dépêche

 - 

Un risque d'infection fongique invasive avec l'anticancéreux ibrutinib

PARIS, 30 mars 2018 (APMnews) - L'inhibiteur de kinase ibrutinib (Imbruvica*, Janssen) est associé à un risque d'infection fongique invasive, principalement d'aspergillose invasive, avec un risque de décès, alertent des chercheurs français qui ont présenté une enquête sur cette complication au congrès de la Société française d'hématologie (SFH) cette semaine à Paris.
"Dans le lymphome cérébral, une alerte aux infections fungiques invasives a récemment été lancée en raison d'une fréquence anormalement élevée de cas d'aspergilloses cérébrales lorsque le médicament était utilisé avec de la chimiothérapie et/ou de fortes doses de corticostéroïdes", indiquent David Ghez de Gustave-Roussy à Villejuif et ses collègues. Le groupe coopératif Filo a conduit une étude rétrospective pour en savoir plus.
Cela a permis d'identifier 33 patients ayant présenté cette complication dans 16 centres, entre 2013 et 2017. Il s'agit de "la plus grosse série mondiale d'infection fongique invasive sous ibrutinib".
De par la méthodologie utilisée, l'incidence n'était pas calculable, indiquent-ils, tout en précisant que plus de 1.200 patients ont reçu l'inhibiteur de la kinase de Bruton dans la période, pour donner une idée de la fréquence de cette complication.
Dans 27 cas sur 33, il s'agissait d'une aspergillose invasive. Il y avait par ailleurs quatre cryptococcoses, une pneumocystose et une mucormycose.
Les chercheurs ont noté la présence chez certains patients de facteurs de risque concomitants: neutropénie de grade 4 (5 patients), corticostéroïdes+/-rituximab (n=7), rituximab+/- chimiothérapie (5).
Ils soulignent le fait que ces complications sont survenues très précocement, moins de trois mois après le début du traitement par ibrutinib, et qu'il y avait une atteinte cérébrale dans 40,7% des cas.
"Le pronostic des patients est sombre": 17 patients 33 sont décédés au dernier suivi. Toutefois, si neuf décès étaient dus à l'infection, les autres étaient liés par la leucémie elle-même ou à d'autres causes.
L'ibrutinib a été arrêté chez 21 patients. Les 12 autres "ont soit continué à des doses réduites en raison d'interactions médicamenteuses avec le voriconazole, soit n'ont repris l'ibrutinib qu'à l'arrêt du voriconazole."
"Les raisons pour lesquelles les patients développent une aspergillose invasive restent mal définies", commentent les chercheurs. Ils font l'hypothèse d'un "effet combinant la diminution de la phagocytose et de la synthèse de chimiokines par les macrophagiques et les neutrophiles", la kinase de Bruton (cible de l'ibrutinib) jouant un rôle dans ces phénomènes.
"Les médecins doivent donc être rapidement sur leurs gardes en cas d'infection ne répondant pas aux antibiotiques usuels. Une prophylaxie par posaconazole devrait être proposée en cas de neutropénie et/ou de corticothérapie concomitante les trois premiers mois de traitement au moins, l'amélioration de la LLC entraînant aussi une amélioration des réponses immunologiques", conseillent-ils.
fb/vl/APMnews

[FB9P6ETVD]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jour sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi