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Exposition précoce aux antibiotiques et obésité: des résultats contradictoires

WASHINGTON, 27 janvier 2020 - L’exposition aux antibiotiques durant la petite enfance, voire durant la grossesse, semble être associée au développement de l’obésité, mais une étude de frères et soeurs apportent des résultats contradictoires, selon deux études parues dans JAMA Network.
De nombreuses études ont montré une association entre l’exposition précoce aux antibiotiques et le développement de l’obésité infantile. Cependant, selon deux équipes néo-zélandaises, bon nombre d'entre elles présentent des limites méthodologiques: l’exposition des mères durant leur grossesse n'est pas rapportée et il manque des données sur les poids, tailles et les degrés d'exposition aux antibiotiques ou encore la part des facteurs génétiques et environnementaux n'était pas prise en compte.
L’objectif de leurs deux études était de déterminer si l'exposition répétée aux antibiotiques avant l'âge de 4 ans était associée à un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé et notamment à l’obésité. L'une des études s'est concentrée plus particulièrement sur les frères et soeurs et les jumeaux.

Résultats confirmés dans une étude...

Dans une étude de cohorte prospective, Carol Chelimo du département de pédiatrie de l'université d'Auckland et ses collègues ont recruté 6.853 enfants avant leur naissance, entre 2009 et 2010. Les enfants ont été mesurés pour leur poids et leur taille jusqu’à 4,5 ans.
Les données sur la distribution d'antibiotiques ont été obtenues à partir de la New Zealand Pharmaceutical Collection. L’exposition aux antibiotiques (oui ou non), le nombre d’expositions, l'âge de la première exposition et les âges aux expositions suivantes jusqu’à 4 ans ont été relevés.
Sur les 5.128 enfants finalement inclus (51% garçons; poids moyen à la naissance 3,5 kg), 95% ont reçu une prescription d'antibiotiques avant l'âge de 4 ans et 9% présentaient une obésité à l'âge de 4,5 ans.
Les IMC ajustés sur l’âge ont augmenté de façon significative avec le nombre d’expositions aux antibiotiques: les enfants n’ayant pas été exposés aux antibiotiques présentaient un IMC plus bas que la moyenne (z-score de 0,87); ceux ayant reçu 1 à 3 cures d’antibiotiques avait un IMC également légèrement réduit (z-score de 0,92); l’IMC augmentait pour 4 à 9 doses (z-score de 1,06) et pour ceux ayant reçu plus de 9 traitements par antibiotiques (z-score de 1,08).
L’exposition à plus de 9 traitements par antibiotiques a été associée à une multiplication par 2,4 du risque d'obésité par rapport à l'absence d'exposition.
En outre, les enfants dont l'exposition a commencé au cours de la première année de vie avaient un IMC ajusté pour l’âge plus élevé que ceux qui n'étaient pas exposés, alors que ceux dont l'exposition a commencé après la première année de vie ne présentaient aucune différence.
Dans cette étude, l'exposition répétée aux antibiotiques dans la petite enfance a été associée à un IMC ajusté pour l'âge plus important et à une probabilité accrue d'obésité.

… mais pas dans l'autre

Dans une étude rétrospective transversale, Karen Leong du Liggins Institute (qui fait aussi partie de l'université d'Auckland) et ses collègues ont recruté 132.852 mères et 151.359 enfants (51,3 % garçons). Des analyses ont été réalisées sur 150.699 enfants (dont les données étaient disponibles).
L’exposition aux antibiotiques a été étudiée pendant la grossesse et/ou la petite enfance jusqu’à l’âge de deux ans. Entre 4 à 5 ans, les données anthropométriques des enfants étaient évaluées.
Dans une première analyse, les résultats de l'étude montraient aussi que l'exposition aux antibiotiques est courante: 35,7% des mères ont reçu au moins un traitement antibiotique pendant leur grossesse et 82,3 % des enfants au cours des deux premières années de vie.
L’exposition aux antibiotiques avant la naissance et dans la petite enfance était associée à l'obésité à l'âge de 4 ans, avec un effet de la dose: la prévalence de l’obésité augmentait de 17,1% avec la prise d’un antibiotique durant la grossesse et de 22,3% avec la prise de 5 traitements antibiotiques. Le risque d’obésité augmentait également de manière dose-dépendante lorsque le traitement avait eu lieu dans les deux premières années.
Mais les auteurs ont poursuivi leur recherche en effectuant des analyses à effets fixes sur 6.249 frères et soeurs et 522 jumeaux. Ces analyses n'ont alors montré aucune association entre l'exposition aux antibiotiques et l'obésité.
Pour les chercheurs, ces résultats discordants reflètent probablement des facteurs de confusion non mesurés.

La transmission du microbiome dans la fratrie ?

Dans un éditorial, Meghan Azad de l'université du Manitoba à Winnipeg (Canada) suggère que l'absence de différence entre frères et soeurs pourrait être lié à des transmissions de microbiote dans la fratrie, ce qui atténuerait l'effet des antibiotiques.
En outre, elle souligne que dans la première étude, la cohorte étant plus petite, elle a pu être étudiée de façon plus profonde. Certains paramètres comme le régime alimentaire, le sommeil, le temps passé à regarder la télévision ainsi que le poids, le niveau d’éducation et le statut relationnel de la mère ont pu être mieux pris en compte.
Selon elle, il est important de reconnaître que l'obésité infantile résulte d'influences multifactorielles; ainsi, l'exposition aux antibiotiques n'est ni nécessaire ni suffisante comme cause.
Cependant, elle insiste sur le fait que son rôle potentiel ne peut être ignoré étant donné les preuves de plus en plus nombreuses sur des modèles animaux ou humains montrant que les antibiotiques peuvent causer des changements dans le microbiome intestinal qui sont associés au métabolisme et au gain de poids.
(JAMA Network Open, publication en ligne du 22 janvier)
vcd/fb/nc/APMnews

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