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Dermatite atopique: les émollients sont inefficaces en prévention

LONDRES, 25 février 2020 (APMnews) - L'application cutanée quotidienne d'émollient durant la première année de vie des nourrissons à haut risque de dermatite atopique est inefficace pour retarder ou prévenir la maladie, selon deux études publiées dans The Lancet.
L'application régulière d'émollients fait partie des principaux traitements préconisés pour la dermatite atopique; elle a pour objectif de maintenir l'hydratation de la peau, réparer la barrière cutanée et réduire les besoins en anti-inflammatoires.
Des études de "preuve du concept" ont suggéré que l'application quotidienne d'émollients aiderait à prévenir la survenue d'une dermatite atopique dans les premières années de la vie. Deux études randomisées ont testé cette hypothèse.
Havard Ove Skjerven de la Division of Paediatric and Adolescent Medicine d'Oslo et ses collègues ont cherché à déterminer si l'application cutanée régulière d'émollients dès l'âge de 2 semaines ou une alimentation complémentaire précoce introduite entre les âges de 12 et 16 semaines réduisent le développement de l'eczéma à l’âge de 12 mois.
Dans cet essai clinique randomisé réalisé, les nourrissons -dont les mères avaient été recrutées à 18 semaines de grossesse- ont été randomisés selon 4 stratégies:
  • non-intervention (contrôle), c'est-à-dire qu'aucun conseil spécifique n'était fourni sur les soins de peau à apporter tout en préconisant aux parents de suivre les recommandations sur la nutrition infantile
  • intervention cutanée consistant en l'application cutanée régulière (au moins 4 fois par semaine) d'émollients sous la forme d'additifs de bain et d'une crème pour le visage
  • intervention alimentaire consistant en l'introduction précoce d'arachide, de lait de vache, de blé et d'oeufs
  • et intervention combinée associant les deux derniers types de soins (interventions cutanée et alimentaire) décrits précédemment.
Au total, 2.397 nouveau-nés ont été inclus dans cette étude. La dermatite atopique a été observée chez 8% des nourrissons dans le groupe de non-intervention, 11% du groupe "cutané", 9% du groupe "alimentaire" et 5% du groupe "combiné".
Ni les émollients cutanés ni l'introduction précoce de certains allergènes n’ont réduit le développement de la dermatite atopique à 12 mois par rapport au contrôle.
Les symptômes et les signes cutanés rapportés (incluant la démangeaison, l’oedème, l’exanthème, la peau sèche, et l’urticaire) n’étaient pas plus fréquents dans les 3 groupes d'intervention cutanée que dans le contrôle.
Dans un éditorial, Kristen Perrett du Murdoch Children's Research Institute à Parkville (Australie) note cependant que l'observance était sous-optimale dans cette étude: seulement 27% pour le groupe intervention cutanée et 32% dans le groupe intervention alimentaire.

Risque d'infections cutanées

Joanne Chalmers du Centre of Evidence Based Dermatology de Nottingham (Royaume-Uni) et ses collègues ont aussi testé l'application d'émollient en prévention de la dermatite atopique au sein d'un essai contrôlé, en groupes parallèles, randomisé dans 12 hôpitaux et quatre centres de soins primaires au Royaume-Uni.
Au total, 1.394 nouveau-nés à terme ayant des antécédents familiaux de maladie atopique (au moins un parent au premier degré a souffert d'un eczéma, d'une rhinite allergique ou d’un asthme, diagnostiqué par un médecin) ont été randomisés pour recevoir soit l’application quotidienne d’émollient durant leur première année de vie et ont reçu des conseils classiques de soins de la peau (groupe émollient) ou ont simplement reçu les conseils pour les soins de peau (groupe contrôle).
À l’âge de 2 ans, l’eczéma (critère principal) était présent chez 23% des nourrissons du groupe émollient et 25% du groupe témoin, avec une différence non significative.
Le nombre moyen d’infections cutanées par enfant au cours de la première année était de 0,23 dans le groupe émollient contre 0,15 dans le groupe témoin, soit une augmentation du risque de 55% dans le groupe émollient.
Les auteurs de ces deux travaux estiment que les familles présentant des antécédents d’eczéma, d’asthme ou de rhinite allergique ne devraient pas appliquer quotidiennement un émollient sur leur nourrisson pour prévenir la dermatite atopique.
Dans un éditorial, Kristen Perrett estime que les résultats de ces deux études sont inattendus et que l'application d'émollients peut contribuer à l'inoculation de pathogènes sur la peau de l'enfant et perturber le microbiome naturellement protecteur de la peau.
(The Lancet, publication en ligne le 19 février)
vcd/ld/ab/APMnews

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