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Essai clinique illégal: de l'argent était demandé aux participants (Pr Damier, neurologue)

PARIS, 23 septembre 2019 (APMnews) - Le Fonds Josefa, qui a mené un essai clinique sans autorisation, a demandé de l'argent aux personnes atteintes de maladie de Parkinson ou d'Alzheimer qui souhaitaient y participer, a indiqué à APMnews le Pr Philippe Damier du CHU de Nantes, qui avait alerté l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
Après avoir mené une inspection dans un laboratoire d'essai, l'ANSM a demandé jeudi au fonds de dotation Josefa de cesser un essai clinique mené sans autorisation. L'objectif de cet essai était d'évaluer des patchs avec une association de valentonine et de 6-méthoxy-harmalan (des dérivés de la mélatonine) auprès de quelque 350 patients atteints notamment de maladies de Parkinson ou d'Alzheimer (cf dépêche du 19/09/2019 à 17:59).
Interrogé vendredi par APMnews, le Pr Philippe Damier, neurologue au CHU de Nantes et président de l'association de patients France Parkinson, a indiqué avoir commencé à avoir des doutes à partir de 2016, lorsque les Prs Henri Joyeux et Jean-Bernard Fourtillan ont lancé les activités du Fonds Josefa.
A cette époque, les deux hommes échangent, dans une vidéo, une lettre sur une découverte concernant le système veille-sommeil et évoquent alors une prochaine "bonne nouvelle", rapporte le neurologue. "Il y a une part de sérieux dans ces propos, ce qui rend difficile pour les patients de savoir à quoi ils s'exposent."
Philippe Damier est ensuite interpellé par des patients sur des demandes adressées à des patients de verser de l'argent au Fonds Josefa s'ils voulaient tester un nouveau produit. Une collègue lui rapporte en outre qu'un patient lui a apporté une newsletter évoquant un essai clinique.
"Il était demandé aux participants d'arrêter leur traitement et de ne pas en parler avec leur médecin", souligne le Pr Damier. "Cela m'a interpellé et avec France Parkinson, nous avons interrogé l'ANSM, qui a répondu qu'aucune étude n'était déclarée."
La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a également été informée en novembre 2018 d'une levée de fonds organisée pour financer un médicament en cours de développement par le Fonds Josefa, rapporte Le Parisien dans son édition de samedi. "Ce qui nous a interpellés, c'est le mélange étrange entre l'approche religieuse et l'approche scientifique de la santé", note la secrétaire générale de la mission, Anne Josso.
Le quotidien rapporte notamment qu'un proche d'une personne atteinte de la maladie de Parkinson a, en février 2019, informé la Miviludes que des patchs étaient proposés à des patients contre 1.500 euros.
Philippe Damier a également déclaré à France Télévisions que le coût de l'inclusion dans l'essai était d'environ 1.000 euros, mais que les personnes les plus aisées étaient invitées à donner davantage. Ce que corrobore un échange de mails que s'est procuré Europe 1, dans lequel il est demandé aux patients les plus aisés de faire preuve d'un "esprit de solidarité" en faisant un don supérieur à 1.000 euros, afin de pouvoir "financer convenablement" l'essai.
Afin de "rester libres de tous les lobbies industriels, [...] nous comptons sur votre aide, sous forme de dons, petits ou grands, faits au Fonds Soeur Josefa, pour financer [la] fabrication" des patchs, écrivait en outre Henri Joyeux dans une note publiée sur son site en décembre 2016.

"Il y aura des poursuites et des sanctions"

Interrogée jeudi sur France Inter, la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, s'est dite "effondrée, horrifiée" par la tenue de ces essais illégaux. "Il y aura des poursuites et des sanctions", a-t-elle déclaré.
"La régulation [autour des essais cliniques en France] est très stricte, et [le fait] que des professionnels de santé -si on peut encore les appeler comme ça- se permettent de faire des essais cliniques sans régulation, je pense que c'est une faute lourde, une faute grave, et nous verrons quelles sanctions peuvent être prises", a-t-elle ajouté.
La ministre a indiqué qu'elle était "en train d'explorer avec l'ANSM quelle [était] la dangerosité potentielle des produits pris par les malades". "Je ne le sais pas aujourd'hui, je ne sais pas s'il y a une toxicité et un suivi mais nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour accompagner les personnes", a-t-elle souligné.
Publication facebook Fonds Josefa
Publication facebook Fonds Josefa
Interrogé samedi par BFM-TV, le vice-président du Fonds Josefa, Henri Joyeux, bien connu pour ses positions contre l'obligation vaccinale, a assuré qu'il ne s'agissait pas d'un essai clinique mais d'une "étude scientifique... préalable à un essai clinique". Il a également démenti le fait que les patients recrutés aient eu pour consigne d'arrêter leurs traitements.
En octobre 2017, le Fonds Josefa écrivait sur sa page Facebook: "Nous pensons disposer des premiers lots de patchs à la fin de l'année 2017, et nous démarrerons des essais cliniques dès janvier 2018. Notre objectif est d'obtenir, le plus rapidement possible, une autorisation de mise sur le marché (AMM) afin que les patchs soient en vente dans les pharmacies au deuxième semestre 2018".
Selon l'AFP, qui a recueilli le témoignage d'une soeur résidant dans l'abbaye Sainte-Croix à Saint-Benoit (Vienne), cela fait à peu près un an que des patients sont hébergés dans le cadre de cet essai clinique. L'ANSM a expliqué que les patients étaient hébergés une nuit et avaient une prise de sang le matin.
Sur le site internet du Fonds Josefa figurent par ailleurs des lettres intitulées "Me voici, moi James Parkinson pour vous déstresser", "Incroyable, Aloïs Alzheimer s'adresse à vous" ou encore "Interview Parkinson-Alzheimer". Dans la lettre "écrite" par James Parkinson, on peut par exemple lire que "la découverte de mon collègue du XXIe siècle, le Pr Jean Bernard Fourtillan" sur le système veille-sommeil, "est extrêmement importante car elle permet de comprendre toute la dynamique négative qui perturbe le système limbique à partir de la glande pinéale".
ld-vib-sb/ab/APMnews

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