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Assurance maladie et pharmaciens réfléchissent à l'accompagnement des patients sous chimiothérapie orale

(Par Guillaume BIETRY)
PARIS, 9 avril 2018 (APMnews) - L'assurance maladie et les syndicats de pharmaciens réfléchissent à la mise en place d'un dispositif permettant de rémunérer les officinaux pour l'accompagnement en ville des patients sous chimiothérapie orale, ont-ils fait savoir samedi lors d'une table-ronde organisée dans le cadre du salon PharmagoraPlus.
Des négociations vont être lancées prochainement sur le sujet en vue d'aboutir à un avenant conventionnel, ont indiqué Annelore Coury, directrice déléguée à la gestion et à l'organisation des soins à la Caisse de l'assurance maladie (Cnam), Philippe Gaertner, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), et Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo).
Des travaux sur l'accompagnement des patients sous chimiothérapie orale étaient annoncés dans l'avenant n°11 à la convention pharmaceutique, signé par l'assurance maladie et l'Uspo (mais pas la FSPF) en juillet 2017 et publié au Journal officiel en décembre 2017 (cf dépêche du 18/12/2017 à 11:31 et dépêche du 17/07/2017 à 08:00).
"C'est un thème important puisque de plus en plus de patients ont le choix d'être soignés à domicile, parce qu'il y a des chimiothérapies orales voire des organisations entre l'hôpital et la ville permettant à des patients d'être accompagnés", a estimé Gilles Bonnefond.
Il espère pouvoir signer un avenant avant la fin de l'année pour une mise en oeuvre en 2019, après évaluation du dispositif par la Haute autorité de santé (HAS).
"On voit qu'on est dans la bonne cible: nos confrères hospitaliers travaillent déjà avec nous pour voir comment on peut organiser le passage du patient entre le moment où il a été hospitalisé et où on a mis en place le traitement, et le moment où le relais va être pris par la ville, avec des traitement qui sont lourds, des patients qui sont en difficulté", a déclaré Gilles Bonnefond.
Pour Philippe Gaertner, l'accompagnement des patients sous chimiothérapie orale est "essentiel" parce que "les molécules arrivent, certaines avec des prix très élevés". "On n'a pas le droit de ne pas tout mettre en oeuvre pour que les sommes avancées par la collectivité n'entraînent pas les résultats [attendus] parce qu'il pourrait y avoir un mésusage ou un mauvais accompagnent", a-t-il commenté.
L'avenant n°11 évoque plusieurs autres chantiers pour faire évoluer les missions des pharmaciens, notamment celui de la vaccination.
Après un an d'expérimentation (sur les trois prévus), le gouvernement a annoncé fin mars la généralisation de la vaccination antigrippale à l 'officine en 2019 (cf dépêche du 26/03/2018 à 14:09).
"Il faut qu'on entame des discussions avec l'assurance maladie puisqu'on ne sera plus dans un cadre expérimental avec les ARS [agences régionales de santé]. Il y aura un acte de vaccination. Il faudra travailler pour le rendre complètement fluide dès la rentrée de 2019", a considéré Gilles Bonnefond.

Avancer sur le dépistage du cancer colorectal

Parmi les autres sujets mentionnés dans l'avenant, les pharmaciens veulent avancer sur la délivrance du kit de dépistage du cancer colorectal en officine. Le président de l'Uspo a indiqué que deux expérimentations dans la Finistère et en Corse avaient obtenu des résultats positifs, notamment dans l'Ile de beauté, où 15 pharmaciens ont réalisé 600 dépistages, dont 10 positifs.
Philippe Gaertner a appelé à l'ouverture de discussions pour permettre le remboursement des produits de sevrage tabagique dispensés en pharmacie sans prescription médicale.
Accompagnement des patients diabétique et organisation de la sortie hospitalière devraient aussi faire partie des missions rémunérées du pharmaciens. "On veut que, lorsqu'un patient entre à l'hôpital, il puisse désigner son pharmacien pour qu'on puisse organiser la sortie et échanger pendant qu'il est hospitalisé avec le confrère hospitalier pour qu'il puisse faire la conciliation médicamenteuse", a expliqué Gilles Bonnefond.
Egalement présent samedi, le président de l'Association nationale des étudiants en pharmacie de France (Anepf), Robin Ignasiak, a estimé important de mettre en place une rémunération pour la préparation des doses à administrer (PDA) et la livraison/dispensation à domicile, sur la base de bonnes pratiques.
Selon lui, la demande des patients est forte et ces activités sont déjà réalisées sur le terrain, mais sans cadre.

Bilans de médication: une évolution majeure mais compliquée

S'agissant des bilans de médication pour les seniors, prévus par l'avenant n°11 et entérinés par l'avenant n°12 signé en novembre 2017 et publié en mars 2018 (cf dépêche du 16/03/2018 à 10:39), Annelore Coury a jugé que cette "évolution majeure" n'était "pas simple" à mettre en oeuvre. "Il faut se l'approprier", a-t-elle observé.
L'assurance maladie table sur 20 bilans par officine et par an, ce qui devrait permettre de couvrir 8% d'une population cible évaluée à environ 4 millions de patients. L'enveloppe financière prévue par l'assurance maladie s'élève à 39 millions d'euros, a signalé Annelore Coury, ajoutant que les pharmaciens seraient rémunérés chaque premier trimestre pour les bilans réalisés l'année précédente.
Une clause de suivi est prévue au premier trimestre 2019, pour évaluer la montée en charge du dispositif. "On a beaucoup d'attente, même si on sait que ça va être compliqué", a déclaré la directrice déléguée de la Cnam.
Elle a rappelé que l'avenant n°11 avait permis de faire évoluer les entretiens pharmaceutiques créés à l'officine pour les patients sous anticoagulants et les patients asthmatiques. L'objectif est de relancer un dispositif qui s'essouffle, en raison notamment d'entretiens "peut-être trop longs", "trop magistraux" et compliqués à comprendre par les patients.
Gilles Bonnefond a appelé à "ne pas oublier" ces entretiens pharmaceutiques, tout comme Philippe Gaertner, pour qui "la dispensation nécessitera de plus en plus un accompagnement du patient". "Il faut équilibrer les deux dispositifs [les bilans de médication et les entretiens, ndlr], a relevé le président de la FSPF.
gb/eh/APMnews

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