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Psychiatrie: les médecins de l'USP dénoncent les méthodes de gouvernance des directeurs

MALAKOFF (Hauts-de-Seine), 3 avril 2017 (APMnews) - L'Union syndicale de la psychiatrie (USP) a dénoncé vendredi le mode de management et les méthodes des directeurs induits par le système de gouvernance actuel.
Parmi les 11 motions adoptées par l'union syndicale lors de son congrès annuel, qui s'est tenu du 24 au 26 mars à Poitiers, quatre concernent la gouvernance de l'hôpital et la place de la psychiatrie.
Dans une motion ironiquement intitulée "Pour une prise en charge psychologique humaniste des directeurs d'hôpitaux", l'USP écrit qu'elle "constate les ravages des méthodes de gouvernance et de new management sur l'équilibre mental de nombreux directeurs d'établissements hospitaliers, se traduisant par des passages à l'acte répétés et déconcertants, entraînant des maltraitances en cascades".
"L'USP espère une vive réaction des tutelles face à ce nouveau scandale sanitaire, et propose la création d'équipes mobiles spécifiques d'intervention urgente et ciblée, avec des correspondants, dans chaque hôpital, de déradicalisation des directions", raille aussi le syndicat.
Cette motion sur la prise en charge des directeurs "traite sur le mode humoristique d'un problème sérieux, celui de la gouvernance dans les hôpitaux", a décrypté lundi pour APMnews la psychiatre Claire Gekiere, membre de l'USP.
"Depuis que les directeurs sont 'les seuls patrons' à l’hôpital, nombreux sont ceux qui se comportent de façon anormale: autoritarisme, maltraitance des personnels (voir les rapports sur la souffrance au travail des médecins, par exemple...), non parce qu’ils seraient devenus des monstres, mais parce que ce système de gouvernance met les directions dans des positions intenables", poursuit-elle.

Exiger l'avis de la CME et pas juste celui du président

Dans une autre motion adoptée lors du congrès, l'USP estime que "la gouvernance doit rester au service de tous".
"Alors que la place du directeur de l'hôpital est de plus en plus prépondérante avec une préoccupation essentiellement budgétaire de l’administration hospitalière, il est important de renforcer les contre-pouvoirs en redynamisant les instances", explique-t-elle. Elle propose donc un "avis délibératif de l’ensemble des instances systématiquement requis: CTE [comité d'établissement], CHSCT [comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail], conseil de surveillance, directoire, commission de soins (CSIRMT) et CME [commission médicale d'établissement]".
Et pour la CME, il faut "exiger son avis et non pas celui du président".
Par ailleurs, "dans l’organisation actuelle des pôles", l'USP demande à "évaluer la démocratie avec l’autonomie dans l’élaboration des projets et en psychiatrie le respect de la politique de secteur". Elle veut "donner de vraies responsabilités aux représentants des usagers" et "mettre en place et renforcer les commissions paritaires régionales créées pour la concertation sur l’organisation des soins et instance de médiation dans les conflits".
"C’est par respect de la personne et de son métier plutôt que par les traitements des risques psycho-sociaux et des fiches d’évènements indésirables que la souffrance au travail pourra être prévenue", insiste-t-elle.
Elle rappelle aussi "le caractère fondamental de la continuité des soins et du temps qui leur est consacré en particulier en psychiatrie" et juge que ses propositions sont "indispensables pour renforcer l’attractivité de la fonction soignante (y venir, y rester) y compris lors des promotions".
Dans une autre motion intitulée "de la modélisation de la psychiatrie", l'USP revient sur le rapport sur la santé mentale du directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine, Michel Laforcade (cf dépêche du 14/10/2016 à 18:15), en en faisant une lecture très critique.
"Nous retiendrons de ce rapport", écrit-elle, "la réduction de la chronicité à du temps perdu et non au temps nécessaire au soin, à la rencontre", ainsi qu'une "modélisation des soins" par la généralisation des "expériences novatrices, sans tenir compte des contextes", par la mise en place de "référentiels, même pour les VAD [visites à domicile]" et par le développement de la médecine fondée sur les preuves.
L'USP relève également "la mise en avant de la remédiation cognitive, la réhabilitation, les thérapies comportementales, la psychanalyse étant à peine citée, confirmant bien le choix de rééduquer plutôt que de soigner, de renforcer les subjectivités".
"Le seul point sur lequel nous serons d’accord est que la tarification à l’activité [T2A] n’est pas une bonne idée", juge-t-elle.

Organiser des états généraux de la psychiatrie

Dans une autre motion intitulée "appel pour une constituante en psychiatrie", l'USP "appelle syndicats, associations, collectifs, à organiser avec les professionnels, les personnes en souffrance psychique, leurs familles, et tout citoyen concerné à des états généraux de la psychiatrie".
Cet événement serait organisé "en 2018 pour le cinquantenaire de la séparation de la psychiatrie et de la neurologie".
L'USP estime ces états généraux nécessaires au regard du "réductionnisme de la pensée, qui dénie la causalité psychique et sociale de la maladie psychiatrique", de la "réduction de l'allocation de ressources au soin psychique, par des suppressions massives d'emplois, notamment en psychiatrie de secteur, mais aussi dans tout le médico-social et l'associatif", de l'"aggravation d'une bureaucratie verticale tatillonne qui privilégie tout ce qui se compte sur tout ce qui compte vraiment, c'est-à-dire la relation au coeur du soin", et d'une "politique sécuritaire s'exerçant au nom d'un principe de précaution généralisé".
Dans une autre motion sur les soins sous contrainte, l'USP se contente de rappeler la loi sur les pratiques d'isolement et de contention.
Les autres motions concernent les étrangers malades, le sort des migrants, le "soutien aux médecins du travail" et à "l'indépendance professionnelle", les inquiétudes sur la confidentialité des données notamment via le logiciel pénitentiaire Genesis (cf dépêche du 12/10/2016 à 16:56), le soutien au Mouvement d'insoumission aux ordres professionnels (Miop) et la demande du retrait de la rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp).
vl/gb/APMnews

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