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Coronavirus: avec l'essai Discovery, la France s'est mobilisée plus rapidement que les autres pays (Florence Ader)

LYON, 11 mai 2020 (APMnews) - La participation très limitée d'autres pays européens à l'essai clinique Discovery lancé par la France sur des traitements contre le coronavirus Sars-CoV-2 s'expliquerait par la rapidité avec laquelle le système de recherche français s'est mobilisé et le niveau de complexité du suivi des patients, estime la principale investigatrice de l'étude, Florence Ader.
Par ailleurs, alors que le président de la République, Emmanuel Macron, avait évoqué il y a une semaine la possibilité d'avoir des premiers résultats de cet essai très attendu dès le 14 mai (cf dépêche du 04/05/2020 à 19:20), la chercheuse des Hospices civils de Lyon (HCL), qui s'est exprimée lors d'une visioconférence (sans possibilité de poser de questions), n'a pas donné de date.
Au contraire, rappelant que la décision d'annoncer des résultats ne dépend pas des investigateurs mais du comité de surveillance indépendant de l'essai (le DSMB) qui juge en fonction des analyses faites régulièrement sur les données disponibles, elle a à demi-mots suggéré que ce ne serait pas pour bientôt.
"On n'en est pas [à l'obtention de résultats définitifs], on en est à analyser des tendances", qui si elles se confirmaient, pourraient conduire à plus long terme à des résultats plus solides.
L'essai Discovery, qui évalue 4 traitements à visée antivirale chez des personnes infectées par le coronavirus hospitalisées, a été lancé en France dès la fin mars (cf dépêche du 23/03/2020 à 19:36). Sur les 800 patients prévus en France, 742 ont été inclus, a indiqué Florence Ader.

Une dynamique d'inclusion "formidable" en France, puis un "plafonnement"

La dynamique d'inclusion a été "formidable" au début et elle a salué "l'effort des collègues dans tous les hôpitaux" impliqués. Cela a ralenti depuis 15 jours, mais ce "plafonnement" était "anticipé, presque attendu, du fait du confinement" dont l'objectif est de diminuer les nouvelles contaminations.
Mais alors que Discovery a été présentée comme une étude européenne, devant inclure au total 3.200 patients, la semaine dernière, hors de France, seul un patient au Luxembourg avait été inclus.
Il y a une semaine, dans un entretien au Monde, le Pr Yazdan Yazdanpanah de l'hôpital Bichat à Paris, responsable du consortium de recherche Reacting qui pilote l'essai, avait déploré le fait que les différents pays européens avaient "beaucoup de mal à coopérer" et avaient préféré faire leurs propres essais ou rejoindre un autre grande essai international, Solidarity, lancé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) (cf dépêche du 04/05/2020 à 10:01).
Cela a conduit plusieurs médias à parler d'essai clinique "englué" en raison de l'"échec" de la coopération européenne, voire de "fiasco".
L'investigatrice principale de l'étude a cherché à remettre les choses en perspective. Elle a d'abord souligné le fait que le protocole de l'essai Discovery avait été élaboré "en très peu de jours", entre le 1er et le 22 mars, et avait ainsi pu démarrer dès le 23 mars. Ainsi, en 3 semaines, "on démarrait un essai randomisé, contrôlé de très grande taille", alors qu'"on n'était pas encore arrivé au pic de l'épidémie". Donc "nous étions synchrones avec les événements".
Cette rapidité a été rendue possible par "un très beau et très efficient maillage hospitalier, une expertise très élevée [dans la conception d'essais cliniques] et une capacité d'organisation très importante". Elle a salué le travail de l'Inserm, de l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS), des directions de la recherche clinique (DRC) des CHU, ainsi que les industriels qui ont "gracieusement donné les molécules".
Quant à l'Europe, "comme disait ma grand-mère, on peut voir la chaussette à l'envers ou la chaussette à l'endroit"!, a-t-elle commenté.

Des pays ont préféré une étude avec un suivi plus "allégé" des patients

D'abord, la France ne s'est lancée dans la recherche d'autres pays européens qu'une fois l'essai lancé dans l'Hexagone. Et dans ce même temps, certains pays avaient aussi agi et fait d'autres choix.
Florence Ader a expliqué que dans Discovery, il y a "un suivi des patients très rapproché", aux niveaux "virologique, biologique, de dosage des médicaments, de pharmacovigilance", ce qui est "important", notamment pour le remdésivir (Gilead), molécule nouvelle qu'on connaît encore insuffisamment.
Or, les structures sanitaires et les capacités "diffèrent d'un pays à l'autre". L'Espagne et l'Italie ont choisi de rejoindre l'essai international Solidarity qui a un protocole similaire et évalue les mêmes molécules, mais dont le suivi des patients est "allégé" comparé à l'essai proposé par la France.
Si le Royaume-Uni a choisi de lancer son propre essai, uniquement national, et ne rejoindra donc pas Discovery, l'investigatrice principale de l'étude souligne que "d'autres pays ne se sont pas tout de suite prononcés" sur ce qu'ils allaient faire, et "c'est avec ces pays que l'on a cherché à se rapprocher". Ces pays "ont des structures sanitaires et des moyens de recherche pas très éloignés" de la France et peuvent donc participer à Discovery.
Outre le Luxembourg, elle a indiqué que des discussions avaient lieu avec "l'Allemagne, le Portugal, l'Autriche et des gros centres en Belgique, notamment à Bruxelles".
Elle a également voulu mettre en avant le fait que cette coopération entre pays européens, si on arrive à la mettre en place, ne concernera pas seulement l'essai Discovery mais, compte tenu du fait que l'épidémie ralentit mais n'est pas terminée, d'autres essais.

Mettre en place un réseau européen

L'important est de "mettre en place un réseau qui permettra à terme de travailler ensemble" pour lancer de nouvelles études "sur des séquences extrêmement rapides", avec un pilotage qui ne sera pas nécessairement français ("il n'y aura pas un pays qui domine les autres"). L'objectif est d'atteindre "une harmonisation, une synergie, une congruence, une optimisation des moyens".
En conclusion, à rebours des commentaires suggérant un échec, "nous avons fait quelque chose d'assez exceptionnel dans le courant du mois de mars", s'est félicitée Florence Ader. Et il y a eu ensuite "deux dynamiques temporelles": la "montée en puissance" de l'essai en France puis la tentative de "consolidation" au niveau européen avec une "contrainte temporelle beaucoup plus longue" car devant tenir compte des particularités de chaque pays. Mais on garde l'objectif d'arriver à "travailler mieux et beaucoup plus vite ensemble".
fb/ab/APMnews

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