux fassent plus de mobilité externe et que le ministère "incite à cette mobilité" sur la base de compensations. Le métier de directeur "est un métier d'avenir dans ces conditions', a-t-il assuré.
L'hôpital est "une terre d'avenir", a estimé pour sa part la directrice générale du CNG, Danielle Toupillier, en considérant également que des "métiers d'avenir" y étaient donc présents.
Les directeurs vont "changer leur regard", travailler autrement, constituer les équipes de manière différente et assurer des délégations, plus fonctionnelles, qui vont permettre de responsabiliser ceux qui les entourent, a-t-elle expliqué.
Le métier de directeur reste "attractif" au regard de ces changements, a assuré Danielle Toupillier.
Elle a rappelé qu'après une baisse du nombre de places au concours de DH, les pouvoirs publics avaient décidé de le faire progresser. En 2016, il a été fixé à 85 contre 40 en 2012. Le nombre de candidats, qui était de 627 en 2012, a atteint les 828 quatre ans plus tard. "C'est dire l'exemplarité que la génération des directeurs en exercice donne à tous ces jeunes", a souligné la directrice générale du CNG.
san/eh/APMnews

[SAN6OMYQAP]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jours sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi