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CHU de demain: une seconde phase de réflexion va s'ouvrir avec d'autres acteurs (conférences)

(Par Sabine NEULAT-ISARD)
POITIERS, PARIS, 17 décembre 2018 (APMnews) - Le rapport sur le CHU de demain, rendu public vendredi, ne constitue que la première étape d'une réflexion qui associera d'autres acteurs, ont assuré les présidents des 6 conférences ayant participé à son élaboration, vendredi, lors d'un point presse organisé à l'issue des Assises hospitalo-universitaires.
Lors de ces assises qui se sont tenues près de Poitiers, les présidents des conférences des présidents de commission médicale d'établissement (CME) de CHU, des directeurs généraux des CHU, des présidents d'université, des doyens de facultés de médecine, des doyens de pharmacie et des doyens d'odontologie ont présenté le contenu de leur rapport sur le CHU de demain, qui rassemble 23 grandes propositions (cf dépêche du 14/12/2018 à 11:00).
Cette présentation s'est faite en présence de la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, et de la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, Frédérique Vidal.
Les ministres n'ont pas fait d'annonces précises, hormis celle de la mise en place, à partir de janvier 2019, de chantiers, associant d'autres acteurs, pour parvenir à une "feuille de route" (cf dépêche du 14/12/2018 à 15:43).

L'Anmef, l'Isnar-IMG et l'Isni protestent contre la vision du rapport

Samedi, trois associations représentant les étudiants des trois cycles des études médicales (l'Association nationale des étudiants en médecine de France -Anemf-, l'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes en médecine générale -Isnar-IMG- et l'Intersyndicat des internes -Isni) ont dénoncé la vision "hospitalo-centrée" du rapport sur le CHU de demain et indiqué qu'elles "ne se reconnaiss[aient] pas dans l’organisation du système de santé que [le rapport] dessine".
"Non, le CHU n’est pas le centre de gravité du système de santé, comme veut le faire croire ce rapport", affirment les trois associations, qui déplorent une "absence de concertation avec l’ensemble des acteurs impliqués" lors de son élaboration.
Considérant que le CHU "n’a pas l’exclusivité de la formation en santé", elles estiment que "l’université est, et doit rester, le garant de la formation des étudiants en santé" et revendiquent une formation qui "rende compte de la diversité du monde de la santé à travers la multiplicité des exercices". "L’organisation de ces formations doit se faire en lien avec les territoires", ajoutent-elles.
Le CHU ne doit pas non plus "organiser le territoire", poursuivent-elles. "L’organisation des soins dans les territoires doit être pensée à l’échelle de bassins de vie, en fonction des besoins des populations" et se faire "avec tous les acteurs concernés dont les établissements de santé, la médecine de ville, les patients..."
Les trois associations insistent aussi sur la "nécessité" de réformer le statut hospitalo-universitaire. "La volonté décrite dans le rapport de le faire évoluer vers une contractualisation des missions doit être concrétisée", précisent l'Anemf, l'Isnar-IMG et l'Isni, qui comptent porter la voix des jeunes et futurs médecins à la table des négociations pour construire un CHU de demain "ambitieux, innovant et pertinent".

Un travail collectif qui n'est qu'une première étape

Lors d'une conférence de presse donnée à la fin des assises, les présidents de 5 des 6 conférences ayant élaboré le rapport ont répondu aux questions sur l'absence d'annonces véritables, et indirectement aux critiques sur le contenu de leur rapport.
"Le rapport était une commande qui nous était passée collectivement [par les ministres, ndlr] et nos 6 conférences ont travaillé pour la première fois ensemble", a souligné Catherine Geindre, des Hospices civils de Lyon (HCL), qui présidera la conférence des directeurs généraux de CHU à partir de janvier 2019. "Maintenant, nous passons à une deuxième phase", qui visera à "voir comment nous allons traduire concrètement nos propositions" avec "des acteurs extérieurs".
"Il est important d’élargir le débat avant de prendre des décisions", a renchéri le président de la conférence des présidents d'université, Gilles Roussel, en citant en exemple l'intégration dans la réflexion d'acteurs "locaux", des "associations de patients" et des "agences régionales de santé" (ARS).
"Le rapport a permis de réaliser une phase d’expertise. Maintenant commence la phase de mise en oeuvre opérationnelle des mesures", a poursuivi le président de la conférence des doyens de facultés de médecine, Jean Sibilia.
"Le rapport est en soi une innovation puisque les 6 conférences ont travaillé de manière synergique. C’est la première fois [que cela se fait] de manière aussi dense et continue", a fait remarquer le président de la conférence des présidents de CME de CHU, François-René Pruvot.
"C’est une des premières fois que la conférence des présidents d’université est présente", a confirmé son président, tandis que le président des doyens de facultés de pharmacie, Bernard Muller, a insisté sur le "pragmatisme" de la démarche.

