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Après sa réunion avec Agnès Buzyn, le collectif Inter-Hôpitaux appelle à une nouvelle journée de mobilisation le 14 février

PARIS, 20 janvier 2020 (APMnews) - Une délégation de 6 représentants du collectif Inter-Hôpitaux (CIH) parmi les 1.101 praticiens démissionnaires a affiché sa déception après avoir rencontré la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, vendredi et a appelé à poursuivre la mobilisation pour défendre l'hôpital public le vendredi 14 février.
Cette délégation était composée du Pr Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l'hôpital Robert-Debré (Paris, AP-HP), du Pr Hélène Gros, cheffe du service de médecine interne et de maladies infectieuses au centre hospitalier intercommunal Robert-Ballanger à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), du Pr Agnès Hartemann, cheffe du service de diabétologie de la Pitié-Salpêtrière (Paris, AP-HP), du Pr Jean-Luc Jouve, chef de service de chirurgie orthopédique pédiatrique à l'hôpital de la Timone (Marseille, AP-HM), du Pr Xavier Mariette, chef du service de rhumatologie aux Hôpitaux universitaires Paris-Sud Bicêtre (Le Kremlin-Bicêtre, Val-de-Marne, AP-HP) et du Dr Antoinette Perlat, responsable d'une unité fonctionnelle du service de médecine interne au CHU de Rennes.
Ces représentants du CIH étaient reçus au ministère après que plus de 1.100 médecins ont menacé de démissionner de leurs fonctions administratives si le gouvernement n'ouvrait pas des négociations sur une hausse de l'objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam) pour l'hôpital dès 2020 (cf dépêche du 14/01/2020 à 17:59).
"Sur les trois principales revendications que nous avons formulées depuis déjà longtemps, la revalorisation des salaires, l'ouverture de lits et surtout l'augmentation de l'Ondam et du financement de l'hôpital public, nous n'avons pas du tout été entendus", a déclaré le Pr Dauger à l'issue d'une rencontre de plus de deux heures avec la ministre, son cabinet, ainsi que le président de la conférence des présidents de commissions médicales d'établissement (CME) de CHU, le Pr François-René Pruvot, et le président de la conférence des présidents de CME de centres hospitaliers (CH), le Dr Thierry Godeau.

Pas d'augmentation de l'Ondam

Malgré de "longues discussions" sur l'augmentation de l'Ondam, "il n'a pas été possible d'envisager quoi que ce soit au-delà des 2,3% déjà actés et légèrement augmentés au mois de novembre", a rapporté le praticien de l'hôpital Robert-Debré.
Il a ajouté que cette rencontre n'avait pas permis de trouver un terrain d'entente sur la revalorisation salariale des personnels hospitaliers, alors que le CIH réclame une augmentation de 300 euros mensuels net pour tous les paramédicaux.
"La ministre nous a beaucoup détaillé son plan proposé il y a une quinzaine de jours [en novembre 2019, ndlr], mais n'a pas avancé du tout sur la possibilité d'augmenter l'ensemble des petits salaires, que ce soit les aides-soignantes, les auxiliaires, les infirmières en début de carrière", a développé le Pr Dauger, "il y a quelques augmentations ponctuelles, sur certains personnels qui sont effectivement dans des situations compliquées, comme la gériatrie par exemple".
La ministre a défendu les mesures mises en oeuvre dans le cadre du plan "Investir pour l'hôpital" (cf dépêche du 20/11/2019 à 13:17) et notamment la reprise d'une partie de la dette des hôpitaux à hauteur de 10 milliards d'euros.
"La ministre nous a confirmé que cette procédure était engagée, mais nécessitait une loi qui ne pourrait être votée au mieux qu'au mois de juillet, pour la deuxième partie de l'année", a poursuivi le chef de service démissionnaire de l'hôpital Robert-Debré, en ajoutant que la question des réouvertures des lits n'avait "pas été évoquée du tout", étant "laissée à la main des directions locales en fonction de la situation de chacun des hôpitaux".

Des avancées sur la gouvernance et le mode de financement

"Les points sur lesquels on sent une petite avancée sont d'abord de reconnaître que la loi HPST [loi hôpital, patients, santé et territoires de 2009] qui nous dirige depuis une dizaine d’années, ne fonctionne pas en termes de gouvernance", a admis le représentant du CIH. "Le point majeur serait que la ministre serait prête à insuffler le fait que les présidents de commission médicale d'établissement [CME] aient un pouvoir largement aussi important que celui du directeur pour pouvoir codiriger l'hôpital", a-t-il ajouté.
Les membres de la délégation du CIH ont également affiché leur satisfaction après avoir vu la ministre leur réaffirmer sa volonté de réformer le mode de financement de l'hôpital public en passant à moins de 50% de tarification à l'activité (T2A).
Dans un communiqué publié vendredi à l'issue de la rencontre, le ministère des solidarités et de la santé a confirmé que "la médicalisation de la gouvernance des hôpitaux a fait l'objet d'un consensus entre les participants".
"La ministre a rappelé que la priorité immédiate est à la mise en oeuvre des mesures 'Investir pour l'hôpital' et que tout sera fait pour que les soignants et les hôpitaux bénéficient pleinement et rapidement de cet engagement massif et inédit pour l'hôpital public", a assuré le ministère en mentionnant l'enveloppe de 150 millions d'euros en cours de répartition pour financer des investissements courants, l'attribution de primes mensuelles au bénéfice de 200.000 soignants dès janvier ou encore d'un intéressement pour tous les soignants dès 2020.
"Ce qu'on nous a proposé, c'est de se retrouver dans deux ou trois mois pour refaire le point sur les mesures qu'elle considère comme les plus importantes", a indiqué le Pr Dauger, "quand on voit que la reprise de la dette ne se fera pas avant le deuxième semestre, on ne voit pas très bien ce dont on va pouvoir juger".
"Je ne vois pas comment on ne peut pas continuer notre mouvement et notre engagement, en ce qui nous concerne, à aller au bout de notre démarche", a-t-il annoncé, avant de conclure: "Comme nous n'avons pas été entendus, nous allons quitter nos fonctions et nos chefferies de service, et bien évidemment continuer notre mobilisation pour sauver l'ensemble de l’hôpital public".
"On partage les mêmes analyses des raisons pour lesquelles on en est là, mais [la ministre] n'a pas du tout compris l'urgence de la situation aujourd'hui, c'est ça qui nous attriste et c'est pour ça qu'elle continue à camper sur les mesures qu'elle a prises au mois de novembre, qui manifestement ne suffisent pas à rendre la confiance aux personnels", a expliqué le Pr Xavier Mariette. D'où l'appel des six membres du CIH à une nouvelle journée de mobilisation le 14 février.
gl/ab/APMnews

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