dépêche

 - 

Pierre Fabre se réorganise pour tripler son résultat d'exploitation d'ici 2022

(Par Raphaël MOREAUX et Guillaume BIETRY)
PARIS, 7 octobre 2019 (APMnews) - Pierre Fabre a adopté en juillet une nouvelle organisation et concentré ses efforts de R&D sur l'oncologie et la dermatologie dans le cadre d'un "plan de transformation" qui vise à tripler son résultat d'exploitation d'ici 2022, a expliqué son directeur général, Eric Ducournau, dans un entretien à APMnews la semaine dernière.
"Si nous atteignons ce ratio, nous serons dans la moyenne plutôt basse de notre secteur", a-il indiqué, sans préciser le montant actuel du résultat d'exploitation du groupe non coté, détenu à 86% par la Fondation Pierre Fabre (reconnue d'utilité publique) et à 8,5% par les salariés.
Le nouveau plan de transformation succède au dernier plan stratégique intitulé "Trajectoire 2018" (cf dépêche du 09/12/2014 à 16:40) et intervient après deux années de ralentissement de la croissance du laboratoire (cf dépêche du 18/07/2018 à 09:35 et dépêche du 23/05/2019 à 15:47).
Il a été présenté en mai aux collaborateurs et "affirme notre positionnement sur le médical et la naturalité", a souligné Eric Ducournau, nommé directeur général du groupe en juillet 2018, après avoir dirigé sa branche dermo-cosmétique (cf dépêche du 07/05/2018 à 06:00).
Outre le triplement du résultat d'exploitation, le dirigeant souhaite porter la part de chiffre d'affaires réalisé à l'international à 70% (contre 60% en 2019) et tripler les objectifs de RSE (responsabilité sociale des entreprises).
Le plan s'accompagne d'une réorganisation du groupe, jusqu'ici structuré autour de la holding Pierre Fabre SA et de deux branches d'activité, Pierre Fabre Médicament et Pierre Fabre Dermo-cosmétique, représentant respectivement 40% et 60% des revenus annuels.
Il a été décidé de créer une division "medical care" qui comprend l'oncologie, la dermatologie (jusqu'ici intégrée dans la dermo-cosmétique), la médication officinale (OTC), les activités de recherche associées et les opérations dans cinq pays (France, Chine, Allemagne, Italie, Espagne); une division centrée sur les produits de dermo-cosmétique et de soins oraux dans ces mêmes pays; une division qui supervise la production, l'approvisionnement et la distribution; et une division qui rassemble les autres pays où le laboratoire est présent, les activités d'export et l'e-business.
Une direction des affaires médicales commune pour la dermatologie, l'oncologie et la dermo-cosmétique a également été mise en place, ainsi qu'une "green mission" sur l'impact environnemental du laboratoire.
"L'objectif est d'avoir beaucoup plus de transversalité dans les activités", a expliqué Eric Ducournau, citant "certaines synergies" pouvant exister entre des écrans de protection solaire, des traitements de tumeurs précancéreuses comme la kératose actinique, des thérapies ciblées du mélanome et des soins dermo-cosmétiques qui traitent les sécheresses cutanées entraînées par les chimiothérapies.

Plan de départ volontaire

Le directeur général a assuré s'être engagé auprès des partenaires sociaux à ne pas procéder à un nouveau plan social, après la suppression de plus de 500 postes en 2016 (cf dépêche du 19/03/2015 à 17:55).
Il a néanmoins proposé un plan de départs volontaires "sans objectif chiffré" aux salariés qui auront plus de 59 ans en 2020, soit à peu près 10% des quelque 6.300 collaborateurs basés en France. Une proportion maximum de 10% des départs effectifs sera remplacée, a-t-il précisé.
Il a fait part des "besoins en acquisitions de nouveaux métiers et compétences" du laboratoire pharmaceutique, citant les profils de data scientists et la façon dont l'analyse de données "révolutionne la façon dont on travaille".
Un "centre d'excellence sur les données" doit être créé au 1er janvier 2020. Il réunira une équipe de cinq collaborateurs issus de différents pays, afin de travailler sur des "cas d'usage extrêmement simples" du traitement de données. "Cela nous apprend beaucoup sur les modes de consommation, les attentes des consommateurs et sur l'analyse de la valeur ajoutée qu'on peut avoir sur différents produits", a souligné Eric Ducournau.

