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Grève aux urgences: Agnès Buzyn écarte l'idée d'attribuer la prime réclamée

PARIS, 11 juin 2019 (APMnews) - La ministre des solidarités et de la santé a écarté, lundi soir, l'idée d'attribuer la prime de 300 euros demandée par les personnels soignants des urgences qui sont en grève, considérant que cette solution ne règlerait pas les dysfonctionnements de ces services.
"Je comprends qu'il faille reconnaître le travail et l'engagement de ces personnels mais quand la préoccupation est purement salariale alors que cela dysfonctionne, je ne pense pas qu'une prime de 100, 200 ou 300 euros permettra de régler les difficultés aux urgences", a déclaré Agnès Buzyn, interrogée lundi soir sur BFM-TV, en faisant référence à une revendication du collectif inter-urgences (cf dépêche du 06/06/2019 à 19:43).
"Les problèmes ne vont pas se régler parce que je payerai mieux un aide-soignant ou un infirmier", a-t-elle insisté tout en remarquant également qu'une augmentation de salaire concernerait les effectifs de toute la fonction publique hospitalière, soit 1,2 million de personnes.
Estimant que les urgences constituaient "le symptôme du dysfonctionnement du système de santé", elle est revenue sur la "réforme très globale" qui est prévue dans le projet de loi de santé pour "renforcer la structuration de la médecine de ville pour désengorger les urgences" et en vue de "réorganiser les hôpitaux afin de dégager des lits d'aval". "Toute la réforme vise à soulager les hôpitaux", a-t-elle assuré.
"C'est vrai que les soignants n'en peuvent plus" et que "certains sont littéralement épuisés", a-t-elle reconnu. "Ne désespérez pas. Tout est mis en oeuvre pour que notre système soit mieux organisé", a-t-elle affirmé à leur intention.
La ministre a aussi rappelé les mesures qu'elle a annoncées jeudi dernier lors du congrès Urgences 2019, notamment la généralisation de la prime de risque, dont le montant est de l'ordre de 100 euros, et le travail mené pour définir une prime de coopération (cf dépêche du 06/06/2019 à 12:01).
Elle a aussi annoncé qu'elle réunirait mi-juin les "responsables" du secteur pour évoquer l'arrivée de l'été et étudier les mesures à prendre, notamment la mobilisation de la réserve sanitaire.
"Pour les services en tension de manière ponctuelle, je propose que les agences régionales de santé [ARS] recrutent des intérimaires dès que l'hôpital tire la sonnette d'alarme. Pour les services qui dysfonctionnent de façon chronique, je demande aux directeurs d'hôpitaux de prendre des mesures particulières pour laisser des lits libres en aval des urgences pour coucher des gens", a-t-elle indiqué.
"Je ne veux plus qu'il y ait des gens sur les brancards", a-t-elle affirmé tout en notant que les situations étaient "très variées d'un service à l'autre", certains services d'urgences n'ayant que "2 passages par heure".

Des négociations en cours à l'AP-HP, assure Martin Hirsch

De son côté, interrogé mardi matin sur France Info, le directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a affirmé "avoir pris le mouvement [de protestation] très au sérieux dès le début", c'est-à-dire "il y a un peu plus de 2 mois".
Appelé à réagir sur les arrêts maladie déposés par des soignants, il a estimé qu'"on n'avait pas besoin de prendre des formes pas classiques de grève pour qu'on négocie" et a annoncé que des "contrôles" étaient effectués.
Martin Hirsh a aussi assuré que des négociations étaient en cours pour "augmenter les effectifs parallèlement au nombre de patients" (cf MLB0PRHKW5). Tout en assurant qu'il y aurait des "embauches supplémentaires", il a aussi fait part de la "difficulté" à pouvoir recruter, du fait du nombre insuffisant de candidats par rapport aux postes ouverts.
Interrogé sur le contenu d'un rapport sur le décès d'une patiente en décembre 2018 à l'hôpital Lariboisière après être restée plusieurs heures sur un brancard aux urgences, publié dans Le Monde, Martin Hirsch a indiqué que les conclusions "confirmaient l'enquête" faite par l'AP-HP, notamment les "dysfonctionnements" (cf dépêche du 14/01/2019 à 14:51).
"Lariboisière fait partie des hôpitaux pour lesquels les décisions d'augmenter les effectifs ont été prises", et ce,"avant la grève", a-t-il expliqué.
Le collectif Inter-urgences dénombre désormais "95 services d'urgence en grève ainsi que 111 contacts en cours".
"Dans la nuit du samedi 8 juin à dimanche 9 juin, une nouvelle vague d'arrêts maladie a frappé [l'hôpital] Saint-Antoine" (Paris, AP-HP), a-t-il fait savoir samedi dans un communiqué. "Si les problématiques d'arrêt maladie pour épuisement professionnel sont monnaie courante dans les structures d'urgences, elles n'alertent nos directions et l'opinion publique que lorsqu'elles surviennent dans un contexte de tension sociale", regrette-t-il.
Selon le collectif, à l'hôpital Saint-Antoine, "15 paramédicaux sur 19 [...], épuisés par leurs conditions de travail, n'ont pas pu prendre leur poste" samedi soir. "Trois paramédicaux de l'équipe de jour ont dû rester pour continuer de prendre en charge les patients". La direction dit "avoir le droit de les obliger à travailler 18 heures durant avant d'attendre la relève de l'équipe du lendemain", proteste le collectif, dénonçant une réponse "qui une fois de plus met en danger [le] personnel et les patients".
Comme précédemment aux hôpitaux de Chalon-sur-Saône et de Lons-le-Saunier (cf dépêche du 05/06/2019 à 20:03 et dépêche du 03/06/2019 à 19:58), où une partie de l'équipe a été réquisitionnée par la préfecture, des professionnels des urgences de l'hôpital Lariboisière (Paris, AP-HP) ont cessé le travail dans la nuit du lundi 3 juin au mardi 4 juin en se mettant en arrêt maladie.
san/ab/APMnews

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