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Ehpad: la crise a creusé les failles dénoncées depuis plus de deux ans (syndicats de personnel)

PARIS, 29 avril 2020 (APMnews) - Les effets de la pandémie de Covid-19 ont exacerbé les manques dont souffrent les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et dénoncés depuis plus de deux ans, ont souligné mercredi à l'Assemblée nationale les principales organisations syndicales de salariés du secteur sanitaire et social, pointant également des retards dans la gestion de la crise, notamment en matière d'équipements de protection.
Les représentants des fédérations santé et action sociale de la CFDT, CGT, FO, de l'Unsa et de SUD étaient auditionnés en visioconférence par la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, dans le cadre de travaux sur les impacts de la crise sanitaire sur les Ehpad. Ces derniers sont menés en lien avec la mission d'information de l'Assemblée sur la gestion et les conséquences de l’épidémie de Covid-19 (cf dépêche du 23/04/2020 à 07:23).
Ont également participé à cette audition conjointe l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa) et la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad (Ffamco), tandis que d'autres acteurs représentant les établissements et les associations de personnes âgées se sont exprimés mercredi après-midi (cf dépêche du 29/04/2020 à 19:19).
Les principaux syndicats de salariés ont souligné que la crise avait atteint un secteur déjà fragilisé par plusieurs difficultés -manque d'effectifs, financements insuffisants…-, auxquelles la loi grand âge et autonomie tant attendue est censée répondre, après plusieurs rapports sur le sujet.
Ils ont rappelé que le secteur se mobilise depuis plus de deux ans pour obtenir des réponses à ses revendications.
"La crise du Covid n'effacera pas la crise préexistante", a introduit Bruno Lamy, secrétaire général adjoint de la CFDT santé sociaux. Outre le manque de personnel soignant, l'un des problèmes majeurs est la difficulté à organiser "une prise en charge globale" des résidents, en raison du cloisonnement persistant entre les secteurs sanitaire et médico-social, a-t-il insisté.
"Les diagnostics, on les connaissait avant, il nous faut un message politique fort" et cette crise doit être "un tournant" pour que cela ne soit "plus comme avant".
Bertrand Brand, représentant de la CFDT santé sociaux du Haut-Rhin, a témoigné des conséquences du manque de personnel, accentué par l'absentéisme lié à la crise. Il a souligné la différence entre les Ehpad "accolés à un établissement sanitaire, où a pu être mis à disposition du personnel" en raison de la déprogrammation des activités, et ceux "qui sont isolés et n'avaient pas accès à la réserve sanitaire", déjà mobilisée par le secteur hospitalier.
La situation est "dramatique" au regard de la surmortalité "qui touche particulièrement nos aînés", a déclaré Malika Belarbi, membre de la commission exécutive fédérale de la CGT santé et action sociale, rappelant le chiffre de 8.850 décès dans les établissements sociaux et médico-sociaux, dont les Ehpad, donné mardi par le directeur général de la santé (DGS). "Ces statistiques sont loin d'être exhaustives, nous réclamons au ministère un réel état des lieux", a-t-elle ajouté.
"A ce jour, un tiers des professionnels seraient contaminés", a-t-elle indiqué, sans préciser le périmètre de cette estimation. "Dans les régions les plus touchées, on dénombre en moyenne 40% d'arrêts de travail", ce qui "fait la démonstration des atteintes sur la santé et de l'épuisement" des équipes.
Les syndicats ont pointé le manque de matériel de protection comme "facteur aggravant" de la circulation du virus parmi le personnel et les résidents.
"Cette situation questionne fortement la responsabilité de l'Etat, des tutelles, ARS [agences régionales de santé] et des employeurs", a considéré Malika Belarbi. De même, la volonté de dépistage massif des salariés et résidents "est une bonne chose mais ne doit pas rester qu'une annonce et devenir une réalité concrète".
Secrétaire fédéral FO des services publics et de santé, Gilles Gadier a rappelé que la fédération a déposé plainte contre X portant sur les faits "d'abstention volontaire de prendre les mesures visant à combattre un sinistre", "homicides et violences involontaires", ainsi que "mise en danger délibérée de la vie d’autrui" (cf dépêche du 16/04/2020 à 17:43). Depuis le dépôt de cette plainte, "tous les jours des dossiers arrivent", selon le syndicat.
"Nous avons fait un petit sondage il y a une dizaine de jours sur plus de 300 Ehpad", a fait savoir Franck Houlgatte, secrétaire général de l'Union nationale des syndicats FO de la santé privée. Il en est résulté un manque "de masques, de tests [et des] impossibilités de faire transférer en réanimation des résidents parce que le médecin coordonnateur avait perdu la main" sur le sujet, car "le médecin du Samu devait [décider] d'hospitaliser ou pas".
Il faudrait étendre la reconnaissance du Covid comme maladie professionnelle "à l'ensemble des personnels et aussi à leur familles", a-t-il par ailleurs plaidé, suggérant la constitution "d'un fonds comme pour l'amiante".

