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Plus de 10% des greffés cardiaques développent un cancer dans les 5 ans

WASHINGTON, 17 janvier 2018 (APMnews) - Plus de 10% des greffés cardiaques adultes développent un cancer entre 1 et 5 ans post-greffe, selon une étude parue dans le JACC.
Jong-Chan Youn, de l’Hallym University College of Medicine à Hwaseong en Corée et ses collègues ont quantifié l’incidence des cancers de novo et étudié les facteurs prédictifs chez 17.587 adultes receveurs d’une greffe cardiaque du registre de l’International Society for Heart and Lung Transplantation.
Le risque de cancer était de 10,7% entre 1 et 5 ans post-greffe. L’incidence cumulée par type de cancer était de 7% pour les cancers cutanés (dont les mélanomes), 4% pour les tumeurs solides non cutanées -les cancers de la prostate et du poumon étant les deux plus fréquents- et 0,9% pour les troubles lymphoprolifératifs.
L’incidence de cancers a augmenté sur la période 2006-2011 par rapport à la période 2000-2005 (12,4 % contre 10%), essentiellement via la hausse de cancers cutanés (8,4% contre 6,4%).
Les cancers cutanés sont également en augmentation dans la population générale, mais avec une répartition inverse: les carcinomes basocellulaires sont les plus représentés dans la population générale alors que ce sont les carcinomes épidermoïdes qui sont les plus fréquents chez les greffés cardiaques.
La hausse des autres cancers solides est moins forte (de 4% en 2000-2005 à 4,5% en 2006-2011) et pourrait s’expliquer par le fait qu’ils sont mieux suivis et que les effets secondaires sont plus souvent déclarés, estime Donna Mancini, du Mount Sinai Medical Center de New York, dans un éditorial accompagnant l’article.
Quant à l’incidence des troubles lymphoprolifératifs, qui est restée constante, elle la juge très peu élevée par rapport à d’autres études et note qu’elle contraste avec les données pédiatriques. Pour elle, le fait d’exclure les pathologies survenues au cours de la première année post-greffe pourrait avoir minimisé ce risque car les troubles lymphoprolifératifs liés à une infection par le virus Epstein-Barr (EBV) surviennent rapidement.

Eviter les traitements d’induction chez les patients à risque ?

Les patients âgés et ceux qui ont subi une transplantation cardiaque lors de la période la plus récente apparaissent les plus à risque de cancer post-greffe.
Un traitement d’induction avec un antagoniste du récepteur de l’interleukine-2 (IL-2) ou le muromonab-CD3, ou encore le recours à l’azathioprine plutôt qu’au mycophénolate mofetil, font partie de facteurs de risque additionnels.
Les auteurs estiment qu’il est désormais nécessaire de voir dans quelle mesure les stratégies d’immunosuppression adoptées ou un dépistage renforcé des cancers pourraient faire baisser le risque de tumeur post-greffe.
Ils estiment en particulier que non seulement le traitement immunosuppresseur chronique devrait, si possible, être minimisé chez les patients à haut risque de cancer mais qu’il faudrait aussi éviter de recourir à un traitement d’induction chez ces patients.
Ils ajoutent aussi que le risque de cancer post-greffe devrait être pris en compte au moment de discuter du choix entre une greffe cardiaque et un dispositif d’assistance ventriculaire gauche chez les patients âgés.
Donna Mancini ne va pas jusque-là. Pour elle, le risque de cancer post-greffe est le prix à payer pour une immunosuppression à long terme et une survie prolongée de l’allogreffe. Elle doute en effet que la survie, significativement inférieure en cas de cancer dans cette étude, soit réellement impactée par le cancer lui-même.
Pour elle, la mortalité directement attribuable aux cancers cutanés est remarquablement faible, malgré la nature agressive des cancers cutanés post-greffe. Elle critique donc l’analyse statistique employée par les chercheurs coréens pour mettre en évidence un risque plus élevé de mortalité en cas de cancer post-greffe et juge que celui-ci est plutôt à mettre sur le compte de facteurs de risque communs (âge, tabagisme, genre masculin, diabète).
(Journal of the American College of Cardiology, vol.71 n°1, 40-9 & 50-52)
arg/fb/APMnews

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