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Financement des arrêts maladie: Edouard Philippe exclut un transfert "brutal" vers les entreprises

PARIS, 27 août 2018 (APMnews) - Le premier ministre, Edouard Philippe, "écarte l’hypothèse d’une mesure brutale de transfert [du financement des arrêts maladie] vers les entreprises", dans une interview au Journal du dimanche (JDD)
Le quotidien Les Echos avait rapporté le 1er août que le gouvernement envisageait de faire supporter aux employeurs, à la place de l'assurance maladie, le paiement de 4 jours d'arrêt maladie après le délai de carence applicable aux salariés, pour les arrêts de moins de 8 jours (cf dépêche du 03/08/2018 à 17:35).
Cette idée a soulevé une levée de boucliers du patronat. Edouard Philippe a ensuite temporisé: dans un courrier du 6 août aux organisations d’employeurs, divulgué là encore par Les Echos, il a renvoyé ce sujet à des réunions bilatérales entre les partenaires sociaux et le gouvernement (Matignon, mais aussi la ministre du travail, Muriel Pénicaud, et la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn).
Ces réunions doivent s’étaler du mercredi 29 août au mardi 4 septembre, selon une lettre de cadrage adressée samedi par Edouard Philippe aux organisations d’employeurs et de salariés, rapporte le JDD. Trois sujets sont à l’ordre du jour: l’assurance chômage, la santé au travail (sur la base du rapport de la députée LREM Charlotte Lecocq, qui doit être publié mardi, cf dépêche du 22/08/2018 à 12:26) et l’indemnisation des arrêts maladie.
Sur ce dernier point, "le système actuel est coûteux, inéquitable et déresponsabilisant" et Matignon compte "engager sa transformation pour garantir l’efficacité de cette dépense et renforcer la responsabilité de l’ensemble des acteurs", selon un extrait du courrier cité par le JDD.
Dans l’interview, le premier ministre souligne que "chaque année, un peu plus de 10 milliards d’euros sont consacrés" à cette indemnisation, un volume qui "progresse de plus de 4% par an". "En trois ans, le nombre de journées indemnisées est passé de 11 à 12 par an et par salarié du privé. C’est comme si notre pays avait instauré un jour de congé supplémentaire!"
"La part de nos dépenses de santé couvrant les arrêts maladie est donc de plus en plus importante, ce qui veut dire qu’on a moins d’argent pour le financement des hôpitaux et des nouveaux traitements", avertit Edouard Philippe.
"Tous les acteurs du système doivent se mettre autour de la table pour trouver les moyens de contenir cette progression. Donc il ne suffit pas de renvoyer vers tel ou tel le coût de ces indemnisations -les entreprises pas plus que d’autres", assure-t-il cpendant. Il exclut donc un transfert "brutal" vers les employeurs, qui représenterait un "contre-message" par rapport aux mesures lancées en faveur de l'activité des entreprises et de l'investissement.
"C’est ensemble qu’il faut résoudre le problème. Mais je veux dire à tous que cela ne peut pas perdurer", poursuit le premier ministre, toujours auprès du JDD.

Retraites, pensions d’invalidité et rentes AT-MP désindexées de l’inflation

Dans la même interview, Edouard Philippe revoit à la baisse la prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) (à 1,7% au lieu de 1,9%) sur laquelle reposera le prochain projet de loi de finances (PLF) qu’il doit présenter fin septembre. La Commission européenne, le FMI et la Banque de France avaient déjà abaissé leurs prévisions à 1,7% au début de l'été.
De ce fait, alors que le gouvernement prévoyait pour 2019 un déficit stable par rapport à celui attendu en 2018, à 2,3% du PIB (contre 2,6% en 2017), "il va y avoir, en 2019, un rebond du déficit", prévient le chef du gouvernement, sans donner de chiffre.
"Mais ça ne nous empêchera pas d’être dans la ligne de nos engagements, sur la baisse des prélèvements obligatoires comme sur la maîtrise de la dépense publique et de la dette. [...] Nous gardons le cap et nous maintenons le rythme" des réformes, promet-il.
Edouard Philippe annonce au JDD que certaines prestations sociales ne seront plus indexées sur l’inflation.
"Aucune prestation sociale ne sera réduite" ni gelée, mais au-delà des revalorisations déjà votées dans le budget 2018, comme celle de l'allocation pour les adultes handicapés (AAH), "d'autres prestations progresseront de façon plus modérée, de 0,3% par an en 2019 et en 2020", indique le premier ministre qui cite l'aide personnalisée au logement, les allocations familiales, les pensions de retraite. Le JDD rapporte qu’il en ira de même pour les pensions d’invalidité et les rentes accident du travail-maladie professionnelle (AT-MP).
Ces revalorisations seraient bien inférieures à l'inflation, attendue autour de 1,5-1,6% en 2019 par les grandes institutions internationales, la Banque de France et les économistes, note-t-on.
Concernant la fonction publique, Edouard Philippe réaffirme l'objectif de 50.000 suppressions de postes sur le quinquennat dans la fonction publique d'Etat et annonce qu'"environ 4.500 suppressions de postes" sont prévues en 2019 et que "le chiffre sera supérieur à 10.000" en 2020, après seulement 1.600 en 2018.
Le premier ministre précise par ailleurs au JDD que "dès le 1er septembre 2019, les cotisations salariales sur les heures supplémentaires seront supprimées pour tous les salariés, dans le privé comme dans le public", alors que cette mesure était initialement prévue pour 2020.
S’agissant des emplois aidés, l’hebdomadaire rapporte qu’"à ce jour, à peine 70.000 PEC [parcours emploi-compétences] ont été signés, soit 45% du volume initialement prévu et des 1,4 milliard d’euros budgétés". Ce dispositif, qui a remplacé les contrats aidés, renforce les obligations de formation et bénéficie d’un moindre financement de l’Etat, ce qui décourage les employeurs publics et associatifs d’y recourir, analyse l’hebdomadaire. Il écrit que "cette sous-consommation pourrait servir d’argument au gouvernement, qui souhaite à nouveau réduire la voilure des PEC".
rtrs/nc/san/APMnews

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