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L'antirétroviral éfavirenz durant la grossesse est associé à un risque de microcéphalie

LONDRES, 22 novembre 2019 (APMnews) - L'antirétroviral éfavirenz pris durant la grossesse par des femmes VIH+ est associé à un risque de microcéphalie chez les nouveau-nés non-infectés, selon une étude publiée vendredi dans The Lancet HIV.
Paige Williams de la Harvard TH Chan School of Public Health à Boston (Massachusetts) et ses collègues ont réuni les données de 3.055 enfants ayant été exposés au VIH pendant la grossesse de leur mère sans en être infectés, dans le but d'estimer les surrisques de microcéphalie associés avec certains antirétroviraux.
Les chercheurs ont utilisé deux définitions de la microcéphalie, soit en suivant les critères de Nellhaus qui la définissent comme une circonférence de tête inférieure au second percentile; soit en suivant les critères de la cohorte Surveillance Monitoring for ART Toxicities (SMARTT), qui la définissent comme étant une circonférence de tête inférieure à deux déviations standards de la moyenne du même âge, tels que décrits par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains en 2000.
Au total, 159 cas de microcéphalie ont été rapportés dans cette population, selon les critères de Nellhaus, et 70 selon les critères SMARTT.
Les mères prenaient à 93,5% des antirétroviraux en combinaison, et à part 2,1% de la cohorte (qui était sous monothérapie, majoritairement de zidovudine, avant 2002), elles recevaient toutes au moins deux médicaments antirétroviraux.
Elles étaient 141 à avoir pris de l'éfavirenz. Chez les enfants de ces femmes ayant pris ce médicament, il y a eu 14 cas de microcéphalie (soit 9,9%), selon les critères Nellhaus. Après ajustement pour le niveau d'éducation, le revenu du foyer et la consommation d'alcool pendant la grossesse, le surrisque de microcéphalie associé à la prise d'éfavirenz était multiplié par 2. Selon les critères SMARTT, ce surrisque était multiplié par 2,6.
Un autre antirétroviral, le fosemprénavir, était associé à un surrisque multiplié par 2 de microcéphalie selon les critères de Nellhaus, mais pas selon les critères SMARTT, plus restrictifs.
En revanche, l'antirétroviral darunavir semble avoir un effet protecteur, diminuant le risque de microcéphalie de 50%, selon les critères de Nellhaus mais pas selon les critères SMARTT.
Les chercheurs ont également évalué le risque de retard de développement intellectuel, avec les échelles Bayley scales of infant development pour 1.555 nourissons à 1 an et Wechsler Preschool and Primary Scale of Intelligence pour 1.218 enfants à 5 ans. Ces évaluations ont permis de mettre en évidence des résultats en moyenne plus faible de développement moteur et cognitif associés à la microcéphalie dans la cohorte.
Concernant l'éfavirenz, les auteurs rappelle qu'il "traverse le placenta, et [que] des expériences animales ont montré un poids réduit et des changements dans le cortex moteur chez la descendance après exposition périnatale à de l'éfavirenz". Cela s'expliquerait par "des effets ciblés de l'éfavirenz et de ses métabolites sur le système nerveux central, particulièrement le système sérotoninergique".
Les auteurs s'inquiètent de ce que "des signalements récents de potentiels effets secondaires négatifs à la naissance (anomalies du tube neural) [associés à] l'utilisation de dolutégravir pourraient conduire à une utilisation augmentée d'éfavirenz" et souhaitent donc que soit mis en avant "le besoin de surveillance continue sur les conséquences à long terme d'antirétroviraux nouveaux et déjà existants".
(The Lancet, publication en ligne du 15 novembre)
eag/fb/vl/APMnews

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