dépêche

 - 

Ouverture du "Ségur de la santé": Edouard Philippe expose 5 enjeux pour alimenter les concertations

(Par Jean-Yves PAILLÉ)
PARIS, 25 mai 2020 (APMnews) - Le premier ministre, Edouard Philippe, a ouvert lundi le "Ségur de la santé" en proposant un cadre de discussions autour des enjeux de la reconnaissance des soignants en matière de rémunération et d'évolution de carrière, du financement de l'hôpital dans le territoire, de la façon de lever les freins aux évolutions, de l'organisation du système de santé sur le territoire et du recours au numérique.
La tenue d'un "Ségur de la santé" correspond à un engagement du président de la République, Emmanuel Macron, rappelle-t-on (cf dépêche du 20/05/2020 à 18:27). Ce cycle de concertations avec les acteurs du système de santé, lancé lundi, doit aboutir à des conclusions mi-juillet (cf dépêche du 20/05/2020 à 18:27). Nicole Notat, qui fut secrétaire générale de la CFDT de 1992 à 2002, épaule le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, pour mener ce "Ségur de la santé" (cf dépêche du 20/05/2020 à 14:29).
Pour le premier enjeu, Edouard Philippe a souligné lundi, lors d'une réunion de lancement en visioconférence avec les représentants des secteurs sanitaire et médico-social, la nécessité de "montrer notre reconnaissance aux soignants" et de "garder intact leur motivation et leur vocation". Cela "se traduira dans les rémunérations", a indiqué le premier ministre, assurant que la "revalorisation sera significative", ce qui sera aussi le cas de "l'augmentation de l'Ondam [objectif national des dépenses d’assurance maladie] dans les années à venir".
"Le chantier de la reconnaissance des soignants concerne en réalité tous les enjeux de ressources humaines", a-t-il poursuivi, jugeant qu'il "faut également agir sur les déroulés de carrière, sur les métiers eux-mêmes". Il a évoqué des avancées au niveau des "formations, coopérations entre professionnels, pratiques avancées et compétences", mais a assuré qu'"il faut aller plus vite" et "plus loin".
"Dans ce cadre, la question du temps de travail n'est pas taboue", a-t-il souligné, faisant référence à la volonté du ministre des solidarités et de la santé de "revoir le cadre d'organisation du temps de travail à l'hôpital" (cf dépêche du 18/05/2020 à 17:54). "Le maître-mot doit être le pragmatisme. [...] J'ai dit qu'il fallait lever les contraintes de toutes natures, le temps de travail doit être regardé de la même façon", a insisté le premier ministre
Selon lui, la crise est l'occasion "de débloquer la question des statuts" des médecins hospitaliers. Et de commenter: "Nous devons adapter les conditions d'exercice à la variété des parcours" et "reconnaître l'engagement dans des activités non cliniques" (recherche, enseignement et management).
Le deuxième enjeu présenté est "l'investissement et les modalités de financement de l'hôpital". Edouard Philippe a confirmé l'annonce, fin novembre 2019, de la reprise d'un tiers de la dette des hôpitaux publics (cf dépêche du 13/01/2020 à 12:41) et le lancement d'un "plan d'aide à l'investissement de proximité de 150 millions d'euros (cf dépêche du 14/01/2020 à 12:40) par an". Selon lui, "il faut aller plus loin", annonçant qu'"un vaste plan d'aide à l'investissement [...] viendra compléter cette reprise massive de dette."
Il a aussi évoqué la nécessité de réorienter ces investissements, estimant qu'une "partie de ce programme" doit être consacrée "aux investissements au niveau des territoires pour accélérer les coopérations entre la ville, l'hôpital, le médico-social", ainsi qu'"entre le public et le privé".
Capture d'écran
Capture d'écran
Edouard Philippe a annoncé qu'"à la lumière de ces orientations", les règles du fonctionnement du comité interministériel de la performance et de la modernisation de l'offre de soins hospitaliers (Copermo) "devront être revues","pas pour se lancer dans une course effrénée de constructions de nouveaux bâtiments", mais "pour accélérer les projets, les ancrer dans les besoins des territoires, accompagner les hôpitaux dans leurs démarches de désendettement et financer tous ces projets d'investissement".
