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Les délivrances de médicaments pour maladies chroniques ont augmenté au début du confinement (rapport)

PARIS, 21 avril 2020 (APMnews) - Les délivrances de nombreux médicaments destinés au traitement de maladies chroniques ont significativement augmenté durant les deux premières semaines de confinement de la population, probablement en raison de phénomènes de stockage, selon un rapport du groupement Epi-Phare dont APMnews a eu copie.
Cette analyse met également en évidence une baisse des délivrances de vaccins et plusieurs autres médicaments nécessitant le recours à un professionnel de santé, et des variations à la hausse ou à la baisse pour certains médicaments en lien avec le Covid-19.
Epi-Phare est un groupement d'intérêt scientifique (GIS) conjoint entre l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam), rappelle-t-on.
Il a fait un point de situation à la fin mars 2020 sur les délivrances en pharmacie de médicaments sur ordonnance, sur la base des données de remboursement du système national des données de santé (SNDS). Cette période inclut les semaines 12 (du 16 au 22 mars) et 13 (du 23 au 29 mars), qui correspondent aux deux premières semaines de confinement.
Au cours de ces deux premières semaines de confinement, les auteurs du rapport ont constaté "une très forte croissance des délivrances sur ordonnance en pharmacie de médicaments des maladies chroniques". Cette augmentation est "très supérieure à ce qui aurait été attendu en situation habituelle".
Par exemple, "près de 600.000 personnes supplémentaires se sont rendues en pharmacie pour la délivrance d’un antihypertenseur en semaine 12 et 470.000 en semaine 13". Cela correspond à des augmentations de respectivement 30,9% et 25,3% des délivrances de cette classe de médicaments.
Idem pour les antidiabétiques (+31,8% et +25,1% de délivrances durant ces 2 semaines), particulièrement les insulines (+42% et +35%), pour les statines (+32,5% et +28%) ou encore les antithrombotiques.
Une augmentation d'amplitude moindre mais tout de même significative a été observée pour les médicaments des troubles mentaux. Les antidépresseurs ont augmenté de 21,6% en semaine 12 et 17,6% en semaine 13, les anxiolytiques de 18,5% et 18,6%, les antipsychotiques de 16,5% et 21,5%... C'était aussi le cas des traitements de la dépendance à l'alcool (+11% et +17,9%).

Un phénomène de stockage

"Nos résultats mettent en évidence un phénomène de 'stockage' pour les traitements de pathologies chroniques au cours de la deuxième quinzaine de mars comme observé dans d’autres domaines de la consommation", commentent les auteurs.
"Cet achat, rassurant pour les personnes concernées, pouvait être justifié par les restrictions de sortie et la possibilité rendue légale dans ce contexte d’utiliser une ordonnance 'périmée'."
D'autres pathologie chroniques sont concernées comme le VIH (+31,8% de délivrances d'antirétroviraux en semaine 12 et +19,2% en semaine 13), la lévothyroxine particulièrement lors de la première semaine de confinement (+40,8%; puis +26,4% la semaine suivante), les traitements des maladies obstructives respiratoires (+46,7% et +37,5%) ou encore les antiparkinsoniens, les anti-épileptiques, les traitements de la sclérose en plaques… Plus modérément, on compte des augmentations de délivrance pour des antibiotiques et anti-ulcéreux.
La contraception orale était également concernée avec +45,3% de délivrances en semaine 12 et +21% en semaine 13.
Mais à l'inverse, la délivrance de vaccins a très significativement diminué, notamment pour le vaccin anti-HPV (-22,3% et -67,6%) et le ROR (-30% et -50%).
Sont également concernés les anti-VEGF utilisés en injection intra-oculaire (-13,5% et -39,6%), les stérilets avec progestatif (-58,6% en semaine 13), les inducteurs ovulation pour la procréation médicalement assistée (PMA; -64,8% en semaine 13) et divers produits pour examens médicaux (pour coloscopie, scanner, IRM).
"Coloscopie, IRM et scanner sont indispensables pour diagnostiquer certains cancers ou maladies graves, ce qui pourrait entraîner des retards de prise en charge", s'inquiètent les auteurs.

Envolée de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine

Alain Weill, Mahmoud Zureik et leurs collègues se sont aussi intéressés à des médicaments dont les délivrances ont pu varier en raison de l'épidémie. En lien probable avec la mise en garde des autorités sanitaires contre l’utilisation des anti-inflammatoires, la délivrance d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) a chuté de 59,1% en semaine 13, principalement l'ibuprofène (-67,8%). Parallèlement, les ventes de paracétamol ont augmenté (+33,6% et +24,9%).
Quant à la chloroquine et l'hydroxychloroquine, qui ont été médiatisées dès le début de l'épidémie en raison des déclarations du Pr Didier Raoult à Marseille, les délivrances ont fortement augmenté, avant même le début du confinement. C'était le cas "particulièrement en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur" (Paca).
Cela a commencé avec la chloroquine, avec un pic le 27 février, puis le relais a été pris par l'hydroxychloroquine (qui est prescrite à Marseille par le Pr Raoult, et évaluée dans plusieurs essais randomisés). Pour ces deux produits analysés ensemble, on constate des élévations de respectivement 61,9% et 145,1% en semaines 12 et 13. C'est également le cas pour l'antibiotique qui leur est associé contre le Covid, l'azithromycine (+26,3% et +72,3% dans les mêmes semaines).
"Cette surveillance à partir des données de remboursement est importante et sera poursuivie dans les prochaines semaines", concluent les auteurs.
fb/vib/ab/APMnews

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