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Le macitentan semble efficace aussi dans l'hypertension portopulmonaire

(Par Luu-Ly DO-QUANG, au congrès de l'ERS)
PARIS, 17 septembre 2018 (APMnews) - Le macitentan (Opsumit*, Actelion, groupe Johnson & Johnson) a permis de réduire la résistance vasculaire pulmonaire chez des patients atteints d'hypertension portopulmonaire dans un essai clinique de phase IV, dont les résultats ont été présentés dimanche au congrès de l'European Respiratory Society (ERS) à Paris.
L'hypertension portopulmonaire est une forme d'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) associée à une hypertension au niveau de la veine porte, avec ou sans maladie hépatique. Peu de données sont disponibles sur les traitements indiqués dans l'HTAP dans l'hypertension portopulmonaire en particulier, a indiqué le Pr Olivier Sitbon de l'hôpital Bicêtre à Paris (AP-HP) lors d'une communication late-breaking en session orale.
Habituellement, ces patients sont exclus des essais cliniques à cause des effets indésirables hépatiques potentiels. Mais, dans l'essai pivot SERAPHIN (cf dépêche du 30/04/2012 à 10:21), le macitentan a notamment montré un bon profil hépatique, a-t-il ajouté. Cette étude a permis à Actelion d'obtenir une AMM pour le macitentan dans l'HTAP fin 2013 en Europe, rappelle-t-on (cf dépêche du 20/12/2013 à 18:54).
Dans l'étude PORTICO, 85 patients adultes avec un diagnostic confirmé d'hypertension portopulmonaire depuis 25 mois en médiane ont été inclus. Ils avaient notamment une résistance vasculaire pulmonaire (RVP) de 537,2 dyn.sec.cm-5 en moyenne et une distance parcourue au test de marche de 6 min de 384,5 m en moyenne. Les patients pouvaient déjà recevoir un traitement pour l'HTAP s'ils étaient sous doses stables depuis au moins trois mois (63,5% d'entre eux), a indiqué le Pr Sitbon.
La cause de l'hypertension portale était principalement une cirrhose alcoolique (42%) et une hépatite C (17%). Mais, les patients avec une maladie hépatique sévère ont été exclus ainsi que ceux avec une maladie considérée comme instable par l'investigateur.
Les patients ont été randomisés en double aveugle entre le macitentan à 10 mg et un placebo pour 12 semaines. Dans le groupe macitentan, quatre patients ont quitté prématurément l'étude, trois à cause d'effets indésirables et un pour manque d'efficacité. Dans le groupe placebo, un patient a choisi d'arrêter.
Le critère principal d'évaluation a été atteint, avec une diminution de la RVP chez les patients recevant le macitentan pendant 12 semaines alors qu'aucune évolution n'a été observée dans le groupe contrôle. La réduction était de 35% avec le macitentan par rapport au placebo, statistiquement significative (ratio géométrique moyen de 0,65).
Sur les critères secondaires, une réduction significative a été observée sur la pression artérielle pulmonaire moyenne (PAPm) chez les patients recevant le macitentan, de 6,4 mmHg, alors qu'elle est restée quasiment inchangée dans le groupe placebo (+0,4 mmHg).
L'index cardiaque a augmenté de manière plus importante avec le macitentan par rapport au placebo, de respectivement +0,6 et +0,1 l/min/m2, soit une différence significative.
Les résistances pulmonaires totales (RPT) ont diminué de près de 200 dyn.sec.cm-5 avec le macitentan, contre une baisse de 18,3 dyn.sec.cm-5 dans le groupe placebo.
Ces améliorations hémodynamiques ne se sont cependant pas traduites par des améliorations fonctionnelles: la distance parcourue au test de marche de 6 min s'est allongé de presque 10 m avec le macitentan (+6,4 m) par rapport au placebo (-2,4 m), mais cette différence n'était pas statistiquement significative, a ajouté le Pr Sitbon.
De même, il n'y avait pas de différence significative entre les deux groupes concernant la classe fonctionnelle OMS, qui est restée inchangée pour la majorité des patients.
Les données de sécurité et de tolérance indiquent que le macitentan a été globalement bien toléré chez les patients atteints d'hypertension portopulmonaire dans cette étude. Aucun décès n'est survenu au cours de la période en double aveugle.
Les effets indésirables les plus fréquents étaient des oedèmes périphériques (25,6% dans le groupe macitentan vs 11,9% dans le groupe placebo), des céphalées (respectivement 16,3% vs 16,7%) et des bronchites (9,3% vs 0%).
Concernant l'hémoglobine, sur laquelle le macitentan a un effet attendu, une baisse d'au moins 2 g/dl a été observée chez 27,9% des patients (vs 4,9% dans le groupe placebo). En revanche, aucun patient n'a connu de baisse de 8 g/dl ou plus.
Enfin, un seul patient sous macitentan a eu une élévation des enzymes hépatiques d'au moins trois fois les valeurs hautes normales, avec une hausse de la bilirubine totale de deux fois les valeurs hautes normales. Cette hausse a été détectée 13 jours après que le patient a quitté l'étude à cause d'une alvéolite.
Par ailleurs, le macitentan n'a pas eu d'effet sur le gradient de pression veineuse hépatique ni sur la pression artérielle systolique.
Les résultats issus de ce tout premier essai clinique randomisé et contrôlé, mené dans l'hypertension portopulmonaire montrent une amélioration significative dans la RVP et d'autres paramètres hémodynamiques avec le macitentan, a conclu le Pr Sitbon.
Dans un communiqué diffusé dimanche par Actelion, le spécialiste ajoute que ces résultats sont "pertinents" car "si les patients avec une hypertension portopulmonaire peuvent être traités avec succès pour réduire la pression et la résistance vasculaire pulmonaire, ils seront plus nombreux à pouvoir être candidats à une greffe de foie et pourraient avoir un meilleur pronostic après l'intervention".
ld/eh/APMnews

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