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"Il faut traiter la dénutrition avant, pendant et après l'hospitalisation" (Dr Jean-Fabien Zazzo)

PARIS, 3 décembre 2018 (APMnews) - Il est nécessaire de traiter la dénutrition avant, pendant et après une hospitalisation, a expliqué Jean-Fabien Zazzo, coordonateur du comité de liaison alimentation nutrition (Clan) central de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), anesthésiste-réanimateur et nutritionniste, lors d'un colloque qui s'est tenu la semaine dernière à Paris.
"La dénutrition est fréquente et s'élève à 20% à l'admission chez les patients hospitalisés. Actuellement, le PPS [plan personnalisé de soins] est encore trop peu organisé", a indiqué le Dr Jean-Fabien Zazzo. Il juge "indispensable d'établir un bilan nutritionnel, qu'il soit déficitaire ou non, afin de déterminer le risque nutritionnel pour pouvoir proposer quand et comment intervenir".
Selon lui, il est crucial que certains points critiques comme les maladies chroniques, les conditions socio-économiques, le degré de stress, d'alcoolisme, l'âge, la pathologie, les régimes restrictifs et les traitements soient d'ores et déjà identifiés, avant toute entrée à l'hôpital, par le médecin référent et/ou le médecin spécialiste.
Le Dr Zazzo s'est intéressé à la prévention de la dénutrition en MCO (médecine chirurgie obstétrique) et a analysé les indicateurs nationaux issus des données de la Haute autorité de santé (HAS) de 2009 à 2018. Pendant l'hospitalisation, il a relevé une forte insuffisance en termes de diagnostic nutritionnel, a-t-il souligné. "Cela entraîne un retard voire une absence de prise en charge", a-t-il souligné.
Selon lui, l'alimentation hospitalière présente de nombreuses lacunes du point de vue de sa qualité, des contraintes qu'elle implique et de son organisation.
Il a estimé qu'il existait en outre une absence de suivi après l'hospitalisation, une trop faible formation des professionnels, et a rappelé que la consultation de diététique en ville n'était pas prise en charge.
Fort de ces constats, il a émis plusieurs propositions visant à améliorer la prévention et le traitement de la dénutrition, que ce soit avant, pendant et après une hospitalisation.

Prévenir et traiter un état de dénutrition

Avant une hospitalisation, il a suggéré d'inscrire périodiquement dans le dossier médical partagé (DMP) le poids, avec calcul automatique des variations de ce dernier. Il a rapporté avoir adressé un courrier -demeuré lettre morte- à Nicolas Revel, directeur de la Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam) proposant l'inscription par un médecin, pharmacien ou une infirmière, sur la carte Vitale, de la taille et du poids, avec, pour les affections longue durée (ALD), une obligation de mise à jour à chaque consultation.
"Un courrier de la caisse d'assurance maladie du patient pourrait l'inciter à consulter pour un bilan et une éventuelle prise en charge par un nutritionniste", a-t-il ajouté.
Selon lui, il est aussi nécessaire d'organiser l'admission pour une intervention programmée ou une pathologie médicale chronique ou à risque de dénutrition, en adressant la date d'admission à l'unité diététique afin qu'elle prévoit une évaluation le premier jour de l'hospitalisation et un premier repas adapté.
Pendant une hospitalisation, le Dr Zazzo estime qu'il faut peser tous les patients à l'admission et relever les variations récentes du poids et de la prise alimentaire au domicile au cours de la dernière semaine. Il pense nécessaire d'adapter l'offre alimentaire selon des critères simples comme l'âge, le sexe, la pathologie et les antécédents à risque, comme le recommande la Haute autorité de santé (HAS). Une attention particulière doit être accordée aux handicaps moteurs ou neurologiques en prévoyant par exemple des couverts adaptés et une aide au repas.
"Il faut suivre la prescription diététique médicale, voire l'exiger dès l'admission", a-t-il souligné.
Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de diminuer la durée du jeûne nocturne, d'enrichir le petit déjeuner, de respecter la durée du repas, d'évaluer rapidement la prise alimentaire, de la noter et surtout de cesser de programmer des examens ou des soins à l'heure des repas.
Pour la sortie de l'hôpital et le suivi après l'hospitalisation, le Dr Zazzo suggère de peser les patients le jour de la sortie, et "si c'est pertinent, de réaliser une prescription nutritionnelle sur l'ordonnance de sortie".
Le statut nutritionnel doit être communiqué dans un courrier adressé au médecin traitant, "en bas de page, à la suite des informations sur le portage des BMR [bactéries multirésistantes] et les transfusions de produits sanguins labiles", a-t-il expliqué.
"Le codage du statut nutritionnel doit être intégré dans le DMP ou le compte rendu hospitalier et il faut absolument évaluer ce statut lors de la consultation de suivi", a-t-il indiqué.
"En outre, si la dénutrition est avérée il faut organiser une consultation diététique le jour de la consultation de suivi. Et, si cette dernière est sévère, adresser le patient à une consultation spécialisée", a-t-il également préconisé.
cab/vib/eh/APMnews

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