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Ouragan Irma: le coût de la reconstruction des établissements estimé à plus de 5 millions d'euros

(par Geneviève De Lacour)
PARIS, 2 octobre 2017 (APMnews) - André Bougaud, ingénieur en chef du CHU de Besançon, évalue à 5,1 millions d'euros le coût de la reconstruction des différents établissements sanitaires et médico-sociaux des îles Saint-Martin et Saint-Barthélemy après le passage de l'ouragan Irma, dans un rapport remis au ministère des solidarités et de la santé, dont APMnews a eu copie.
Saint-Martin après le passage de l'ouragan Irma
André Bougaud a fait partie de l'équipe d'experts ayant accompagné, le 11 septembre dernier, Emmanuel Macron à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, ravagés par le passage de l'ouragan de catégorie 5 (cf dépêche du 13/09/2017 à 12:59).
Il avait accepté de partir "au pied levé" pour évaluer les besoins en travaux et en matériel biomédical des établissements de santé des îles antillaises. "C'est la FHF [Fédération hospitalière de France] qui m'a demandé si je voulais remplir cette mission encadrée par l'Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires [Eprus]", a-t-il expliqué, interrogé par APMnews en marge du congrès de l'Association française des ingénieurs biomédicaux (Afib), qui s'est déroulé de mercredi à vendredi à Dijon.
Sur place, il a pu observer "des scènes d'après-guerre, avec une végétation totalement brûlée par les embruns, des gravats un peu partout". L'île étant laissée sans eau, sans électricité et sans moyens de communication, "l'ambiance était tendue lorsque le président a parcouru Saint-Martin à la rencontre des habitants de l'île", a relaté l'ingénieur de Besançon.
"L'urgence était de stopper la consommation d'eau souillée par les embruns, celle des citernes et de l'eau des bâches ayant stagné et provoquant quelques diarrhées." Il a donc fallu trouver un moyen pour informer rapidement la population.
Accompagné de Gérard Loustalot, responsable du suivi technique des opérations immobilières à l'agence régionale de santé (ARS) de Guadeloupe, l'ingénieur biomédical a mené, du 12 au 14 septembre, une mission d'expertise des bâtiments et des équipements et a pu constater dans un premier temps que "les hôpitaux n'étaient pas dans un si mauvais état. Mais il y a aussi tous les dégâts qui ne se voient pas", a-t-il précisé. Les embruns sont en effet venus altérer les centrales de traitement d'air ou encore les réseaux électriques.
"Les dommages constatés sont essentiellement dus au vent, soit par effet direct sur les constructions, soit indirect, par l'impact de projectiles transportés", note l'ingénieur en introduction de son rapport de 45 pages dont APMnews a eu copie.
"Les pluies salées [...] ont indéniablement augmenté la vétusté des équipements techniques extérieurs soumis aux intempéries (climatisation, groupe électrique), ou intérieurs en cas de rupture d'éléments de clos et couvert".

L'hôpital Louis Constant Flemming de Saint-Martin

"Les dommages subis sur le bâti sont ponctuels, non généralisés", constatent les ingénieurs dans leur rapport, concernant l'hôpital de Saint-Martin. L'hôpital construit en 2003 à Concordia, d'une surface de 8.000 m2, a une capacité de 78 lits. "Les dommages font ressortir les malfaçons d'origine", a confié André Bougaud à APMnews.
"Une expertise était en cours au moment du sinistre en raison de malfaçons constatées à l'issue de l'achèvement des ouvrages. Il est à noter que parmi les 14 malfaçons signalées, certaines ont pu être à l'origine des dégâts constatés: plaques de protection des débords sous toiture, défaillance du calorifugeage des réseaux d'eau glacée, mécanisme d'ouverture des châssis à lames des chambres, etc.", est-il détaillé dans le rapport.
Le plancher haut étant constitué d'une dalle béton faisant office de dalle anti-cyclonique, "il est regrettable que ce dispositif n'ait pas été généralisé à l'ensemble du bâtiment, ce qui aurait préservé le rez-de-chaussée des plus importantes infiltrations, et donc des principales dégradations", constate-t-il.
"Les dommages sont en grande partie dus à des objets volants qui ont créé des brèches et des fragilités dans l'enveloppe", poursuivent les auteurs. Dès lors que l'étanchéité n'était plus assurée, "des dégâts intérieurs importants ont été constatés". Notamment "les équipements sensibles tels que les serveurs informatiques et les systèmes de sécurité incendie (SSI) qui devront être remplacés".