Débat sur le travail en réseau

La volonté des ministères d'élargir la nature des intervenants a été illustrée lors d'un échange sur le travail en réseau concernant les activités de recours, vendredi aux assises.
Agnès Buzyn a estimé que plusieurs modèles pouvaient exister en particulier pour l'organisation, entre les établissements, des activités spécialisées dites de recours. Car "aujourd'hui, on ne peut plus déconnecter les enjeux de santé de [ceux de] l'aménagement du territoire au sens large", a-t-elle affirmé.
Evoquant la "gradation des soins" voulue dans le plan "Ma santé 2022", elle a remarqué que les conférences l'avaient "interprétée" comme une gradation "par établissement", avec des établissements de recours et des établissements "plus généraux".
"En réalité, [on dit cela] pour simplifier le panorama quand on l'explique", a indiqué la ministre, qui a estimé que la partie recours devait être exercée "par un établissement ou un autre" selon les disciplines, les bassins de vie ou les groupements hospitaliers de territoire (GHT), et non pas selon les statuts.
"Par exemple, certains feront de la transplantation, tandis que d'autres feront de la radiologie interventionnelle", a-t-elle cité. "Dans 'Ma santé 2022', l'organisation du recours ne vise pas à confier à un seul établissement tout le recours d'un territoire", a-t-elle insisté.
"Cela nécessité beaucoup d'agilité et une absence de modèle unique", a-t-elle reconnu, en appelant à "ne pas faire un jardin à la française très structuré" mais à "penser territoires et bassins de vie" et à organiser les activités selon "les compétences et les savoirs faire".
Elle a indiqué qu'un "chantier" serait ouvert sur ce sujet et estimé qu'il devra associer d'autres parties prenantes, comme "les "élus" et "les associations de malades et d'usagers".
La ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a appelé pour sa part à ne pas s'attacher à la "définition administrative des territoires" pour arrêter une organisation en réseau. En effet, cette définition "ne correspond pas forcément à la réalité de la définition d'un territoire pour les étudiants ou les patients".
Intervenant avant les deux ministres, le président de la conférence des présidents de CME de CHU a présenté deux des propositions faites par les conférences. François-René Pruvot a appelé à une "redéfinition" de la notion de recours et précisé que les conférences ne souhaitaient pas une modélisation d'une organisation en réseau mais plutôt la validation de 2 ou 3 grands types d’organisation.
"De même qu’aucun hôpital ne peut être en dehors d’un GHT, nous souhaitons qu’aucun CHU ne soit en dehors d’une organisation en réseau", a-t-il assuré lors de la conférence de presse.
"Nous proposons que l'organisation d'un réseau se fasse sur la base de 4 paramètres: les soins de recours et les soins complexes, une révision des effectifs hospitalo-universitaires en commun, une stratégie de recherche coordonnée dans le réseau et une stratégie d’organisation et d’étude du management en commun", a-t-il détaillé.
Il faut que le travail en réseau devienne "une obligation", même si cette obligation prend des formes différentes, et qu'il y ait une "ossature commune", a estimé pour sa part Jean-Pierre Dewitte, président de la conférence des directeurs généraux de CHU (jusqu'au 1er janvier 2019) et directeur général du CHU de Poitiers, en considérant que la voie conventionnelle n'était pas suffisante et qu'un cahier des charges précis était nécessaire.
san/gb/APMnews

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