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Les professionnels de santé non-médecins reçoivent eux aussi des paiements de l'industrie pharmaceutique (étude)

WASHINGTON, 17 juin 2019 (APMnews) - Les professionnels de santé non-prescripteurs sont eux aussi une cible de choix pour les industriels pharmaceutiques, qui leur consacrent près de 10% des dépenses totales allant aux professionnels de santé, révèle une étude réalisée en Australie, dont les résultats ont été publiés la semaine dernière dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).
Cette étude a été menée par des chercheurs de l'université de Sydney sur la base de 168 rapports sur les "paiements aux professionnels de santé" publiés par l'organisation d'industriels Medicines Australia entre le 1er octobre 2015 et avril 2018.
Depuis 2015, les sociétés de l'industrie pharmaceutique basées en Australie sont obligées de déclarer les montants qu'elles ont versés à l'ensemble des professionnels de santé, y compris les non-médecins. Ces rapports sont librement disponibles en ligne.
Les chercheurs ont inclus dans ces "professionnels de santé non-prescripteurs" les infirmiers (ce qui inclut les sages-femmes), les pharmaciens, les physiothérapeutes, les psychologues et les diététiciens.
L'analyse de ces rapports révèle que ces non-médecins représentent 22% des bénéficiaires et 16,1% du nombre de paiements. Ils ont reçu 6,3 millions de dollars australiens (3,8 millions d'euros), soit 10% des dépenses consacrées au total aux professionnels de santé par les industriels.
Les infirmiers en sont les premiers bénéficiaires, avec 8,3% des dépenses totales aux professionnels de santé, devant les pharmaciens, qui représentent 1,8% des dépenses. Le montant médian d'un paiement à un infirmier est de 650 dollars australiens, contre 900 dollars pour un médecin.
Près de 76% des paiements aux infirmiers et pharmaciens rémunéraient des présences à des réunions, notent les chercheurs. En revanche, chez les psychologues, qui ont reçu 0,3% des montants, près de 60% des versements rétribuaient des animations de conférences et des participations à des comités consultatifs.
Les sociétés les plus généreuses envers les non-médecins sont Biogen, qui cible particulièrement les infirmiers et physiothérapeutes, Gilead, auprès des pharmaciens principalement, et Shire (aujourd'hui Takeda), qui vise pour sa part les psychologues et les diététiciens.
Les chercheurs ont analysé le profil des 5 personnes les plus rémunérées par ces trois laboratoires, pour chaque profession (soit 25 personnes au total): 64% pratiquent en hôpital, 96% occupent des postes seniors, 72% participent à des recherches et 60% sont influents dans des organisations professionnelles. Selon les auteurs, "la plupart d'entre eux sont impliqués dans la gestion de maladies chroniques".
Ils en concluent que les non-prescripteurs peuvent être considérés comme des "canaux d'influence à de multiples points du parcours allant du produit au patient, en passant par le prescripteur".
Leurs analyses "suggèrent que les rémunérations de non-médecins peuvent être liées à la promotion de traitements de maladies chroniques récents et chers, demandant une grande observance du patient, tels que les traitements antiviraux dans le VIH et l'hépatite de Gilead et les traitements de la sclérose en plaques (SEP) de Biogen", expliquent-ils.
S’ils admettent que leur étude se base sur un échantillon réduit et ne prend pas en compte l'ensemble de l'industrie pharmaceutique, les chercheurs estiment que ce travail "met en lumière le rôle croissant des non-médecins dans les maladies chroniques et la gestion des traitements", alors que leurs liens avec l'industrie pharmaceutique restent "relativement cachés et non régulés".
Selon eux, il est "urgent d'étendre l'obligation de rapports de transparence et les politiques institutionnelles en ce domaine à tous les professionnels de santé".
(JAMA, publication en ligne du 10 juin 2019)
mjl/ab/APMnews

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