L'hôpital psychiatrique de Saint-Martin, le CMP et l'Ehpad

L'hôpital est récent puisque livré en 2014. Il comprend 19 chambres dont 3 d'isolement. "La toiture en bacs aciers a été en partie arrachée, mais la dalle haute anti-cyclonique a préservé en partie l'intérieur des locaux. Toutefois cette dalle n'est pas étanche et des mesures conservatoires de protection d'urgence doivent être mises en place rapidement pour éviter une aggravation des dommages."
Quant au centre médico-psychologique (CMP), implanté à Marigot, il a été fortement sinistré, "la toiture s'étant en grande partie envolée. Ne restent que les murs qui sont dans un état de vétusté avancé".
Les experts recommandent "une reconstruction complète des locaux qui devrait être économiquement et fonctionnellement plus pertinente que leur réhabilitation".
L'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Bethany Home, à Galisbay, qui a une capacité de 40 lits est une structure ancienne relativement vétuste. "Pour autant, hormis quelques chambres du 2ème étage, l'ensemble des locaux sont opérationnels, même si des problèmes de logistiques demeurent, comme le lavage des draps."
Sa reconstruction étant programmée avant le passage de l'ouragan, le nouveau pôle médico-social devrait rassembler l'ensemble des structures pour personnes âgées et handicapées de l'île.

L'hôpital de Saint-Barthélemy et l'Ephad

L'hôpital De Bruyn de Saint-Barthélemy est une petite structure de 17 lits avec une activité de médecine et de soins de suite et de réadaptation (SSR). "De conception ancienne alliant maçonnerie et bois, l'hôpital est constitué de petits modules qui ont globalement bien résisté", notent les experts.
Si "une partie des tôles de couverture s'est envolée, ainsi que les ballons d'eau chaude solaire, l'hôpital est en grande partie opérationnel", ont-ils constaté.
L'Ehpad Louis Valenc d'une capacité de 35 lits a été livré en 2014. "L'ouvrage a très bien résisté au cyclone et est entièrement opérationnel, même si de menus dégâts sont à déplorer."

Les préconisations détaillées selon 3 niveaux de priorité

La priorité des travaux s'échelonne selon 3 niveaux: de la plus urgente à entreprendre sans délais (priorité 1), à la plus importante mais moins rapide du fait des délais d'études et de travaux nécessaires au confortement durable des ouvrages détruits ou dégradés (priorité 3).
Concernant l'hôpital de Saint-Martin, les ingénieurs évaluent les travaux à plus de 2,85 millions € et préconisent en urgence la protection du toit par des bâches lourdes, le calfeutrement des menuiseries détériorées, les vérifications techniques, l'isolement du système d 'incendie dans les locaux maintenus et la maintenance des installations techniques.
De manière moins urgente (priorité 3), ils recommandent, entre autres, l'installation d'un second groupe électrogène, le montage de bâches à eau en parallèle, le renforcement de l'éclairage et de la vidéosurveillance notamment à l'entrée des urgences. "Le carburant des véhicules des urgences a été volé après le passage de l'ouragan", a relaté André Bougaud.
Les experts estiment à 970.000 €, les coûts de reconstruction du CMP et des mesures conservatoires d'urgence, à 450.000 € pour l'Ehpad de Bethany, avec notamment la mise en place d'une bâche à eau, et à 390.000 €, les coûts relatifs à l'hôpital psychiatrique de Saint-Martin.
Quant à l'hôpital de Saint-Barthélemy, le coût de la reconstruction est estimé à environ 390.000 €, avec notamment la reconstruction des chambres de garde. Enfin, ils estiment à 65.000 € les coûts des travaux à réaliser à l'Ehpad Louis Valenc, avec notamment le remplacement des garde-corps.
Les experts rappellent enfin, l'obligation de respecter les normes de construction anti-cyclonique (Euro code 1) en vigueur depuis novembre 2005 dans les Antilles françaises, définissant le niveau de prise en compte du vent dans la conception des ouvrages, même si dans le cas d'Irma, la puissance des vents était "hors-norme", reconnaissent-ils.
Les conseils techniques préconisés:
  • privilégier la construction d'une dalle haute sous toiture, dite "dalle anti-cyclonique"
  • étanchéifier cette dalle
  • protéger les surface vitrées par des volants roulants
  • assurer une autonomie de fonctionnement en eau pour 3 jours (stock tampon, citerne d'eau potable)
  • assurer une autonomie de fonctionnement électrique sur 7 jours
  • protéger les équipements sensibles extérieurs (production d'oxygène, groupe électrogène, production de froid) en les positionnant dans des locaux anti-cycloniques
  • veiller à sécuriser au maximum les équipements techniques de toiture
gdl/san/APMnews

[GDL5OX1MEO]

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