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Le CH de Saint-Brieuc en déficit fin 2017 pour la première fois depuis plus de 18 ans

SAINT-BRIEUC, 22 janvier 2018 (APMnews) - Le centre hospitalier (CH) de Saint-Brieuc a enregistré un déficit en 2017, une situation qu'il n'avait plus connue depuis des années, a indiqué son directeur dans un entretien accordé à APMnews à l'occasion de la cérémonie des voeux.
"En 2017, c'est un bouleversement. Depuis plus de 18 ans, nous étions en excédent et, pour la première fois, brutalement, nous sommes confrontés à un déficit de l'ordre de 4 millions d'euros sur un budget global de 290 M €", a indiqué Jean Schmid, directeur du CH de Saint-Brieuc, interrogé en fin de semaine dernière par APMnews.
Le CH de Saint-Brieuc dispose de 1.316 lits et places répartis sur deux sites principaux, l'hôpital Yves-Le Foll (établissement de court séjour) et le centre gériatrique des Capucins (établissement d'hébergement de court et moyen séjour gériatrique). Il est établissement support du groupement hospitalier de territoire (GHT) d'Armor.
"L'activité est pourtant restée comparable, voire en légère hausse, mais nous avons connu une explosion de l'ambulatoire (+10%) et une diminution de l'hospitalisation conventionnelle", a rapporté le directeur.
Ce déficit est observé "malgré la fermeture de lits et la maîtrise des dépenses et des effectifs. Nous avons subi le double effet de ciseaux des tarifs et de l'évolution de l'activité", a-t-il expliqué. "L'EPRD [l'état prévisionnel des recettes et des dépenses] pour les dépenses a été suivi mais les recettes se sont effondrées", a-t-il ajouté.
Face à l'évolution de l'ambulatoire, "on ferme des lits, on s'adapte. On réduit les effectifs puisqu'il y a moins de journées d'hospitalisation", mais cela ne suffit pas, a constaté le directeur.
"Dans une période chaotique, ces grands changements sont accompagnés par un travail important sur la qualité de vie au travail et sur la gouvernance", a relevé Jean Schmid. La formation est promue, en particulier les formations innovantes avec du e-learning et des ateliers citoyens sont organisés sur des thématiques générales pour réfléchir sur les pratiques, la quête de sens et remettre les situations en perspective. Des pièces de théâtre abordent des situations telles que le harcèlement, la violence afin de libérer la parole et apprendre à repérer ce qui s'installe insidieusement pour faire de la prévention. La formation des responsables de pôles est renforcée pour accentuer la délégation et les autonomiser.
Fin 2017, des séminaires de management ont été organisés avec les médecins et cadres pour s'adapter aux changements de pratiques. Le développement du temps partiel (variable au cours de l'année) va être favorisé, avec une augmentation du télétravail (déjà 40 personnes l'utilisent avec succès), ainsi qu'un travail sur l'alternance jour/nuit.
En 2018, l'établissement breton mènera une importante opération immobilière accompagnant l'évolution des prises en charge hospitalières, puisqu'il doit débuter des travaux afin de réunir d'ici 2020 ses activités ambulatoires de médecine et de chirurgie au sein d'une extension du bâtiment principal, pour un investissement de 25 millions d'euros, comme annoncé en décembre 2017 (cf dépêche du 18/12/2017 à 18:17).
Le CH a aussi prévu de construire un nouvel établissement d'hébergement des personnes âgées dépendantes (Ehpad) de 100 lits sur le site des Capucins, un investissement de 13 M €.

Refonte du système d'information

Le CH va conduire un projet stratégique qui concerne le système d'information patient communautaire (SIPC). "Nous remettons à plat tout le système d'information: le dossier patient informatisé, l'informatisation des blocs opératoires, des urgences, de la chirurgie, de l'anesthésie, de l'hospitalisation à domicile (HAD) et de toutes les activités médicales avec un nouveau système qui sera utilisé par tous les hôpitaux du GHT", a indiqué Jean Schmid.
Le GHT d'Armor comprend cinq hôpitaux avec, outre le CH de Saint-Brieuc, les CH de Guingamp, Lannion-Trestel, Paimpol et Tréguier (Côtes-d'Armor), rappelle-t-on.
Un dialogue compétitif a été lancé début 2017. Quatre candidats ont été retenus et le choix sera fait prochainement. Le déploiement va commencer au début du second semestre. L'investissement nécessaire est de 15 millions d'euros pour le GHT.
Toutes les données des patients seront numérisées pour alimenter le dossier et l'information sera accessible en temps réel par tous les acteurs autorisés tout au long du parcours du patient dans les différents établissements du GHT, souligne le directeur. Le schéma directeur a été réalisé il y a un an et le projet est en partie financé par le programme Hôpital numérique.
"Nous espérons optimiser les parcours par la mise en oeuvre du chemin clinique, facilité par le SIPC et par les éléments de partage d'informations (données, imagerie,...) et en lien avec les médecins de ville et autres acteurs, notamment de la télémédecine. C'est très important; c'est tout ce que nous attendons pour éviter des transports de patients comme les résidents d'Ehpad qui auront moins besoin d'être déplacés grâce à la télésurveillance et à la téléconsultation", commente-t-il.
"Autre événement en 2018, à partir d'août, notre Ifsi [Institut de formation en soins infirmiers] sera installé sur le campus universitaire de Saint-Brieuc. L'accent est mis sur les outils et l'installation de la simulation avec des caméras, des studios de mise en situation", annonce-t-il. C'est un projet partagé et mutualisé au sein du GHT et avec d'autres partenaires dont Brest et Rennes.
Fin 2018, la pharmacie du CH s'équipera d'un robot de distribution et de dispensation nominative des médicaments. Cet équipement de plus d'un million d'euros va constituer un "élément de la sécurisation du circuit du médicament" permettant de répondre à une incitation de la Haute autorité de santé (HAS). Cet outil servira aussi pour les autres établissements membres du GHT.
"Nous avions déjà une vraie habitude de travail en commun, ayant constitué en 2010 une communauté hospitalière de territoire (CHT). Le GHT, c'est tout sauf un bouleversement", commente-t-il. Il n'existait pas de politique d'achats commune unique mais les établissements fonctionnaient en groupements d'achats (avec les grands groupements nationaux ou des groupements régionaux). Le GHT a expérimenté une démarche volontaire de certification commune avec la Haute autorité de santé (HAS) qui a retenu ce modèle au niveau national (cf dépêche du 03/11/2017 à 18:16).
Les coopérations médicales étaient déjà très importantes. Sur les 550 médecins du GHT, plus de 100 travaillent déjà à temps partagé. Cela va encore progresser. Cependant, le directeur doute que cela suffise. "Nous sommes frappés par des problèmes de démographie médicale et le GHT ne sera pas un miracle", déplore-t-il.
Le projet médical partagé (PMP), approuvé en août 2017 par l'agence régionale de santé (ARS) Bretagne (cf dépêche du 10/10/2017 à 19:31), est construit selon une logique de filières médicales. Il s’appuie sur des filières emblématiques, bénéficiant d’une expérience ancienne de coopération comme les urgences et la périnatalité, et il structure des filières nouvelles de coopération: digestive (hépato-gastro-entérologie, chirurgie digestive) et onco-hématologie médicale, soins de suite et de réadaptation (SSR), gériatrie, imagerie médicale, biologie médicale.
sl/eh/APMnews

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