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Plus de 350 patients ont reçu des cellules CAR-T en Europe

(Par François BOISSIER, au congrès EHA/EBMT sur les CAR-T)
PARIS, 18 février 2019 (APMnews) - Plus de 350 patients présentant des cancers hématologiques ont été traités par les nouvelles thérapies par cellules CAR-T dans une dizaine de pays d'Europe, selon une enquête récente dont les résultats ont été présentés en fin de semaine au premier congrès européen sur les cellules CAR-T, organisé à Paris par l'European Hematology Association (EHA) et l'European Society for Blood & Marrow Transplantation (EBMT).
L'utilisation de ces cellules -des lymphocytes T autologues génétiquement modifiés pour cibler les cellules tumorales- "a démontré une efficacité exceptionnelle chez des patients présentant des cancers dérivés de cellules B récidivants ou réfractaires et dans le myélome multiple". Mais les études ont eu lieu essentiellement aux Etats-Unis et "malheureusement", en Europe cette activité "en est encore aux balbutiements", rappellent Alvaro Urbano-Ispizua de l'Hospital Clinic à Barcelone et ses collègues.
A l'occasion du premier congrès européen, et alors que deux premiers traitements par CAR-T ont été autorisés il y a quelques mois en Europe, ils ont réalisé une enquête auprès des centres de pointe en hématologie pour savoir combien s'étaient lancés dans cette nouvelle activité. Les résultats ont été présentés en poster.
Un questionnaire a été envoyé à tous les centres impliqués dans une activité de greffe de cellules souches hématopoïétiques. Les réponses montrent qu'au moment de l'enquête, en novembre 2018, 34 centres dans 11 pays avaient déjà débuté une activité de traitement par CAR-T. C'est l'Espagne qui avait le plus grand nombre de centres impliqués (6 centres), suivie de la Belgique et de la France (5 centres chacune), puis de l'Allemagne (4 centres), les Pays-Bas et le Royaume-Uni (3 centres)...
Seuls 5 centres avaient traité plus de 20 patients, le centre en ayant traité le plus étant un centre israélien.
Globalement, il s'agissait dans 37% des cas de patients pédiatriques et dans 63% d'adultes. La première indication était la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL; 43% des patients), suivie du lymphome non hodgkinien (34%). Le myélome était la maladie traitée dans 5% des cas, la leucémie lymphoïde chronique dans 1% et d'autres cancers (leucémie aiguë myéloblastique mais aussi quelques tumeurs solides) dans 6%.
Mais la situation évolue rapidement car 57 autres centres dans 15 pays (dont 6 centres français) annonçaient dans cette enquête en novembre 2018 qu'ils prévoyaient de débuter cette activité dans les 6 mois.
L'enquête montre qu'il y avait en novembre 2018 en Europe 18 essais à sponsor industriel et 19 à sponsor académique. Elle montre aussi que 7 centres ont développé en interne une activité de production de cellules CAR-T.
Ces résultats montrent qu'il y a une "implication croissante" des centres européens dans l'activité de traitement par CAR-T, commentent en conclusion les auteurs, en souhaitant que soit mise en place une harmonisation des procédures et des partages d'information afin d'améliorer la qualité, suggérant l'intérêt d'une structure européenne centralisée et d'un registre.

Un suivi de 15 ans de tous les patients dans un registre européen

Un registre qui est d'ailleurs réclamé par les autorités européennes, comme l'a indiqué Martina Schüssler-Lenz, présidente du Committee for Advanced Therapies (CAT) de l'Agence européenne du médicament (EMA).
Elle a rappelé qu'il existait des "incertitudes" importantes sur les CAR-T: les études sont non randomisées, le nombre de patients inclus est réduit et la durée de suivi jusqu'à présent limitée. Des questions se posent à la fois sur l'efficacité en vie réelle, sur la qualité des systèmes de production et de distribution des produits et sur les toxicités, aiguës et à long terme, de ces produits.
C'est pourquoi l'EMA a demandé qu'un registre exhaustif des tous les patients européens recevant des CAR-T soit mis en place, et qu'il assure le suivi de ces patients sur une durée de 15 ans.
La nécessité d'un tel registre a suscité quelques commentaires de participants. L'un d'eux a souligné le fait que certaines chimiothérapies, tout en étant globalement utiles, étaient connues pour provoquer des cancers secondaires, et aucune agence ne demandait de registre de suivi des patients. Martina Schüssler-Lenz a quant à elle justifié ce choix par l'exemple d'autres traitements avec modification génétique de cellules souches hématopoïétiques, où des leucémies secondaires pourraient survenir plus de 10 ans après le traitement.
Lors du congrès, les industriels qui commercialisent ou développent des CAR-T ont chacun fait une présentation. Dominique Tonelli, responsable affaires médicales Europe en oncologie et thérapie cellulaire de Gilead, a souligné le fait que ce nouveau type de traitement induisait pour la firme un "challenge" en termes d'organisation. Ce traitement implique des transports de cellules pour réaliser la modification génétique. Il n'y a pas, comme pour un médicament classique, de production de masse ni de possibilité de stockage.
En pratique, les lymphocytes des patients sont collectés dans un hôpital, envoyés à un centre européen à Lonza aux Pays-Bas qui effectue une cryopréservation et envoie les cellules aux Etats-Unis. Dans le centre d'El Segundo (Californie), ces cellules sont génétiquement modifiées, à nouveau cryopréservées et renvoyées à Lonza, puis retournées à l'établissement de santé pour être injectées au patient. Ce processus est supposé durer entre 26 et 29 jours.
Emmanuel Ostuni, responsable Europe pour les thérapies cellulaires et géniques chez Novartis, soulignant lui aussi la particularité de ces traitements produits de façon unitaire pour chaque patient, et la nécessité d’une organisation particulière avec de nombreuses étapes, a indiqué que pour l'Europe, c'est l'entreprise française CellforCure (rachetée par Novartis au LFB) qui produira les cellules CAR-T.
fb/ab/APMnews

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