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L'OMS encourage à une plus forte régulation des prix des anticancéreux

GENEVE, 28 janvier 2019 (APMnews) - L'Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle, dans un rapport, à une plus forte régulation des prix des anticancéreux, jugeant que les politiques de tarification actuelles ont mené à des prix "insoutenables" et bien supérieurs à la valeur clinique réelle de ces produits.
Ce rapport technique, présenté le 26 janvier au conseil exécutif de l'OMS, se base notamment sur l'analyse de 99 traitements anticancéreux approuvés par la Food and Drug administration (FDA) américaine entre 1989 et 2017.
Selon l'OMS, les dépenses mondiales pour les anticancéreux se sont élevées à 133 milliards de dollars en 2017, contre 90,9 milliards en 2012. Ces dépenses ont augmenté en moyenne de 7,9% par an, soit plus rapidement que le nombre de cancers diagnostiqués, qui a progressé chaque année de 2,6% à 2,8% en fonction des pays.
Pour les auteurs, cette politique de dépenses n'est efficiente ni en termes économiques, ni de santé, et renforce les inégalités d'accès aux soins.
Le rapport pointe le fait que le prix moyen revendiqué par les industriels pour un anticancéreux "n'a peu ou aucun rapport" avec les coûts de R&D qu'il a nécessités. Sur les 99 anticancéreux analysés (dont 33 ont un chiffre d'affaires annuel supérieur au milliard de dollars), le retour sur investissement s'élève en moyenne à 14,50 dollars de chiffre d'affaires pour chaque dollar investi en R&D.
Le rapport ajoute que les prix ne peuvent pas non plus être justifiés par la valeur clinique des produits, car "une grande proportion des thérapies ciblées", qui se sont beaucoup développées ces "15-20 dernières années", "améliorent des critères de substitution, comme la taille d'une tumeur, sans preuve de bénéfice en termes de survie ou de qualité de vie".
Si certaines thérapies ont montré des "améliorations substantielles", le bénéfice en termes de survie ne s'élève en moyenne qu'à 3 mois, pointe le rapport.
Ses auteurs en concluent que "les groupes pharmaceutiques fixent les prix en fonction de leurs objectifs commerciaux, avec la volonté d'obtenir le montant maximum qu'un acheteur peut payer pour un médicament".
Le rapport impute la responsabilité de ces prix élevés aux systèmes de remboursement, qui sont généreux avec les anticancéreux, et davantage encore avec les traitements innovants. Les auteurs observent de grandes différences de prix en fonction des pays et parfois même à l'intérieur de chaque Etat. "Ces fluctuations ne semblent pas correspondre à la demande ou au pouvoir d'achat", est-indiqué.
Des analyses comparatives montrent que des politiques d'encadrement des prix sont associés à des prix plus bas. Toutefois, "même dans les pays qui ont une politique forte de gestion des prix des médicaments, les prix des traitements innovants ont continué de croître substantiellement", note le rapport, qui incite à "réaligner les prix des traitements anticancéreux".

Des prix élevés aux impacts importants

Les auteurs du rapport constatent que l'envol des prix des anticancéreux a un fort impact sur l'accessibilité des médicaments, notamment dans les pays aux revenus les plus bas, où seuls 32% des anticancéreux "essentiels" sont disponibles.
Cela amène également à une surreprésentation des anticancéreux dans le total des dépenses de santé et dans les investissements en R&D.
"Une trop forte rentabilité combinée à une position de force sur le marché ont encouragé les laboratoires à une prise de risque excessive dans la recherche contre le cancer, malgré de faibles probabilités de succès", soulignent les auteurs. Les laboratoires pharmaceutiques prennent parallèlement moins de risque dans les autres domaines de recherche, ce qui à long terme "étouffera l'innovation", préviennent-ils.
Le rapport met en avant les bénéfices de traitements moins onéreux. Ses auteurs estiment qu'une baisse des prix inciterait les laboratoires à produire plus en volumes, surtout si les coûts de production sont bas, et à aller chercher davantage de marchés.
En conclusion, l'OMS encourage les régulateurs à une politique plus stricte de contrôle des prix aux niveaux régional et national, à améliorer l'efficacité des dépenses d'anticancéreux, à être plus transparents sur les prix négociés ou encore à collaborer davantage avec les autres Etats afin de peser dans les négociations.
Côté industriels, le rapport appelle à plus de transparence sur les coûts des médicaments et les prix pratiqués.
mjl/gb/APMnews

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