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Accouchement: pousser en expirant ou en bloquant la respiration est aussi efficace et sûr (étude EOLE)

(Par Carole DEBRAY, aux journées du CNSF)
ISSY-LES-MOULINEAUX (Hauts-de-Seine), 5 février 2018 (APMnews) - Le type de poussée maternelle lors du 2ème stade du travail, en expirant ou au contraire en gardant l'air dans les poumons, est équivalent en termes d'efficacité et n'a pas d'impact sur la morbidité maternelle ou néonatale, selon une étude randomisée multicentrique française présentée lundi aux journées du Collège national des sages-femmes (CNSF) à Issy-les-Moulineaux.
Il existe globalement 2 types de poussée lors de la phase d'expulsion du foetus: à glotte ouverte, c'est-à-dire en expirant, criant, etc..., ou à glotte fermée, la respiration étant bloquée, a expliqué Chloé Barasinski, docteur et sage-femme au CHU de Clermont-Ferrand, qui a présenté en avant-première les résultats de l'étude EOLE.
Les données de la littérature médicale comparant les 2 types de poussée sont de faible qualité méthodologique et souffrent d'une hétérogénéité des interventions évaluées, ne permettant pas l'élaboration de recommandations quant au choix préférentiel de poussée, a-t-elle indiqué.
L'essai EOLE a inclus 250 femmes à au moins 37 semaines d'aménorrhée, nulli- ou multipares, avec une grossesse monofoetale en présentation céphalique et accouchant par voie basse. Elles ont toutes reçu une formation sur les 2 modes de poussée, via une vidéo diffusée lors des séances de préparation à la naissance. Quatre maternités ont participé à cet essai: au CHU de Clermont-Ferrand (niveau 3), au CH de Vichy (Allier, niveau 2), au CH de Thiers (Puy-de-Dôme, niveau 1) et au CHU de Grenoble (niveau 3). Cet essai se voulait pragmatique, réalisé dans les conditions de vie réelle.
Le critère principal évalué était l'efficacité du type de poussée, défini par l'obtention d'un accouchement spontané avec un périnée intact ou avec lésion du 1er degré uniquement. Ont également été évaluées les morbidités maternelles et néonatales.
L'adhésion au mode de poussée a été moins bonne dans le groupe assigné à la poussée en expirant, avec seulement 59,9% de respect du mode de poussée, contre 92,1% dans le groupe assigné à la poussée avec respiration bloquée, une différence statistiquement significative.
La durée de la phase d'expulsion a en outre été significativement plus longue avec la poussée en expirant (24,4 min contre 18 min).
Mais l'efficacité de la poussée n'a pas été significativement différente entre les 2 groupes dans l'ensemble de la population étudiée, ni parmi les nullipares, ni parmi les multipares.
Il n'y avait pas non plus de différence significative entre les 2 groupes en termes de morbidité maternelle: déchirure périnéale sévère ou épisiotomie, hémorragie du post-partum (HPP) immédiat.
Il en était de même pour la morbidité néonatale: il n'y a eu aucun cas de score d'Apgar inférieur à 7 à 5 min, les cas de pH ombilical artériel inférieur à 7,10 n'étaient pas significativement différents, ni les cas nécessitant une réanimation en salle de naissance, ni les transferts immédiats en service de néonatologie.

Laisser le choix

Chloé Barasinski a insisté sur le caractère pragmatique de l'étude, le mode de poussée étant la seule intervention imposée. L'étude a inclus notamment des femmes avec et sans péridurale, a-t-elle noté.
Ces résultats montrent que "le choix du type de poussée devrait être laissé à la femme", a-t-elle conclu.
Lors de la discussion avec la salle, le Dr Bernadette de Gasquet, médecin et professeur de yoga, qui promeut une technique d'approche corporelle destinée notamment aux femmes enceintes, via une préparation adaptée à la biomécanique spécifique à la maternité, a reproché à cette étude une mauvaise formation des patientes concernant la poussée en expirant, soulignant que "la biomécanique a[vait] ses règles".
Dans la séquence de la vidéo relative à la poussée en expirant, on voit une femme enceinte allongée sur le dos, genoux relevés, expirant avec la tête relevée également. Selon le Dr de Gasquet, la vidéo montre une mauvaise position, car il est de toute façon très difficile d'utiliser ses abdos quand on est sur le dos. "On pousse beaucoup trop tôt, avant que le bébé soit au zénith. Si j'expire, le bébé remonte et l'utérus avec, parce que c'est trop tôt. Finalement, on évalue quelque chose qui n'est pas une bonne chose", a-t-elle estimé.
Chloé Barasinski a insisté, en réponse, sur le fait qu'"il y a aussi la vraie vie et ce qu'on peut faire en salle d'accouchement". "La biomécanique est différente pour chaque patiente, nos repères sont différents". "On ne s'est pas placé [dans cette étude] avec la sage-femme la plus calée sur la technique d'expiration, qui a une technique parfaite, ni sur la meilleure patiente qui connaît son corps parfaitement, qui sait comment pousser parfaitement..., ce qui n'est pas la vraie vie", a-t-elle ajouté.
cd/gb/APMnews

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