Le manque de personnel a conduit à des "pratiques dangereuses"

"Les ressources humaines en Ehpad sont insuffisantes pour répondre aux situations habituelles. Personne ne pouvait espérer que, dans la crise que nous traversons, [elles] puissent répondre qualitativement et quantitativement aux besoins considérablement augmentés des pensionnaires isolés, confinés ou malades", a également exposé Jean-Claude Stutz, secrétaire national adjoint de l'Unsa santé sociaux.
Les mesures de confinement ont "nécessité une réorganisation extrêmement rapide du travail: changement des horaires, passage à l'horaire dérogatoire en 12h", a-t-il relevé. "L'absence de bénévoles a amené les personnels à assurer de nouvelles missions alors même qu'ils étaient déjà débordés."
Sur le manque de matériel de protection, "au niveau national, nous avons beaucoup de difficultés à obtenir des données quantifiées quant aux commandes, aux circuits d'approvisionnement, à la répartition du matériel sur l'ensemble du territoire", a-t-il indiqué.
Si certains établissements ont, sans attendre les consignes, pris des mesures barrières "très rapidement", la pénurie d'équipement a "limité l'effet bénéfique de cette anticipation".
Ces carences ont "amené à adopter des pratiques de gestion drastiques qui non seulement ne respectaient pas les recommandations de la DGCS [direction générale de la cohésion sociale], mais étaient pour certaines dangereuses pour les personnels, leurs familles et pour les résidents".
Dans un établissement des Yvelines par exemple, après un épisode de fièvre chez trois résidents, "les mesures barrières ont été levées", comme s'"il n'y avait plus nécessité pour les personnels s'occupant de ces résidents de porter des masques". Mais les résidents "ont été déclarés quelques jours plus tard Covid+".
De plus, "des problèmes dramatiques d'effectifs conduisent parfois à la prise de décisions RH en totale contradiction avec les préconisations sanitaires", a-t-il ajouté. Il a cité un Ehpad du Haut-Rhin, "où la quatorzaine d'exclusion d'une soignante Covid+ testée n'a pas été respectée. Elle a repris le travail à la demande de son employeur".
Sur le dépistage systématique annoncé, "nous avons des remontées [démontrant] des gestions très différentes", a-t-il également rapporté. "En région Occitanie, [il y a une] application stricte dès le premier cas suspect de Covid. En Nouvelle Aquitaine, on ne testera que s'il existe un cluster de trois résidents" (cf dépêche du 17/04/2020 à 16:14).
Mélissa Ramos, déléguée nationale du Syndicat des manageurs publics de santé (SMPS, Unsa), a souligné les difficultés "qui ont pu émaner des doctrines différentes entre régions" et la nécessité "d'homogénéiser le pilotage", notamment quand "on se retrouve dans le cas des doubles tutelles, ARS et départements, mais aussi parfois de triple tutelle" avec les centres communaux d'action sociale (CCAS).
"Les revendications exprimées par les personnels de ce secteur n'ont jamais été prises en compte", a regretté Pascal Freger, secrétaire fédéral de SUD santé sociaux. Tous les salariés "font preuve d'un courage et d'une abnégation remarquables. Les pouvoirs publics se doivent d'être à la hauteur et leur permettre d'intervenir sans risquer d'aggraver le danger pour eux-mêmes et pour les autres".
Les syndicats ont également déploré l'absence d'information sur la prime annoncée par le gouvernement (cf dépêche du 15/04/2020 à 16:04). "Nous souhaitons une prime uniforme pour tout le monde, quel que soit le métier exercé à l'hôpital, dans les Ehpad, mais aussi dans le social et médico-social autre que les Ehpad", a-t-il demandé.
"Le gouvernement doit prendre en charge cette prime et après, voir avec les départements, avec les établissements privés [pour] se faire rembourser, afin que tous les personnels soient traités sur un pied d'égalité", a-t-il préconisé.
mlb/ab/APMnews

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