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Pénurie de médicaments: un collectif de médecins hospitaliers avance ses propositions (presse)

PARIS, 19 août 2019 (APMnews) - Un collectif de 27 médecins hospitaliers, mené par l'hématologue exerçant à la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-hôpitaux de Paris, AP-HP) Jean-Paul Vernant, appelle à mettre en place un plan d'actions visant à prévenir les pénuries de médicaments, et non à simplement les gérer, ont-ils expliqué dans une tribune publiée dimanche dans le Journal du dimanche (JDD).
Vingt-six des signataires sont des médecins en exercice ou retraités de l’AP-HP et plusieurs sont issus de la Pitié-Salpêtrière, dont André Grimaldi, professeur émérite de diabétologie, Gilles Montalescot, chef du service de cardiologie, Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses, et Christine Katlama, spécialiste du VIH.
Ils s'alarment de la multiplication des pénuries des médicaments, encore "très rares il y a une dizaine d'années", et qui concernent des médicaments d'intérêts thérapeutiques majeurs (MITM), comme "des anticancéreux, des antibiotiques, des corticoïdes, des vaccins, des traitements de l'hypertension, des maladies cardiaques, du système nerveux", écrivent-ils.
Le nombre de signalements de pénuries a été 20 fois plus élevé en 2018 qu'en 2008, a fait savoir la ministre en mai (cf dépêche du 04/07/2019 à 17:20). Sont principalement concernés les vaccins, les antibiotiques, les anticancéreux et les médicaments de neurologie. Les causes sont diverses: problèmes de production ou au niveau de la chaîne de distribution, pénurie de matières premières, croissance de la demande mondiale, prix trop bas ne couvrant plus les coûts de production...
Si les signataires de la tribune reconnaissent que plusieurs cadres juridiques ont été élaborés depuis 2012, introduisant notamment de nouvelles obligations aux laboratoires pharmaceutiques afin qu'ils mettent en place des plans de gestion des pénuries (PGP), ils jugent que "l'efficacité de ces mesures apparaît jusqu'alors dérisoire". Selon eux, il conviendrait de lancer des "plans de gestion et de prévention des pénuries (PGPP)".
Ils soutiennent la mise en place de trois actions. D'abord que "soient imposées dans l'urgence" aux laboratoires pharmaceutiques titulaires d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) la constitution et la gestion de stocks de MITM sous forme de produits finis. Selon les signataires, les laboratoires sont "le plus souvent responsables des pénuries" et sont "les mieux à même d'en connaître les causes et d'en prévoir la survenue".
Ils appellent également à ce que soit rapatriée la production des principes actifs en Europe, où ils "étaient encore fabriqués il y a une quinzaine d'années", écrivent-ils. Selon eux, "le coût du principe actif ne représentant qu'une très faible part du produit fini, cette relocalisation ne devrait pas pénaliser significativement le prix des médicaments".
Enfin, les auteurs de la tribune souhaitent que soit créé "un établissement pharmaceutique à but non lucratif, si possible européen, sinon français, comme aux Etats-Unis". Outre-Atlantique, plus de 500 établissements hospitaliers se sont réunis pour fonder un établissement produisant des médicaments passés dans le domaine public. "La création d'une telle structure permettra de prévenir les pénuries et sera la garante de la qualité des médicaments et de prix justes et pérennes".

Le nouveau comité de pilotage se réunira le 5 septembre

Ce dernier point a déjà été évoqué par la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, dans sa feuille de route 2019-2022 contre les pénuries de médicaments présentée début juillet (cf dépêche du 08/07/2019 à 15:05). "Il sera conduit une expertise sur la possibilité de mettre en place des établissements pharmaceutiques publiques européens capables de produire certains médicaments", y est-il écrit.
En matière de relocalisation de matières premières, le plan prévoit des incitations financières et fiscales pour encourager à la production en Europe. Il souhaite également "développer des solutions visant à sécuriser l'approvisionnement" de médicaments anticancéreux jugés indispensables et à fort risque de pénurie et les "paramètres liés à la production de matières premières" seront pris en compte.
Cette feuille de route doit être enrichie par un nouveau comité de pilotage national, dont la première réunion est prévue le jeudi 5 septembre, a indiqué le JDD.
La France connaît actuellement un épisode de fortes tensions d'approvisionnement sur une série de médicaments, dont les corticoïdes oraux et injectables. Si l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a évoqué mi-juin un retour progressif à la normale, de nombreux patients et pharmaciens disent continuer à éprouver de grandes difficultés à se procurer ces produits (cf dépêche du 13/06/2019 à 10:29).
Plusieurs anticancéreux, dont les traitements du cancer de la vessie Immucyst* (BCG intravésical, Sanofi) et celui de la leucémie Aracytine* (cytarabine, Pfizer), sont également en rupture de stock, ainsi que les vaccins BCG AJVaccines (CSP) ou DT Vax* (Sanofi), selon le site de l'ANSM.
Le traitement du cancer de la vessie Amétycine* (mitomycine C, Sanofi) connaît pour sa part des tensions d'approvisionnement, obligeant certains patients à retarder leurs soins, selon des témoignages recueillis par plusieurs média, dont le JDD dimanche, La Voix du Nord la semaine dernière ou France Info début août.
L'antiparkinsonien Sinelmet* (lévodopa + carbidopa, MSD) est toujours en rupture de stocks. Cette situation devait être résolue par l'arrivée sur le marché d'une nouvelle formulation en mai (cf dépêche du 23/05/2019 à 14:33) mais selon France Parkinson, interrogée par le JDD, le retour à la normale n'a pas été notifié par l'ANSM.
vib-mjl/san/APMnews

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