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Le sur-risque très important de cancer de l'oesophage en Iran expliqué par une combinaison de facteurs de risque

WASHINGTON, 7 janvier 2019 (APMnews) - Le sur-risque très important de carcinome épidermoïde de l'oesophage en Iran s'explique par une combinaison de facteurs de risque indépendants, au premier rang desquels le fait de fumer de l'opium, selon les résultats d'une étude de cohorte publiés jeudi dans Gastroenterology.
Le taux très important de carcinome épidermoïde de l'oesophage dans la province iranienne du Golestan, au Nord-est de l'Iran, a conduit le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) à lancer des investigations épidémiologiques en 1969. Elles montrèrent que la consommation d'alcool et de tabac ne pouvaient pas l'expliquer. Ces travaux ont été interrompus en 1979 avec la révolution islamique avant d'aboutir à des conclusions.
Ils ont été relancés en 2001. L'étude de cohorte du Golestan a été lancée avec plus 50.000 personnes et un taux de perdus de vue à 10 ans inférieur à 1%.
Mahdi Sheikh de l'université de Téhéran et ses collègues présentent les résultats issus de cette cohorte.
Ils ont évalué différents facteurs de risques potentiels, identifiés notamment lors des travaux réalisés en 1970 et dans une étude cas-contrôle.
Ils ont notamment évalué la consommation de boissons chaudes, non pas par auto-questionnaire, mais en exposant les participants à des tasses de thé à 75°C en leur demandant si la température de la boisson correspondait à leurs habitudes de consommation. Le thé était laissé à refroidir et l'expérience répétée tous les intervalles de 5°C.
L'analyse a porté sur 50.045 personnes de 40-75 ans habitant dans la région du Golestan, incluses entre 2004 et 2008 et suivies jusque fin 2017.
Au cours d'un suivi moyen de 10 ans, 317 personnes ont développé un carcinome épidermoïde de l'oesophage. Les auteurs ont identifié 7 facteurs de risque indépendants : boire de l'eau non-courante (sur-risque de 204%), fumer de l'opium (+85%), manger trop peu de fruits (+66%) et de légumes (+62%), boire du thé chaud (à plus de 60°C, sur-risque de 60%), présenter une perte de dents excessive (+66%) et être exposé à un air intérieur pollué (+57%).
Tous ces facteurs de risque étaient associés au risque de carcinome épidermoïde de l'oesophage de manière dose-dépendante.
L'exposition combinée à ces différents facteurs de risque pouvait multiplier jusqu'à 7 fois le risque de ce cancer. Ces facteurs environnementaux expliqueraient les trois quarts des cancers qui affectent la population dans cette région.
Peu de recherches épidémiologiques ont analysé le lien entre opium et cancer, pointent les auteurs. L'opium pourrait favoriser le risque de carcinome épidermoïde de l'oesophage en raison des composés hautement mutagènes et potentiellement cancérigènes produits par la pyrolyse et la combustion de l'opium.
De façon étonnante, dans cette cohorte, l'ingestion d'opium n'a pas été identifiée comme étant un facteur de risque de carcinome épidermoïde de l'oesophage. En comparaison au fait de fumer l'opium, l'ingérer expose dans une moindre mesure aux hydrocarbures aromatiques polycycliques et hétérocycliques, aux amines aromatiques primaires, mais à des concentrations de morphine 10 fois supérieures.
De précédentes études avaient mis en évidence un sur-risque de cancer du pancréas associé à la consommation d'opium qu'il soit fumé ou ingéré. L'absence de relation causale dans cette étude pourrait aussi refléter une faiblesse statistique: seules 31 personnes qui ingéraient de l'opium ont développé un carcinome épidermoïde de l'oesophage au cours du suivi.
Par ailleurs, l’équipe pointe le fait que c'est la première étude à grande échelle où la température des boissons est évaluée à l'aide d'une méthode validée et non auto-rapportée. Cette relation boisson chaude-cancer de l'oesophage était déjà connue, mais les mécanismes pathophysiologiques ne sont toujours pas formellement établis. Les auteurs formulent l'hypothèse de brûlures à répétition qui pourraient induire les cancers ou augmenter la susceptibilité aux autres agents cancérigènes.
S'agissant de l'absence d'accès à l'eau courante, elle a déjà été identifiée comme facteur de risque de cancer du haut appareil digestif. Une étude conduite dans cette région a mis en évidence de hautes concentrations en nitrates dans les zones où l'incidence et les taux de mortalité de ce cancer étaient particulièrement élevés. Cela pourrait être lié à la production endogène de nitrosamines et de monoxyde d'azote suite à l'ingestion de nitrates dans l'eau.
Aucun des facteurs identifiés ne peut expliquer à lui seul l'incidence des cancers épidermoïdes de l'oesophage retrouvée dans cette région. Ces résultats suggèrent que ces cancers sont des maladies multifactorielles qui se développent en raison d'expositions multiples.
La baisse continue de l'incidence de ce cancer observée depuis les années 1970 va dans le sens de cette hypothèse, selon les auteurs.
(Gastroenterology, publication en ligne du 3 janvier)
vib/cd/APMnews

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