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Investissements d'avenir: seulement quatre projets financés en un an et demi par le fonds Fabs

PARIS, 6 novembre 2017 (APMnews) - Le Fonds accélération biotech santé (Fabs) doté de 340 millions d'euros, lancé en grande pompe par l'ex-ministre des affaires sociales et de la santé Marisol Touraine fin 2015, n'a financé que quatre projets pour 36,5 millions, a-t-on appris à la lecture d'un "jaune budgétaire" sur le programme d'investissements d'avenir (PIA) annexé au projet de loi de finances (PLF) pour 2018.
Fabs, opéré par Bpifrance et sa maison-mère la Caisse des dépôts et consignations (CDC), a été créé en novembre 2015 pour "accélérer le développement d'entreprises innovantes issues ou en lien avec des projets soutenus" par le PIA via des interventions en fonds propres d'un million d'euros au moins pour une durée minimale de quatre ans (cf dépêche du 02/11/2015 à 17:33). Initialement doté de 100 millions d'euros, sa dotation a été augmentée à 340 millions car "l'attente est trop forte et notre ambition collective est sans limite", avait alors déclaré Marisol Touraine (cf dépêche du 25/01/2016 à 00:02).
Mais, un an est demi après sa création, seulement quatre projets ont été financés et tous l'ont été en 2016. Le premier financement (20 millions d'euros) a été en faveur d'iBionext, une société parisienne qui crée et finance des entreprises associant chercheurs, experts et investisseurs. Marisol Touraine s'était alors déplacée pour l'occasion (cf dépêche du 06/10/2016 à 18:51).
Cela a coïncidé avec l'octroi de trois autres financements. Ils ont bénéficié à la medtech UroMems, qui développe un sphincter urinaire artificiel (cf dépêche du 15/11/2016 à 19:07), et à Carmat, qui a reçu 17 millions d'euros malgré une analyse interne de Bpifrance réticente (cf dépêche du 09/02/2017 à 08:01). L'identité de la quatrième société financée n'a pas été rendue publique.
Il est indiqué dans le "jaune budgétaire" qu'au 30 juin, 36,5 millions d'euros avaient été contractualisés (soit les montants ayant fait l'objet d'un contrat entre l'opérateur et le bénéficiaire) et 16,4 millions décaissés sur le total de 340 millions. Ces 36,5 millions d'euros contractualisés ont accompagné 90 millions d'investissements privés, ce qui permet d'évaluer l'effet de levier à 2,5, est-il souligné.
Le document précise par ailleurs que la totalité de l'enveloppe de l'action "santé et biotechnologies" du PIA a été engagée (c'est-à-dire attribuée à des projets sélectionnés). Sur les 11 "sous-actions" lancées, 70 projets ont été retenus et sont à ce jour contractualisés, sur un total de 235 déposés. L'engagement total de ces 70 projets atteint un montant total de 773 millions d'euros.
Les "disparités" qui peuvent exister entre les sous-actions sont pointées dans le rapport car "certains projets rencontrent des difficultés liées à des aléas scientifiques ou technologiques" et font alors l’objet d’un arrêt de financement, alors que d'autres "surpassent les effets escomptés". "L’objectif est de parvenir à une gestion évolutive de l’action et de permettre le financement de nouveaux projets après l’arrêt de certains projets", est-il expliqué.

IHU: 36 start-up créées

Les instituts hospitalo-universitaires (IHU), autre grand projet du PIA en santé, ont fait l'objet d'un engagement de 680 millions d'euros dont 284,3 millions avaient été décaissés au 30 juin. Ils concernent six IHU, six "chaires d'excellence" (ou "IHU B", c'est-à-dire des projets non sélectionnés dans l'appel à projets mais qui ont tout de même obtenu un financement), ainsi que deux projets hospitalo-universitaires en cancérologie (PHUC).
Ces IHU créés en 2010 sont l'institut des maladies génétiques Imagine (hôpital Necker-Enfants malades, AP-HP, Alain Fisher), l'institut de chirurgie mini-invasive guidée par l'image MIX-Surg (Strasbourg, Jacques Marescaux), l'institut sur les maladies infectieuses Polmit (Marseille, Didier Raoult), l'institut de rythmologie et modélisation cardiaque Liryc (Bordeaux, Michel Haïssaguerre), l'institut de cardiométabolisme et nutrition Ican (l'hôpital Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Karine Clément) et l'Institut de neurosciences translationnelles de Paris (hôpital Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Bertrand Fontaine), rappelle-t-on.
Ces six structures ont cumulé 6.141 articles parus dans des revues scientifiques internationales, dont 19% étaient dans le "top 10" des articles les plus cités. Ils abritent 544 projets de R&D translationnels ou multidisciplinaires au total, menés par 131 chercheurs internationaux.
Pour la seule année 2016, 38 brevets ont été déposés, et, depuis le lancement des IHU, 36 start-up ont été créées (dont 11 en 2016). Il est rappelé que le premier ministre devra décider, d'ici fin 2019, sur la base d'une évaluation d'un jury international, si les pouvoirs publics poursuivent le financement des IHU.

Plus de 4.000 projets financés

Concernant les projets de recherche hospitalo-universitaire (RHU), programme lancé dans le sillage des IHU, 185,5 millions d'euros ont été engagés dans 24 projets à mi-2017, et 16,7 millions d'euros ont été décaissés.
De nouveaux IHU doivent être créés dans les prochains mois, rappelle-t-on. L'appel à projets initial, qui arrivait à échéance le 12 octobre, a été bousculé par une décision du gouvernement de modifier les règles dix jours avant son terme, suscitant une vive polémique, rappelle-t-on (cf dépêche du 27/10/2017 à 18:58 et dépêche du 26/10/2017 à 16:57).
Deux IHU seront sélectionnés au maximum pour un montant de 100 millions d'euros et ils ne pourront pas avoir le statut de fondation de coopération scientifique (FCS) mais ils pourront avoir la personnalité juridique (d'autre nature que la FCS). Les 100 millions d'euros seront affectés aux deux IHU et à une nouvelle vague de projets RHU, dont le calendrier devrait permettre aux recalés des IHU de candidater (cf dépêche du 27/10/2017 à 18:58).
Depuis la création du programme, les 57 milliards d'euros des trois PIA (lancés en 2010, 2013 et 2017) ont conduit à la sélection, tous domaines confondus, de 4.178 projets pour 44,3 milliards d'engagements. A mi-2017, 35,3 milliards étaient contractualisés et 18,3 milliards décaissés. Les 10 derniers milliards du PIA3 ont été intégrés au "grand plan d'investissement" 2018-2022 lancé fin septembre par le chef du gouvernement, Edouard Philippe (cf dépêche du 25/09/2017 à 15:36).
yb/eh/APMnews

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