dépêche

 - 

La saisonnalité semble jouer un rôle mineur dans l'épidémiologie du Covid-19

OTTAWA, 11 mai 2020 (APMnews) - Une nouvelle étude, publiée vendredi dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ), vient encore raboter l'espoir que l'arrivée de l'été entraîne une pause dans l'épidémie de Covid-19, avec des éléments montrant que la croissance de l'épidémie n'est pas associée à la température extérieure ni à la latitude, tandis que les mesures de santé publique ont un impact majeur.
A l'instar du virus de la grippe, la question d'une saisonnalité et d'une dépendance au climat du Sars-CoV-2 est posée. Parallèlement, des mesures de santé publique ont été prises par le monde pour enrayer l'épidémie de Covid-19, telles que la fermeture des écoles, la distanciation sociale et l'interdiction des grands rassemblements. Mais on ne sait pas si ces interventions, ou les changements saisonniers liés au climat, affectent la pandémie, soulignent les auteurs.
Ils ont mené une étude de cohorte prospective, couvrant 144 zones géopolitiques dans le monde (plus de 375.000 cas) ayant au moins 10 cas de Covid-19 et une transmission locale, au 20 mars, hors Chine, Corée du Sud, Iran et Italie où l'épidémie était déjà totalement établie à ce moment-là où en phase de régression.
L'objectif était de déterminer l'association entre la croissance de l'épidémie (entre le 20 et le 27 mars) et la latitude, la température, l'humidité, ainsi qu'avec les différentes mesures de santé publique, en vigueur au cours de la période d'exposition 14 jours avant (du 7 au 13 mars).
L'approche utilisée analyse la pente de la fréquence cumulée des cas de Covid-19, plutôt que les taux absolus de Covid-19, chaque zone géographique étant son propre contrôle. Les importantes différences entre pays dans la manière de tester et recenser les personnes atteintes par le Covid-19 ne permettent pas de mener une analyse fiable des taux absolus d'évènements, expliquent Peter Jüni de l'université de Toronto et ses collègues.
Il apparaît qu'il n'y a aucune association entre la progression de l'épidémie et la latitude, ni entre cette progression et la température. Ainsi, le rapport des risques relatifs (RRR) de progression de l'épidémie était de 0,99 pour chaque augmentation de 400 degrés de latitude, et de 0,97 pour chaque augmentation de 5°C de la température moyenne.
Une légère association avec l'humidité a été observée, en analyse univariée, mais qui n'était plus significative en analyse multivariée.
En revanche, les mesures de santé publique étaient associées à une baisse notable du risque relatif de progression de l'épidémie:
  • la mise en oeuvre d'une mesure quelle qu'elle soit était associée à une diminution de 38% du risque relatif de progression (RRR = 0,62)
  • la limitation des rassemblements était associée à une baisse de 35% du risque de progression, la fermeture des écoles à une réduction de 37% de ce risque et les mesures de distanciation sociale à une baisse de 38% du risque.
Les auteurs notent que l'association négative entre progression de l'épidémie et mesures de santé publique était plus prononcée dans les zones où plusieurs types de mesures étaient mis en place en même temps, par rapport aux zones où un seul type de mesure était mis en place.
En analyse multivariée, ces associations négatives étaient confirmées, et une association négative continue et forte entre la progression de l'épidémie et le nombre de mesures de santé publique mises en oeuvre était observée.
L'étude n'a pas permis de quantifier de façon fiable la contribution indépendante de chacune des 3 interventions de santé publique retenues ici, mais "nos résultats sont d'une pertinence immédiate, puisque de nombreux pays considèrent actuellement la levée des mesures de santé publique mises en place", soulignent les auteurs, rappelant les limites de leur étude, notamment les différences considérables dans les pratiques de test des patients suspects, ne permettant pas d'estimer de façon fiable le taux réel de Covid-19 dans chaque zone.
Ils notent que leurs résultats sont en accord avec ceux de 3 études chinoises n'ayant pu montrer d'association entre progression de l'épidémie et température ou humidité relative, tandis qu'une baisse importante a été observée avec la mise en oeuvre de mesures de santé publique.
En tout cas, ces résultats "suggèrent que la saisonnalité joue probablement un rôle seulement mineur dans l'épidémiologie du Covid-19, tandis que les mesures de santé publique […] semblent avoir un impact majeur", concluent-ils.
(CMAJ, publication en ligne du 8 mai)
cd/nc/APMnews

[CD9QA64LJ]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jour sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi