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Dans un climat social tendu, Sanofi annonce une nouvelle prime Covid-19

(Par Marion-Jeanne LEFEBVRE)
PARIS, 22 avril 2020 (APMnews) - Sanofi a annoncé lundi à ses salariés le versement d'une prime de 1.500 euros pour ceux s'étant rendus sur leur lieu de travail au moins une fois par semaine pendant la période de confinement, qui vient s'ajouter à une prime proportionnelle au salaire versée en avril.
Le groupe pharmaceutique avait annoncé début avril le versement d'une "prime exceptionnelle Covid-19", dans toutes ses filiales, aux salariés assurant pendant la période de confinement une présence physique, même partielle. Elle devait initialement être équivalente à 15% du salaire brut de base de chaque salarié concerné, mais cette proportionnalité avait été dénoncée par plusieurs syndicats, qui jugeaient la mesure inégalitaire (cf dépêche du 07/04/2020 à 19:46).
La direction de Sanofi a finalement revu sa copie et adressé lundi aux salariés une nouvelle proposition: celle d'une prime fixe pouvant atteindre jusqu'à 1.500 euros pour les salariés ayant travaillé sur site pendant le confinement en mars, avril et mai, qui s'ajoutera à la prime de 15% proportionnelle au salaire, versée en avril.
Ces versements doivent récompenser les salariés "qui se mobilisent en première ligne pour assurer une présence physique indispensable sur [les] sites afin de maintenir les activités critiques et permettre à terme un redémarrage optimal [des] opérations", est-il expliqué en préambule de la décision, qu'APMnews a pu consulter.
Sont éligibles à la prime "fixe", les salariés en CDI, CDD, contrat d'apprentissage, contrat de professionnalisation ou intérimaires à la date du versement, et ayant été présents dans l’entreprise au cours des 12 mois précédant, les congés parentaux étant considéré comme une présence effective.
Ceux présents sur leur lieu de travail pour y exercer leur activité professionnelle au moins une fois par semaine entre le 16 mars et le 30 avril percevront une prime d'un montant égal à 15% de leur salaire de base mensuel moyen avec leur salaire du mois d'avril, ainsi qu'une prime de 1.500 euros en mai, s'ils étaient également présents entre le 1er et le 11 mai.
Les salariés ayant été présents sur site entre le 1er et le 11 mai, au moins une fois par semaine, mais pas entre le 16 mars et le 30 avril, percevront une prime de 750 euros avec leur salaire de mai.
Pour les salariés à temps partiel, le montant de ces primes est proratisé en fonction de la durée du travail.
Les collaborateurs ne remplissant pas ces conditions de présence physique et ayant perçu une rémunération inférieure à 3 Smic annuels (soit 55.419 euros) lors des 12 mois précédents, recevront en avril et en mai une prime d'un montant de 100 euros pour chacune des deux périodes.

Des mouvements sociaux lancés sur trois sites

Cette décision intervient dans un climat social "tendu", selon plusieurs délégués syndicaux interrogés par APMnews. "Il y a eu une forte vague de mécontentement de la part du personnel après l'annonce d'une prime proportionnelle au salaire", a expliqué mercredi à APMnews Pascal Lopez, délégué syndical central FO, qui estime que cette nouvelle prime va "dans le bon sens", même s'il aurait préféré "un distinguo moins fort entre les salariés en télétravail et ceux physiquement sur les sites".
"Nous avions demandé une augmentation collective plutôt qu'une prime 'de risque', qui est en fait une incitation à aller travailler physiquement, et qui n'est pas cotisée et donc ne finance pas la protection sociale", a pour sa part commenté Thierry Bodin, coordonnateur CGT chez Sanofi, auprès d'APMnews mercredi.
Selon eux, la direction a répondu avec cette mesure à une montée du mécontentement chez les salariés, insatisfaits des conditions de travail qui leur sont proposées pendant cette période de confinement. "Il y a des pressions dans tous les secteurs d'activité, pas d'augmentation collective cette année, des productions qui sont maintenues sans que l'on comprenne pourquoi, des congés payés imposés et en même temps le versement de près de 4 milliards d'euros de dividendes... la prime proportionnelle au salaire a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", a analysé Thierry Bodin.
Ce mécontentement s'est notamment concrétisé par trois mouvements sociaux, lancés à l'appel de la CGT et FO. Ils ont eu lieu en avril sur deux sites de Sanofi Pasteur, Marcy-L'Etoile (Métropole de Lyon) et Val-de-Reuil (Eure), et un de Sanofi Genzyme dans la métropole de Lyon. Le plus suivi aurait été celui du site du Val-de-Reuil, vendredi 10 avril, mais aucun délégué des syndicats organisateurs n'a été en mesure de communiquer les chiffres de mobilisation.
Contacté par APMnews, Sanofi Pasteur n'a pas répondu à nos sollicitations jeudi matin.

Au moins trois procédures de "danger grave et imminent" ont été enclenchées

Des inquiétudes sur la sécurité des salariés ont été également exprimées sur certains sites. Selon les informations d'APMnews, des alertes de "danger grave et imminent" ont été enclenchés par des élus au comité social et économique (CSE) d'au moins trois sites de Sanofi: à Ambarès-et-Lagrave (Gironde), au Trait (Seine Maritime) et à Compiègne (Oise). Ces procédures déclenchent une visite de l'inspection du travail.
Sur le site du Trait, où sont fabriqués les nouveaux produits de Sanofi sous forme de seringue, cette inspection a relevé que les règles de distanciation sociale, de protection et d'information des salariés n'étaient pas appliquées sur tout le site, selon un rapport d'inspection qu'APMnews a pu consulter.
L'inspecteur a notamment recommandé à la direction du site d'intégrer les mesures d'hygiène et de distanciation sociale dans l'organisation du travail, d'évaluer les risques de contamination dans certains sas et vestiaires et de "déterminer les conditions dans lesquelles les équipements de protection individuelle sont mis à disposition et utilisés, notamment en précisant au sujet des masques chirurgicaux leur caractère obligatoire ou facultatif, les conditions d’utilisation entre leur remise et le poste de travail, la durée du port et les modalités de collecte après utilisation".
APMnews n'a pas eu de retour sur les inspections des sites d'Ambarès-et-Lagrave et Compiègne.
"Le climat est globalement tendu au sein de Sanofi", a résumé Humberto de Sousa, coordonnateur adjoint CFDT pour le groupe, auprès d'APMnews jeudi. "On a dû fortement pousser pour avoir des masques à disposition, en en demandant deux par jour et par salarié, et il y a encore des cas où les droits d'alerte sont en cours de résolution", a-t-il expliqué.
Selon lui, ces tensions sont liées à "un manque de dialogue social" mais sont aussi fonction des situations de chaque site. "C'est la direction du site qui est responsable de la sécurité des salariés et certains n'appliquent pas forcément les mesures recommandées, ou bien les mesures ne sont pas applicables, mais tous les sites ne sont pas concernés", a-t-il commenté. Le délégué syndical a souligné qu'il ne soutenait pas les mouvements de grève organisés.
mjl/eh/APMnews

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