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La prise d'antidépresseurs augmenterait le risque de diabète gestationnel

LONDRES, 2 octobre 2019 (APMnews) - La prise d'antidépresseurs pendant la grossesse augmenterait le risque de développer un diabète gestationnel de 19%, selon une étude publiée mardi dans le British Medical Journal (BMJ).
Maëlle Dandjinou, du centre hospitalo-universitaire de Sainte-Justine à Montréal (Canada), et ses collègues ont réalisé une étude cas-témoins de 229.955 femmes canadiennes incluses entre 1998 et 2015 dans la Quebec Pregnancy Cohort (QPC), qui collecte les données de toutes les grossesses au Québec.
Pour chacune des 20.905 femmes ayant développé un diabète gestationnel, 10 contrôles -des grossesses non affectées par ce diabète- ont été appariés de manière aléatoire. Afin que l'analyse ne prenne pas en compte les femmes présentant déjà des facteurs de risques, ont été exclues celles qui étaient obèses ou en surpoids, celles souffrant de diabète de type 1 ou 2, ou de mucoviscidose, ainsi que les grossesses multiples.
Dans la cohorte entière, 9.741 femmes, soit 4,2%, ont pris des antidépresseurs pendant au moins une partie de leur grossesse. Au sein de la population affectée par le diabète gestationnel, elles étaient 1.152, soit 5,5%, à avoir été exposées aux antidépresseurs.
Il ressort des analyses statistiques que la prise d'antidépresseurs pendant la grossesse augmente de 19% le risque de développer un diabète gestationnel. La prise de deux antidépresseurs ou plus l'augmentait de 38%.
En termes de classe de médicaments, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) augmentaient ce risque de 27% et les antidépresseurs tricycliques (ATC) de 47%. Spécifiquement, la venlafaxine (IRSN) augmentait le risque de diabète gestationnel de 27% et l'amitriptyline (ATC) de 52%.
En revanche, les inhibiteurs spécifiques de la recapture de la sérotonine (ISRS), tels que le citalopram, la paroxetine et la sertaline, n'ont pas été associés à une augmentation significative du risque de diabète gestationnel.
Une analyse restreinte aux femmes ayant un antécédent de dépression et d'anxiété ne montre pas de surrisque pour cette population.
Les auteurs avancent certaines explications biologiques. Ils mentionnent la possibilité que "les antidépresseurs puissent être impliqués dans le diabète en agissant directement sur l'homéostase glucidique, en diminuant les sécrétions d'insuline pancréatique, en augmentant la résistance cellulaire à l'insuline ou en agissant indirectement sur l'insuline par la prise de poids".
"Une étude rapporte qu'à cause de leur forte affinité pour le transporteur de la sérotonine, les ISRS pourraient générer une hypoglycémie tandis que les antidépresseurs ayant une haute affinité pour le récepteur de la sérotonine 5-HT2c, de l'histamine H1 et de la recapture de la norepinephrine comme l'amitriptyline et la venlafaxine, pourraient mener à une hyperglycémie", indiquent-ils.
Certaines limites de l'étude sont mentionnées par les auteurs. Entre autres, le fait qu'ils n'aient pu ajuster leurs données pour la dépression pendant la grossesse car celle-ci pourrait être un facteur dans la relation causale entre la consommation d'antidépresseurs et le diabète gestationnel. Ils n'ont pas non plus pu prendre en compte certains facteurs environnementaux comme le tabagisme, la prise de poids, l'indice de masse corporelle, et la pratique d'activités sportives.
Les auteurs rappellent que "le traitement de la dépression durant la grossesse est une préoccupation majeure et est un défi puisque la dépression est prévalente avant et pendant la grossesse, et qu'une dépression non traitée peut mener à une décompensation pendant la grossesse et durant la période postpartum".
(BMJ, publication du 1er octobre)
eag/fb/ab/APMnews

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