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La DGCS doit être "plus proche du terrain" (Virginie Lasserre)

(Par Valérie LESPEZ)
PARIS, 12 novembre (APMnews) - Virginie Lasserre, à la tête de la direction générale de la cohésion sociale (DGCS) depuis le 1er septembre, a expliqué lors d'un entretien avec APMnews, la semaine dernière, souhaiter que sa direction soit "plus proche du terrain".
Virginie Lasserre, sous-préfète hors-classe, était cheffe du département de l'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés du ministère de l'intérieur avant d'être nommée DGCS (cf dépêche du 24/07/2019 à 16:03).
APMnews: Comment résumeriez-vous votre parcours avant d'arriver à la DGCS?
Virginie Lasserre, directrice générale de la cohésion sociale - credits: DGCS
Virginie Lasserre, directrice générale de la cohésion sociale - credits: DGCS
Virginie Lasserre: J'ai un parcours diversifié, avec une ligne de continuité autour de la cohésion sociale. Pouvoir changer d'environnement professionnel alimente la réflexion, permet de garder du recul. Et d'avoir "fait" de l'Etat déconcentré, de l'Etat central, d'avoir travaillé pour les collectivités locales, au sein de cabinets, d'une délégation interministérielle et au sein d'associations, donc une diversité d'environnements, est fondamental pour moi. Avec, toujours, une attention à la question de la cohésion sociale, mais du coup, avec des approches diversifiées.
En quoi ce parcours vous aide-t-il?
Cela permet de rester très ouvert. Comme j'ai été sous-préfète au développement économique dans les Hauts-de-Seine, évidemment la question de l'insertion professionnelle des populations les plus vulnérables est pour moi une priorité. Comme j'ai été au cabinet du maire de Paris chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes auprès d'un élu très investi sur le sujet et très innovant, évidemment c'est un plus d'être à la DGCS en charge [de ce sujet].
Et puis, avoir été sur le terrain, c'est indispensable quand on travaille en administration centrale. Et cette préoccupation rejoint ce qu'on attend de la modernisation de l'administration centrale.
Quelle a été votre motivation pour diriger la DGCS?
Ces sont des politiques fondamentales par rapport au fonctionnement d'une société, des sujets que j'ai toujours eu à coeur de porter, d'une manière ou d'une autre. Qu'il s'agisse du droit des femmes ou des politiques sociales au sens large. Quand on m'a proposé de candidater, c'était une évidence que d'accepter à cause de cela.
Y a-t-il des champs d'action de la DGCS que vous ne connaissiez pas en arrivant?
J'ai couvert quasiment tout le champ, mais le domaine que je ne connais pas bien est celui des politiques du handicap. Même si en tant que sous-préfète, j'ai abordé ces questions-là, je n'ai jamais approfondi cette politique. En revanche, j'ai encadré des services personnes âgées lorsque j'étais DGA [directrice générale adjointe] sur la politique sociale de la mairie d'Athis-Mons (Essonne).
Quel regard portez-vous sur chacun des partenaires de la DGCS -services déconcentrés, centraux, collectivités locales...- en fonction de ce que vous avez vécu dans votre ancienne vie professionnelle?
Cela permet de me garder de ce que j'appelle un "ethno-centrisme administratif", c'est-à-dire d'être en grand respect de ce que font les autres. J'ai encore plus d'attention à porter aux relations que nous devons avoir avec les collectivités locales dans le cadre de politiques qui sont de toute façon largement déconcentrées.
Comment avez-vous été accueillie au sein de la direction?
Très bien. Il y a au sein de la direction un très fort engagement -les gens ne viennent pas ici par hasard- une grande loyauté, et ces deux valeurs font qu'on est forcément bien accueilli. Certes, je venais du ministère de l'intérieur! Mais comme j'y ai travaillé sur l'hébergement des demandeurs d'asile et l'intégration des réfugiés, j'avais une patte sociale. Et je travaillais déjà avec certains services de la DGCS en étroite collaboration.
Une partie de votre agenda est imposé par les projets du gouvernement, mais y a-t-il des domaines que vous avez envie d'investir plus particulièrement?
Il y a en a beaucoup! Ce que je souhaite investir d'emblée, c'est le champ du management. Dans le cadre d'une administration plus moderne, il est important de sur-investir ce champ-là, et surtout de faire avancer, moderniser, les modes de "faire" au quotidien.
C'est pour cela que j'ai nommé, il y a 15 jours, 22 chefs de projet sur les gros objets politiques sur lesquels nous sommes attendus. Ils sont à des niveaux d'encadrement différents -il y a des sous-directeurs, des chefs de bureau et des chargés de mission. L'idée est de former toutes ces personnes au mode projet, en même temps que l'encadrement, à ce nouveau mode de travail. Nous allons leur donner des outils et de la méthodologie.
