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Le propranolol efficace sur les symptômes de stress post-traumatique (étude canadienne)

WASHINGTON, 22 janvier 2018 (APMnews) - Le propranolol semble efficace pour réduire les symptômes du syndrome de stress post-traumatique en perturbant la réactivation des souvenirs douloureux, selon un petit essai canadien publié dans l'American Journal of Psychiatry (AJP), alors qu'une étude française avec le même produit est toujours en cours.
Cette étude canadienne a été menée par une équipe dont le premier auteur est le Pr Alain Brunet de l'université McGill à Montréal, qui contribue à l'essai clinique français Paris Mémoire Vive (Paris MEM) évaluant le propranolol chez les victimes des attentats du 13 novembre 2015 (cf dépêche du 04/11/2016 à 18:32), rappelle-t-on.
Interrogée par APMnews, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), promoteur de Paris MEM, a indiqué que sur les 400 patients prévus, 217 ont été inclus, parmi lesquels figurent aussi des victimes de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016. Une procédure est en cours pour envisager élargir l’étude à des victimes de l'ouragan Irma, qui a frappé les Antilles à l’automne 2017, et d'actes de guerre ou de violence. Les résultats sont attendus en 2019.
Lors d'un colloque organisé pour présenter l'étude Paris MEM, le chercheur canadien était venu expliquer qu'un souvenir persiste à long terme s'il est consolidé. Dans un stress post-traumatique, la souffrance émane d'un souvenir et il est possible d'interférer dans le processus de reconsolidation pour dégrader la trace mnésique, avait-il expliqué.
Le propranolol est un bêtabloquant utilisé depuis une cinquantaine d'années. Il fait aussi l'objet d'un usage détourné pour réduire le stress lors d'examens chez les étudiants ou le trac chez les artistes. Dans ses travaux, le chercheur canadien a montré que ce médicament passe la barrière hémato-encéphalique et prévient la synthèse des protéines intervenant lors de la consolidation d'un souvenir émotionnel.
Dans cette étude canadienne, le Pr Brunet et ses collègues ont évalué le propranolol, associé à une approche cognitive, le blocage de la reconsolidation mnésique, en double aveugle contre placebo, chez 60 adultes ayant un stress post-traumatique de longue date en lien avec divers événements (accident de la route, agression physique et notamment sexuelle, en lien avec la guerre, notamment une captivité, blessures ou maladies ayant menacé le pronostic vital...).
Le propranolol ou le placebo était administré 90 minutes avant une courte séance de réactivation, une fois par semaine pendant six semaines. Lors de la première, il a été demandé aux participants de raconter par écrit l'événement, à la première personne, sur une page, en se concentrant sur les moments les plus perturbants, avec au moins cinq sensations proposées sur une liste, puis de le lire à voix haute au thérapeute "comme s'ils étaient revenus dans l'événement".
Les séances suivantes, il a été demandé aux participants s'ils voulaient rectifier leur récit ou y ajouter des éléments puis ils devaient de nouveau lire le récit à voix haute au thérapeute.
A l'issue des six semaines, les symptômes de stress post-traumatique ont été évalués par l'investigateur sur l'échelle CAPS. L'analyse ajustée des données montre que le score CAPS est passé de 76,1 à 47,2 points chez les patient ayant reçu le propranolol et de 71 à 53,7 points dans le groupe placebo, soit une différence statistiquement significative de 11,5 points en faveur du propranolol.
Dans la liste spécifique des symptômes évalués par le patient, le score PCL-S est passé de 61,2 à 36,6 points avec le propranolol, contre une baisse de 57 à 51,2 points avec le placebo, soit une différence statistiquement significative de 14,6 points en faveur également du propranolol.
En intention de traiter, l'amélioration associée au propranolol était de 38% selon l'évaluation par le clinicien et de 56% selon celle du patient lui-même, contre respectivement 24% et 15% avec le placebo.
A six mois de suivi, le score CAPS se maintenait à 52 points et PCL-S à 38,4 points pour neuf patients ayant eu le propranolol, contre respectivement 69,2 et 69 points pour cinq patients ayant eu le placebo.
Ces résultats suggèrent que le propranolol, administré avant une séance de réactivation des souvenirs, semble être un traitement efficace du stress post-traumatique. D'autres études sont nécessaires pour les confirmer sur différents types de traumatismes et évaluer l'effet à long terme, concluent les chercheurs.
(AJP, édition en ligne du 12 janvier)
ld/ab/APMnews

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