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Psychiatrie: les recommandations pour les établissements en phase de déconfinement

PARIS, 19 mai 2020 (APMnews) - Le ministère des solidarités et de la santé a publié la semaine dernière une fiche destinée aux établissements psychiatriques pour leur donner des éléments d'orientation dans le cadre de la levée progressive du confinement, les invitant à "maintenir les dispositifs mis en place" depuis mars, à "organiser la reprise progressive des activités suspendues" et à "anticiper les conséquences de l’épidémie".
La fiche propose "des éléments d’orientation, à adapter en fonction des situations locales, concernant l’organisation des prises en charge en ambulatoire et en présentiel dans les services de psychiatrie et les établissements sanitaires autorisés en psychiatrie, dans le cadre du déconfinement", est-il résumé.
Lors d'un entretien avec APMnews fin avril, Frank Bellivier, le délégué ministériel à la psychiatrie et à la santé mentale, avait prévenu que le déconfinement devrait être organisé au cas par cas (cf dépêche du 22/04/2020 à 12:47).
"La mobilisation et la coordination de l’ensemble des acteurs constituent des enjeux déterminants pour la réussite de cette reprise d’activité à la hauteur des besoins majeurs des populations", précise le ministère dans la fiche. "La démarche s’appuiera utilement sur les dynamiques de coopération mises en place dans le cadre des PTSM [projets territoriaux de santé mentale] et pourra, lorsque cela est possible, remobiliser les coordonnateurs et les groupes de travail des PTSM pour faciliter la mise en oeuvre."
"Ceci permettra également d’intégrer dans les PTSM les organisations innovantes mises en place pendant la crise et les acteurs locaux", souligne-t-il (cf dépêche du 22/04/2020 à 12:47).
Le ministère liste trois axes de mobilisation.
D'abord, il faut "maintenir les dispositifs mis en place en psychiatrie pour faire face au Covid-19 et préserver une capacité de réponse rapide en cas de reprise de l’épidémie", recommande-t-il.
Cela doit se concrétiser par le "maintien des dispositifs axés sur les prises en charge ambulatoires et alternatives à l’hospitalisation" tels que conseillés en mars (cf dépêche du 23/03/2020 à 16:41).
Cela doit se concrétiser aussi par l’"accroissement progressif des capacités de l’offre à couvrir des besoins aujourd’hui non satisfaits et la dégradation de situations de patients notamment parmi ceux atteints des pathologies les plus sévères (avec des situations graves de décompensations, des troubles importants du comportement, des risques suicidaires, aggravations liées à des retards de diagnostics, de renoncement aux soins somatiques, etc.)".
Il convient également de "préserver les ressources dédiées au Covid-19 dans l’éventualité d’une reprise épidémique au niveau des territoires, sous la coordination des ARS [agences régionales de santé]".

La reprise des activités

Deuxième axe des recommandations: "organiser la reprise progressive des activités suspendues, en commençant par les activités prioritaires".
Il faut "définir les nouveaux 'circuits patients' en lien avec les instructions nationales concernant le repérage des signes d’infection Covid-19 et la doctrine d’utilisation des tests", et "réinterroger les organisations mises en place dans le contexte du confinement, notamment les capacités d’accueil et de contenance des dispositifs ambulatoires et intrahospitaliers, pour être en capacité de prendre en charge les situations issues de la période du confinement, en réintroduisant rapidement à chaque fois que nécessaire des prises en charge présentielles".
Les établissements sont encouragés à "réaliser l’état des lieux complet de la file active accueillie de chaque structure
pendant la période de confinement pour identifier les patients pour lesquels la balance bénéfice-risque est la plus en faveur d’une reprise rapide des prises en charge en présentiel".
Répondant à une crainte des professionnels (cf dépêche du 03/04/2020 à 16:55), le ministère précise aussi que "sous l’égide des ARS, la mobilisation des acteurs des PTSM (coordonnateurs et groupes de travail) facilitera l’articulation des structures médico-sociales et sociales de façon à ne pas créer d’effet report sur les établissements autorisés en psychiatrie".
Les hôpitaux doivent aussi "organiser le suivi présentiel (consultation, hôpital de jour, centre d'accueil thérapeutique à temps partiel -CATTP-, équipes mobiles) pour les publics mis en difficulté par le confinement, en individuel mais aussi, quand cela est possible, en petits groupes pour rétablir une contenance indispensable", mais aussi "déterminer les modalités de transport à recommander aux patients lorsque leurs venues vers l’établissement sont actées".
Le ministère conseille d’"augmenter l’offre d’ECT [électroconvulsivothérapie] dont les indications sont discutées au cas par cas, et tenant compte de la moindre disponibilité des anesthésistes, pour certains états psychiatriques décompensés résistants aux traitements pharmacologiques".
Les établissements doivent "élaborer un plan d’actions en matière de gestion des ressources humaines permettant de "conjuguer le maintien des activités à distance avec la reprise des activités présentielles en ambulatoire et en hospitalisation de jour" et d'"accorder une attention particulière à la prise en charge psychologique des personnels soignants de ces structures".
Ils doivent "appréhender la temporalité de cette reprise en termes de réflexion bénéfice/risque sur le plan psychiatrique et épidémique", arbitrant notamment entre les "bénéfices à la reprise des soins pour la santé psychique des patients et l’impact qu’elle aura sur l’épidémie".
Les établissements sont aussi invités à "organiser l'espace et les locaux" (règles générales d'organisation, circulation des patients, activités de groupe, entretien des locaux, etc.) et à "rappeler la conduite à tenir pour les patients en période Covid-19".

Une augmentation des besoins en psychiatrie

Le troisième axe vise à "anticiper les conséquences de l’épidémie, du confinement et de la forte augmentation des facteurs de risque psycho-sociaux sur la santé psychique de la population".
Il faut que les établissements puissent "répondre aux nouvelles demandes de soins engendrées par la période du confinement (facteur de stress majeur) y compris en soutien des professionnels de premier recours".
Le ministère explique ainsi que "les données actuelles font envisager une augmentation des besoins de prise en charge en psychiatrie en lien avec la durée du confinement mais aussi après la levée de celui-ci".
Différentes situations pourraient entraîner cette augmentation. Le ministère cite ainsi "un surcroît d’activité lié aux possibles ruptures de soins", "les conséquences du confinement sur les patients déjà suivis aux capacités d'adaptation peu importantes" ou sur ceux "non suivis auparavant" (qu'il s'agisse des conséquences du confinement ou de primo-consultations qui n'ont pas eu lieu pendant le confinement), "les situations de deuil", "la prise en compte de besoins plus importants en lien avec des violences intrafamiliales", "les situations de fragilisation sociale liées aux impacts économiques de la crise", "les conséquences du travail prolongé dans la période épidémique pour les professionnels de santé" ou encore "l’impact de la crise sur le risque suicidaire".
"L’articulation avec les partenaires du secteur social et sanitaire en ville doit être adaptée aux modalités de déconfinement qui seront prises au niveau national", précise le ministère citant, par exemple, "l’aide alimentaire aux plus vulnérables ou sur la réalisation des tests en ville". Selon lui, "les contrats locaux de santé (CLS) et les conseils locaux de santé mentale (CLSM) peuvent être facilitateurs de ces articulations et de leur ajustement".

Quatre annexes thématiques

Le ministère a annexé quatre notes abordant la prise en charge de certains publics spécifiques à la fiche globale: la "psychiatrie périnatale et psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent", la "psychiatrie de la personne âgée", la "psychiatrie addictologie" et la "psychiatrie des personnes placées sous main de justice".
Pour chacune de ces fiches, il détaille les "constats et points d'attention", puis liste les objectifs généraux pour ces publics. Il donne également des recommandations pour les établissements qui les prennent en charge.
vl-af/nc/APMnews

[VL9QAIUGB]

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