Rationalisation du portefeuille produits et de la présence internationale

Le directeur général a indiqué qu'il comptait mener un "gros chantier de rationalisation" du portefeuille du groupe, ce qui conduira notamment à stopper certains dosages ou présentations.
La R&D, elle, a été recentrée sur l'oncologie et la dermatologie, avec l'arrêt des travaux dans le système nerveux central (SNC) fin 2018.
"Nous avons franchement voulu resserrer notre périmètre, en cherchant plutôt des indications de niche", a expliqué Eric Ducournau, précisant viser le développement de produits qui génèrent "100 millions à 200 millions d'euros de chiffre d'affaires plutôt que 4 milliards".
Il a reconnu que "peu de choses sont sorties" du pipeline de Pierre Fabre en oncologie depuis Javlor*, anticancéreux autorisé en 2009 dans l'Union européenne dans le traitement du carcinome urothélial à cellules transitionnelles avancé ou métastatique. Les nouveaux produits "vont essentiellement venir de sources externes", a-t-il ajouté, tout en indiquant étudier des partenariats sur des molécules faisant actuellement l'objet d'études de phase "IIb à III".
Il a par ailleurs affirmé que Pierre Fabre ne souhaitait pas renforcer sa présence aux Etats-Unis. Il va y conserver la distribution des produits existants, notamment en cosmétique avec Avène*, Klorane* et sa marque locale Glytone*, mais "n'y cherche pas de nouvelles acquisitions".
"Nous y avons perdu beaucoup d'argent et cela ne correspond pas à notre objectif stratégique qui est plutôt de devenir le partenaire de choix de biotechs américaines pour se développer en Europe et en Chine", a-t-il noté.
Les perspectives sont selon lui plus prometteuses dans l'empire du Milieu, qui a adopté début 2019 un système de régulation des produits de santé "plus proche de l'Europe".
Le laboratoire y commercialise déjà l'anticancéreux Navelbine* (vinorelbine) depuis trois ans. Le produit devrait atteindre à la fin de l'année des ventes d'environ 4 millions d'euros, a précisé Eric Ducournau.

Braftovi* + Mektovi* comme "très fort relais de croissance"

Depuis le début de l'année, Pierre Fabre a enregistré une croissance globale de 4% et de "quasiment 6%" sur la partie médicament, a rapporté son directeur général. "Le médicament pourrait représenter à nouveau entre 50% et 60% du chiffre d'affaire de l'entreprise d'ici 2022", a-t-il déclaré, expliquant miser sur l'association anticancéreuse Braftovi* (encorafénib) + Mektovi* (binimétinib), codéveloppée avec Array (groupe Pfizer), comme "très fort relais de croissance".
Cette association est homologuée en Europe depuis septembre 2018 dans le traitement des patients adultes atteints d’un mélanome non résécable ou métastatique porteur d’une mutation BRAF V600, rappelle-t-on (cf dépêche du 21/09/2018 à 10:05). Ils ont été inscrits au remboursement en France dans cette indication en août 2019 (cf dépêche du 22/08/2019 à 12:35).
Aux Etats-Unis, où la combinaison a décroché une autorisation de mise sur le marché (AMM) en juin 2018 dans cette indication, elle est commercialisée par Array, qui a cédé fin 2015 à Pierre Fabre les droits hors Etats-Unis, Canada, Japon, Corée du Sud et Israël.
En Europe, elle sera en concurrence avec deux autres associations d'un inhibiteur de MEK et d'un inhibiteur de BRAF: Mekinist* (tramétinib) + Tafinlar* (dabrafénib), développée par Novartis et homologuée depuis 2015 dans la même indication et depuis fin août 2018 en adjuvant (cf dépêche du 29/08/2018 à 10:04), et Zelboraf* (vémurafénib) + Cotellic* (cobimétinib) de Roche, homologuée en 2015.
Elle devra aussi se faire une place face aux immunothérapies anti-PD-1 Opdivo* (nivolumab, Bristol-Myers Squibb) et Keytruda* (pembrolizumab, Merck & Co).
L'association est par ailleurs étudiée dans le cancer du poumon et le cancer colorectal. Dans cette dernière indication, une étude de phase III présentée la semaine dernière lors du congrès de l'European Society for Medical Oncology (ESMO) à Barcelone a démontré son efficacité en association avec l'anti-EGFR Erbitux* (cétuximab, Merck KGaA) (cf dépêche du 21/05/2019 à 17:24).
Array a prévu de déposer une demande d'AMM sur le marché américain dans cette indication au second semestre.

Commercialisation de Nerlynx*

Pierre Fabre prépare aussi le lancement "fin 2019, début 2020" de Nerlynx* (nératinib) dans le cancer du sein. Les droits de développement et de commercialisation de ce médicament ont été acquis auprès de la biotech américaine Puma Biotechnology en avril pour l'Europe (hors Russie et Ukraine), le Maghreb, la Chine et les pays francophones de l'Afrique de l'Ouest (cf dépêche du 01/04/2019 à 17:14).
Le produit dispose d'une AMM européenne depuis 2018 dans le traitement adjuvant dans le cancer du sein précoce HER2+ moins d'un an après la fin d'une précédente thérapie par trastuzumab.
Aux Etats-Unis, il est autorisé depuis 2017 dans cette indication et fait actuellement l'objet d'une demande d'extension d'AMM en association avec la capécitabine en troisième ligne.
Pierre Fabre espère par ailleurs recevoir "d'ici une quinzaine de jours" une AMM européenne décentralisée pour Tolak* (fluorouracil en crème) dans la kératose actinique. Le laboratoire a signé en 2017 un accord avec la société américaine Hill Dermaceuticals pour l'obtention d'AMM en dehors des Etats-Unis, où le produit est homologué depuis 2015 (cf dépêche du 06/03/2017 à 19:01).
Il sera notamment en concurrence avec le mébutate d'ingénol (Picato*) de Leo Pharma, le diclofénac (Solaraze*, Almirall), le 5-FU ou l'imiquimod.
rm-gb/ab/APMnews

[RM5PYUF71]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jour sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi