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"Ma santé 2022": quelque 300 praticiens déplorent un manque d'ambition pour l'hôpital

PARIS, 8 octobre 2018 (APMnews) - Quelque 300 praticiens hospitaliers expriment leur déception et le manque de moyens prévus pour l'hôpital après la présentation du plan "Ma santé 2022", dans une tribune publiée lundi sur le site du quotidien Libération.
Le texte émane du collectif qui a lancé "l'appel des 1.300" en janvier dans Libération, à l'initiative du professeur émérite André Grimaldi, diabétologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris, AP-HP), Jean-Paul Vernant, professeur hématologue également à la Pitié-Salpêtrière et du Dr Anne Gervais, hépato-gastro-entérologue à l'hôpital Bichat (Paris, AP-HP), pour alerter sur le manque de moyens de l'hôpital et faire des propositions pour son financement (cf dépêche du 16/01/2018 à 19:28).
Après la présentation par le président de la République du plan "Ma santé 2022" le 18 septembre, le collectif reconnaît en premier lieu "la pertinence du diagnostic sur la crise du système de santé", citant "trois symptômes chroniques: la surcharge des urgences hospitalières, l’inadaptation de notre système de soin à l’épidémie de maladies chroniques et l’insuffisance de leur prévention" et "les déserts médicaux".
De même, il estime que "les causes de cette crise sont correctement décrites: le manque de coordination entre la ville et l’hôpital, l’insuffisance du travail en équipe pluriprofessionnelle en ville, le tout-paiement à l’acte en ville et le tout-T2A à l’hôpital géré comme une entreprise commerciale".
Dans leur tribune, les praticiens se félicitent "de la fin du numerus clausus actuel", tout en demandant que soient précisées les nouvelles modalités de sélection. Ils regrettent que "ne soient pas proposés aux étudiants des contrats d’engagement de service public pour une durée limitée dans un des déserts médicaux de leur choix avec des conditions d’exercice moderne et un revenu minimal garanti, en échange de bourses d’études ou de la possibilité de choisir leur spécialité".
Ils soutiennent par ailleurs "les mesures prises en faveur d’une meilleure organisation de la médecine de proximité", tout en déplorant "l’absence de revalorisation des rémunérations des paramédicaux et l’absence de mesures pour réduire la disparité injustifiée de revenus entre spécialités médicales entre la ville et l’hôpital, source d’un déséquilibre devenant de plus en plus critique".
Les signataires s'inquiètent en revanche "de l’absence de mesures financières significatives pour la psychiatrie, victime d’une sous-dotation et de la fermeture excessive de lits et plus globalement pour l’hôpital public qui voit ses tarifs de remboursement réduits année après année et ses urgences débordées avec une réapparition des patients couchés sur des brancards".
Dans le plan "Ma santé 2022", "les 400 millions d’euros en plus pour 2019 permettant d’augmenter l’Ondam [objectif national des dépenses d'assurance maladie] de 2,3 à 2,5% correspondent en fait à un plan d’économie de 1,5% compte tenu d’une augmentation des charges de 4% et sans compter le taux d’inflation annuelle évalué à 1,5%", analysent-ils, qualifiant cette orientation de "triste message". Pour les praticiens signataires, "la rigueur cumulée année après année se termine en austérité et en dégradation du service rendu aux malades".
"Sans attendre que l’alternative promise en ville soit construite, le gouvernement ne desserre pas le garrot placé depuis 2008 autour du cou de l’hôpital public", dénoncent-ils. Ils déplorent également qu'"aucune augmentation du salaire des infirmières et des aides-soignantes [ne soit] à ce jour programmée".

Accentuation de la "technocratie"

Ils jugent que "la limitation drastique de financement des heures supplémentaires ne permettra pas d’assurer la présence en nombre suffisant de soignants au lit des malades". Ils critiquent par ailleurs les mesures consistant à proposer aux jeunes médecins hospitaliers "d’aller travailler au moins pour partie en ville, en réduisant le plein-temps médical hospitalier, ce qui rendra encore plus difficile le travail d’équipe". Selon eux, "l’extension de cette double activité pourrait à terme ouvrir la voie à une remise en cause plus fondamentale du service public hospitalier, notamment au profit des cliniques privées".
Les signataires regrettent en particulier que "la tarification à l’activité (T2A), dont la remise en cause était annoncée, reste le mode de financement largement dominant, son remplacement par un paiement au forfait pour le diabète et l’insuffisance rénale chronique demandant à être précisé dans l’espoir que la course au forfait ne remplace pas la course au tarif".
Ils ne sont pas plus optimistes sur les annonces qui concernent le financement à la qualité. Ce financement "aux indices de qualité va accroître le temps passé par les soignants au 'reporting', il va complexifier un peu plus le système, accentuer le poids de la technocratie, sans réellement améliorer la qualité comme l’ont montré les expériences anglaises et américaines des 10 dernières années", estiment-ils. En outre, il "instaure de fait la pratique du bonus/malus que les assureurs souhaitent appliquer un jour aux patients eux-mêmes en fonction de leur 'observance'" (cf dépêche du 26/09/2018 à 14:42), ajoutent-ils.
Plus globalement, "le grand plan santé 2022 ne se donne pas les moyens de ses ambitions", accusent-ils. Le financement de l’hôpital public "risque fort de continuer à être la variable d’ajustement des dépenses du système de santé", craignent les signataires.
Ils regrettent enfin que "le plan ne précise pas les indicateurs sur lequel il devra être jugé", dont le nombre de passages annuel aux urgences, "le délai pour trouver un lit disponible dans un service correspondant aux besoins des patients admis à l’hôpital en urgence", la diminution des actes et des prescriptions injustifiés, ou encore l'amélioration de la qualité de vie au travail des soignants.
mlb/ab/APMnews

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