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Glyphosate: Monsanto condamné à indemniser un jardinier souffrant d'un cancer

PARIS, 13 août 2018 (APMnews) - La justice américaine a condamné vendredi Monsanto à verser 289 millions de dollars (253 millions d'euros) au jardinier Dewayne Johnson, atteint d'un cancer, considérant notamment que la société d'agrochimie n'avait pas averti les utilisateurs de l'herbicide Roundup* (à base de glyphosate) de ses risques sanitaires.
Ce dossier est le premier d'une longue liste de plaintes visant Monsanto -racheté en juin par le laboratoire allemand Bayer pour un montant de 62,5 milliards de dollars (cf dépêche du 04/06/2018 à 18:28)- et près de 5.000 procédures similaires sont actuellement à l'examen aux Etats-Unis.
Les jurés californiens ont considéré que les produits à base de glyphosate visés par la plainte n'étaient pas aussi sûrs que ce à quoi les utilisateurs pouvaient s'attendre, rapporte Le Monde dans son édition du week-end. Ils ont également estimé que ces produits avaient constitué "un facteur substantiel" de la maladie du plaignant, et que les risques liés à leur utilisation "étaient connus ou pouvaient être connus à la lumière des connaissances généralement admises par la communauté scientifique au moment de leur fabrication, de leur distribution et de leur vente". Ainsi, Monsanto a failli à informer ses clients et a agi avec "malveillance", ont estimé les jurés.
La société d'agrochimie a annoncé dans un communiqué qu'elle ferait appel de la décision du jury, estimant que "la décision d'aujourd'hui ne change rien au fait que plus de 800 études scientifiques et revues [...] soutiennent le fait que le glyphosate ne provoque pas de cancer et n'a pas provoqué le cancer de Monsieur Johnson".
Alors qu'en novembre 2017, les pays de l'Union européenne ont voté en faveur du renouvellement pour cinq ans de son autorisation, cet herbicide très répandu fait l'objet depuis plusieurs années de nombreuses controverses, rappelle-t-on. Il est notamment classé depuis 2015 comme cancérogène probable pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), une agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) (cf dépêche du 24/03/2015 à 19:08), mais l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) considèrent pour leur part que les données scientifiques disponibles ne montrent pas que le glyphosate puisse être considéré comme cancérigène (cf dépêche du 09/11/2017 à 13:22).

Une décision "providentielle", estime Nicolas Hulot

"C'est une décision de justice très argumentée, qui est providentielle car elle rend enfin visible ce que certains s'obstinaient à ignorer depuis trop longtemps: le fait que l'objectif dissimulé de Monsanto, sa stratégie ignoble, est de mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète", a estimé le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, dans un entretien publié lundi dans le quotidien Libération.
Cette décision "vient corriger l'indifférence des politiques vis-à-vis de cette firme, qui dure depuis des décennies", a-t-il ajouté.
L'interdiction du glyphosate en France à l'horizon 2020 avait été annoncée fin 2017 par le président de la République, Emmanuel Macron (cf dépêche du 27/11/2017 à 18:55), mais l'Assemblée nationale a rejeté fin mai un amendement, soutenu par Nicolas Hulot, qui visait à inscrire cette interdiction dans la loi, rappelle-t-on (cf dépêche du 06/06/2018 à 13:19). Le ministre a depuis réaffirmé à plusieurs reprises que l'objectif sous trois ans serait tenu. Néanmoins, la France n'a pas exclu une dérogation pour les "10% de cas où il n'y aurait pas d'alternative pour les agriculteurs français".
Dans une interview donnée samedi sur BFM-TV, le ministre a appelé à "appliqu[er] enfin le principe de précaution" et à ne pas attendre "la démonstration du pire pour agir". Il a notamment fustigé la décision des sénateurs français de revenir sur le principe de séparation du conseil et de la vente dans le secteur des pesticides lors de l'examen du projet de loi alimentation et agriculture, et a souhaité qu'ils "reviennent à la raison". L'examen par les parlementaires de ce texte issu des états généraux de l'alimentation, organisés en 2017, doit reprendre à la rentrée.
"Il en est de nos pesticides comme de nos gaz à effet de serre: pour l'instant les trajectoires ne sont pas bonnes", a déploré le ministre dans Libération.
/sb/rtrs/ab/APMnews

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