Il y a, par exemple, un chef de projet pour la préparation du projet de loi grand âge et autonomie, [un autre] pour le pilotage de la mise en oeuvre de la stratégie solidarité aidant, [un autre] pour la mise en oeuvre de la stratégie protection de l'enfance. A chaque fois, les chefs de projet doivent définir un calendrier très précis avec des livrables, définir une équipe projet y compris de membres extérieurs à la DGCS et voire extérieurs au ministère des solidarités et de la santé.
Pour l'instant, on ne bouge pas l'organigramme, c'est une autre manière de travailler. C'est un mode qui se veut plus efficace du pilotage des politiques publiques.
Au-delà des thématiques sur lesquelles vous êtes attendus, y a-t-il d'autres sujets qui bénéficient de cette organisation?
Par exemple, sur les fonctions supports, nous avons mis en place des chefs de projets.
Puisque l'on parle du management, je souhaite insister aussi sur un autre sujet qui me tient à coeur, celui du bien-être au travail et de la conciliation vie professionnelle-vie personnelle. Ce n'est pas juste un sujet qu'on traite entre deux portes, pour faire bien. Il y a déjà des choses mises en place à la DGCS, comme le télétravail, mais j'espère bien aller plus loin.
Comprenez-vous certaines critiques par rapport à l'administration centrale qui, par son activité réglementaire, ne respecterait pas toujours l'esprit des lois votées?
Ce sont des critiques qu'on entend, et pas seulement à propos de la DGCS. Tout l'enjeu, c'est d'avoir une administration moderne qui écrit une norme en adéquation avec ce qu'on attend sur le terrain en termes d'efficacité des politiques publiques. On y répond en étant plus efficace, plus proche du terrain, un peu plus en mode projet aussi.
Il faut entendre ces critiques, justifiées ou pas. Nous avons encore des marges de progression.
Comment faites-vous pour être "plus proche du terrain"?
J'ai réservé, dans mon emploi du temps, un jeudi toutes les trois semaines, pour aller sur le terrain. Nous avons établi un agenda de visites sur six mois. La première était sur la thématique de la lutte contre la pauvreté. Je suis allée dans le Maine-et-Loire, dans un centre d'hébergement pour femmes victimes de violences, voir une association caritative, et échanger à l'occasion d'une réunion avec les services déconcentrés.
Un autre jour, je suis allée dans une maison de retraite à Saint-Maur [dans le Val-de-Marne, à la résidence de l'Abbaye, établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes -Ehpad- dirigé par le président de l'Association au service des directeurs -AD-PA-, Pascal Champvert].
L'idée, c'est à chaque fois, d'abord de mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain, de donner l'image d'une administration proche du terrain et à l'écoute, et de rendre visible l'action de l'Etat en communiquant sur la visite.
J'incite aussi beaucoup mes équipes à aller sur le terrain.
Dans quel état avez-vous trouvé la DGCS à votre arrivée?
J'ai trouvé une administration avec une bonne ambiance, un peu anxieuse de savoir qui va la diriger, mais très à l'écoute et en attente de ce qui se passe, car nous sommes dans un contexte assez mouvant, notamment par rapport à la réforme de l'administration déconcentrée.
Venant du ministère de l'intérieur, je pensais trouver une DGCS moins organisée qu'elle ne l'est. En fait, elle est très organisée et très structurée!
Et surtout j'ai trouvé une DGCS complètement au travail, donc il n'y a pas trop le temps de s'interroger. On est à bord tout de suite. Je savais l'étendue des réformes à conduire en même temps. Il y a au moins une vingtaine de gros objets politiques prioritaires à mener. La mission n'est évidemment pas simple, et elle est ambitieuse.
Cela vous met une certaine pression…
Si je suis là, c'est que j'aime les challenges; c'est une pression positive. Et je prends toujours le parti de ne jamais subir, et de considérer que les choses ne s'imposent pas à moi, et d'arriver à les conduire.
Quel regard avez-vous sur le travail de votre prédécesseur, Jean-Philippe Vinquant?
Je ne le connais pas très bien, mais il a eu l'amabilité de me recevoir avant que je prenne mes fonctions, un peu en passation de pouvoir, et c'est toujours très appréciable. On a pris le temps, ensemble, de discuter de la DGCS, des enjeux, des réformes en cours.
Si la DGCS est très structurée -et c'est précieux car elle couvre beaucoup de champs- c'est grâce à lui. Il a posé les jalons de cette organisation.
Avec la réforme de l'organisation territoriale de l'Etat, la DGCS ne risque-t-elle pas de disparaître?
Il y a une réflexion globale en cours sur le pilotage des politiques sociales, mais il n'y a aucun scénario préécrit sur la réorganisation de la DGCS.
Qu'aimeriez-vous que l'on dise de vous, en tant que directrice générale de la cohésion sociale?
Que je suis à l'écoute, humaine, et efficace.
vl/sl/APMnews

[VL9Q0NQDE]

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