dépêche

 - 

Cancer du poumon de stade III: le durvalumab allonge la survie sans progression après radio-chimiothérapie

(Par Sylvie LAPOSTOLLE, à l'ESMO)
MADRID, 11 septembre 2017 (APMnews) - L'anti-PD-L1 durvalumab (Imfinzi*, AstraZeneca) en consolidation après chimioradiothérapie améliore la survie sans progression dans les cancers du poumon non à petites cellules (NAPC) de stade III, selon une étude de phase III présentée samedi à Madrid au congrès de l'European Society for Medical Oncology (ESMO), et publiée simultanément dans le New England Journal of Medicine (NEJM).
Homologué aux Etats-Unis dans le traitement du cancer de la vessie, le durvalumab a obtenu fin juillet le statut de Breakthrough Therapy par la Food and Drug Administration (FDA) dans le cancer du poumon sur la base de cet essai PACIFIC (cf dépêche du 31/07/2017 à 18:06). C'est la première des immunothérapies anti-PD-L1/anti-PD-1 qui montre un bénéfice dans cette situation clinique qui concerne un tiers des patients atteints de cancer du poumon NAPC.
L'étude de phase III PACIFIC, clairement positive, est une bonne nouvelle pour le durvalumab, après l'échec annoncé fin juillet de l'étude MYSTIC dans le cancer du poumon avancé, qui l'avait associé à l'anti-CTLA-4 trémélilumab (cf dépêche du 27/07/2017 à 11:52).
L'étude PACIFIC et l'étude FLAURA menée avec l'osimertinib (Tagrisso*) dans le cancer du poumon avancé EGFR+, étude très positive présentée dans la même session présidentielle de samedi, et toutes 2 très applaudies par une audience très fournie, permettent au laboratoire britannique de redorer son blason. Ces 2 études sont considérées comme étant de nature à changer les pratiques.
L'essai PACIFIC a été mené dans une situation clinique n'ayant pas enregistré de progrès ces 10 dernières années. Le traitement standard des stades III, maladie localement avancée inopérable, repose sur une chimioradiothérapie concomitante qui offre une survie sans progression d'environ 8 mois et seulement 15% des patients sont en vie à 5 ans, a indiqué le Dr Luis Paz-Ares de l'hôpital universitaire du 12 octobre à Madrid, lors de la session présidentielle.
Jusqu'ici, les différentes tentatives de consolidation, d'escalade de dose… n'ont rien donné, d'où l'enthousiasme soulevé par l'étude PACIFIC.
Le durvalumab est un inhibiteur de Checkpoint. Il bloque PD-L1 en se liant à PD-1 et CD80 pour bloquer le signal qui empêche la réaction immunitaire antitumorale.
L'essai PACIFIC a évalué l'intérêt d'une monothérapie de durvalumab 10 mg/kg toutes les 2 semaines (par voie intraveineuse) pendant un an en consolidation auprès de 709 patients n'ayant pas progressé après chimioradiothérapie.
L'analyse intermédiaire à 14,5 mois de suivi médian montre une amélioration de la survie sans progression (co-critère principal). La médiane était de 16,8 mois versus 5,6 mois avec un placebo, soit 11 mois de plus, avec une réduction du risque de progression ou de décès de 48%, un "résultat très solide", a souligné le Dr Paz-Ares.
Le taux de survie sans progression à un an était de 55,9% vs 35,3% et à 18 mois 44,2% vs 27%.
Le taux de réponse 28,4% vs 16%. Et la durée médiane de la réponse n'était pas atteinte, contre 13,8 mois dans le bras contrôle (72,8% vs 46,8% en réponse à 18 mois).
Le durvalumab a aussi diminué l'incidence de nouvelles lésions sur tous les sites de métastases: ganglionnaires, cérébrales (20,4% vs 32,1%). Le délai médian avant le décès ou une métastase était allongé (23,2 mois vs 14,6 mois).

Un traitement bien toléré

Des effets secondaires de grade 3 ou 4 ont été observés chez 29,9% des patients sous durvalumab vs 26,1% sous placebo (dont 4,4% vs 5,8% d'effets fatals), avec parmi les plus fréquents les pneumonies (4,4% vs 3,8%). Les effets secondaires d'ordre immunologique étaient rapportés pour 24,2% vs 8,1% de tous grades et seulement 3,4% vs 2,6% pour les grades 3-4. A noter que 15,4% vs 9,8% ont arrêté leur traitement pour toxicité.
Le même bénéfice était observé quelle que soit l'expression du biomarqueur PD-L1 (réduction du risque de progression ou de décès de 49% en cas d'expression supérieure à 25% des cellules et de 51% en cas d'expression inférieure à 25%).
Les données de survie globale, 2e co-critère principal, ne sont pas matures pour la survie globale et seront présentées plus tard.
Mais d'ores et déjà, le bénéfice clinique du durvalumab avec un bon profil de sécurité suggère qu'il pourrait être un traitement adjuvant efficace pour les stades III, a conclu le Dr Paz-Ares, qualifiant les résultats de "fantastiques données".
Il reste à éclaircir les mécanismes en jeu entre la chimioradiothérapie et l'immunothérapie. Une synergie entre ces modalités pourrait augmenter la probabilité de réponse.
"Le durvalumab représente une nouvelle option prometteuse pour les patients ayant un cancer du poumon localement avancé inopérable traité par chimioradiothérapie", a conclu le Dr Paz-Ares.
"Dans le contexte du tremblement de terre provoqué par les immunothérapies dans le cancer du poumon lors du dernier congrès de l'ESMO à Copenhague en 2016", l'étude PACIFIC représente "un tsunami de bénéfices", a estimé dans sa discussion, le Dr Johan Vansteenkiste de l'université de Louvain (Belgique).
Il a souligné la bonne tolérance de l'anticorps en monothérapie avec très peu de toxicités de grade 3-4, dont peu de pneumonies (33,9% vs 24,5% de tous grades et 3,4% vs 2,6% pour les grades 3-5; 1,1% vs 1,5% pour les grades 5).
"Cet essai est le premier essai de phase III fortement démonstratif, en analyse intermédiaire, depuis des décennies, dans les cancers du poumon de stade III", a-t-il ajouté, rappelant que tout ce qui apportait un bénéfice au stade IV a échoué (une dose plus élevée de radiothérapie, l'introduction du pemetrexed dans la chimiothérapie ou encore le cétuximab [Erbitux*, Merck Serono]).
Le succès de l'anti-PD-L1 tient au fait que "la radiothérapie et l'immunothérapie sont d'excellents partenaires", a-t-il noté.
Bien sûr, les données de survie globale auront plus de poids encore, a-t-il ajouté.
AstraZeneca a aussi lancé avec le durvalumab un essai dans une situation plus précoce, en adjuvant dans les cancers du poumon opérables.
sl/vl/APMnews

[SL4OW2G9P]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jour sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi