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La toxicité cardiovasculaire grave de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine pointée dans la base de données OMS

WASHINGTON, 25 mai 2020 (APMnews) - Une analyse portant sur plus de 50 ans de données de la base de pharmacovigilance de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), menée par des chercheurs français et américains et publiée samedi dans Circulation, met en exergue la toxicité cardiovasculaire grave de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine, en dehors du contexte d'épidémie de Covid-19.
L'hydroxychloroquine et l'azithromycine ont été proposées comme traitement du Covid-19. Il n'y a toujours pas à ce jour de preuve concluante de leur bénéfice dans cette maladie, alors que les études observationnelles montrant les risques qui y sont associés s'enchaînent. La dernière en date, publiée dans The Lancet vendredi, menée sur près de 100.000 patients hospitalisés dans plusieurs pays, a conclu à un surrisque significatif de décès à l'hôpital chez les patients recevant chloroquine ou hydroxychloroquine, avec ou sans macrolide, par rapport à ceux n'en recevant pas (cf dépêche du 22/05/2020 à 17:28).
Les sociétés savantes de cardiologie américaines avaient appelé début avril à la prudence quant à l'utilisation de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine chez les patients cardiovasculaires, rappelant que chacun de ces médicaments est associé à des complications cardiaques (cf dépêche du 09/04/2020 à 11:19). Toutefois le Covid-19 lui-même est associé à des accidents cardiaques, et il est difficile de déterminer, chez les patients Covid-19 traités par ces molécules, qui est responsable des complications cardiovasculaires observées.
Lee Nguyen du centre d'investigation clinique à l'hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris (AP-HP) et ses collègues ont analysé la base de données de pharmacovigilance VigiBase de l'OMS pour l'hydroxychloroquine et l'azithromycine, entre le 14 novembre 1967 et le 1er mars 2020, soit avant le début de la prescription de ces médicaments pour le Covid-19 en Europe et aux Etats-Unis.
Ils ont comparé les rapports de réactions indésirables cardiovasculaires liées aux médicaments, chez les patients recevant l'hydroxychloroquine ou l'azithromycine ou les 2, aux rapports de réactions indésirables cardiovasculaires avec l'ensemble des autres médicaments dans la base de données complète (représentant plus de 21 millions de rapports de réactions indésirables aux médicaments).
Au total, 76.822 cas de réactions indésirables ont été observés sous hydroxychloroquine seule, 89.692 cas sous azithromycine seule et 607 avec les 2. Une association avec l'hydroxychloroquine était suspectée dans 28,4% des cas de réactions indésirables rapportées sous ce médicament, une association avec l'azithromycine dans 60,8% des cas.
Parmi les cas de réactions indésirables suspectés d'être directement associés aux médicaments étudiés, il y avait significativement plus de cas d'allongement de l'intervalle QT et/ou de tachycardie ventriculaire dont les torsades de pointes avec l'hydroxychloroquine seule (136 cas) et l'azithromycine seule (480 cas) qu'avec les autres médicaments.
L'hydroxychloroquine était également significativement plus souvent associée à des troubles de la conduction cardiaque (bloc atrioventriculaire et bloc de branche), avec 75 cas, et à une insuffisance cardiaque, avec 203 cas.
Aucune autre réaction indésirable cardiovasculaire au médicament n'était significativement associée à ces 2 agents.
Le taux de cas de QT long et/ou torsades de pointes/tachycardie ventriculaire était 2,36 fois plus élevé avec l'azithromycine en monothérapie qu'avec l'hydroxychloroquine en monothérapie. L'association des 2 conférait un risque de rapport de ces réactions indésirables 2,48 fois plus élevé que chacune séparément.
Dans les deux tiers des cas, ces réactions indésirables cardiovasculaires survenaient chez des femmes.
Avec l'hydroxychloroquine, 8,4% des cas de torsades de pointes/tachycardie ventriculaire ont entraîné un décès, contre 20,2% des cas avec l'azithromycine. Les cas de QT long, sans torsades de pointes/tachycardie ventriculaire, n'ont entraîné aucun décès sous hydroxychloroquine, et un décès dans 5,4% des cas avec l'azithromycine.
Le taux de décès imputable aux insuffisances cardiaques associées à l'hydroxychloroquine était de 20,7%. La dose d'hydroxychloroquine était plus élevée dans les cas d'insuffisance cardiaque que dans les cas de QT long ou torsades de pointes/tachycardie ventriculaire.
Ces données ne permettent pas de calculer l'incidence ni le risque de ces réactions indésirables cardiovasculaires, mais "il est important de [les] garder à l'esprit dans le contexte du Covid-19, avec des patients présentant des facteurs de risque supplémentaires de QT long ou torsades de pointes dus à l'inflammation avec un taux élevé d'Il-6, l'hypokaliémie, les nombreuses co-médications, la bradycardie et les dosages plus élevés d'hydroxychloroquine", soulignent les auteurs.
(Circulation, publication en ligne du 22 mai)
cd/ab/APMnews

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