Sur les modalités de financement des activités, il a souligné que dès 2021 doivent être mises en oeuvre les réformes de financement de la psychiatrie (cf dépêche du 30/04/2020 à 11:44), des soins de suite et de réadaptation -SSR- (cf dépêche du 25/10/2019 à 08:37) et des urgences. Le premier ministre a prôné l'objectif d'atteindre 2 milliards d'euros de financement à la qualité en 2022 et de réduire la part de la tarification à l'activité (T2A) à 50%.
Le troisième enjeu est de "lever les freins à la réforme du système de santé". Il a jugé que la crise due au Covid-19 a permis de "matérialiser d'un choc de simplification" qu'il "faut à tout prix conserver dans tous les domaines".
Sur la question de la gouvernance hospitalière, il a souligné que la mission Claris fera des propositions "utiles en la matière" (cf dépêche du 19/12/2019 à 17:27). Et d'analyser: "Je ne suis pas sûr que les règles actuelles de gouvernance aient causé pendant la crise [...] de réelles difficultés. Ma conviction est que la réponse réside bien plus dans le mode de management que dans les règles de gouvernance."
Il a estimé que "ce qui a fonctionné pendant la crise" est "un mode de management efficace qui responsabilise chacun dans son rôle avec de vraies possibilités d'agir". "Il serait utile de réfléchir aux moyens de renforcer cette voie" par exemple, à l'hôpital, en "généralisant les délégations d'enveloppes au niveau des services".
Le quatrième enjeu est "de bâtir une nouvelle organisation du système de santé dans chaque territoire, intégrant l'hôpital, la médecine de ville et le médico-social". Cette organisation au niveau territorial "a été une des conditions de bonne réponse au système de santé pendant la crise". Il a mentionné l'appui dans certains endroits à des "dynamiques déjà en oeuvre", comme le déploiement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).
"Si nous amplifions cette dynamique collective, [...] nous devons pouvoir couvrir tout le territoire de CPTS d'ici un an", a-t-il mis en avant. Il a également mentionné des initiatives villes-hôpital, dont la prise en charge et le suivi des malades du Covid-19 à domicile, par exemple. L'objectif "est d'identifier les meilleures pratiques".
Le dernier enjeu mentionné est le numérique. Outre le développement de la télémédecine, il a fait valoir la nécessité de "mieux exploiter nos données, que les hôpitaux les partagent plus et que nous bâtissions un écosystème qui nous permettra de les utiliser au service de la médecine et au service du patient".
Il a estimé que l'espace numérique de santé qui sera mis en place en 2022 (cf dépêche du 25/03/2019 à 11:17) aurait pu permettre durant la crise "de grandement faciliter le suivi des patients à domicile".
Ces cinq enjeux "devront selon moi guider vos travaux tout au long du 'Ségur de la santé', mais ils sont, bien entendu, évoqués à titre de propositions et ils n’ont pas vocation à limiter le champ de la discussion", a tenu à préciser Edouard Philippe à l'attention des acteurs du système de santé conviés à suivre son intervention en visioconférence.

La crise exige de "très certainement de changer de rythme", pas "nécessairement de cap"

Edouard Philippe s'est également lancé dans un bilan des mesures majeures engagées dans la santé par le gouvernement.
"Avec Agnès Buzyn [prédécesseure d'Olivier Véran à la tête du ministère des solidarités et de la santé], qui a porté une véritable ambition de transformation, le gouvernement a bâti le plan 'Ma santé 2022' (cf dépêche du 26/07/2019 à 10:56) et le plan d'urgence pour l'hôpital (cf dépêche du 20/11/2019 à 16:26)", a-t-il rappelé.
"Notre stratégie était fondée sur des principes simples, souvent en rupture avec ce qui avait pu être défendu précédemment. Nous avons mis fin à la sempiternelle baisse des budgets de la santé, cessé de demander à l'hôpital de faire toujours mieux avec moins et à la médecine de ville de s'organiser sans lui en donner les moyens, nous avons commencé à privilégier la qualité des soins, plutôt qu'une logique comptable, nous avons commencé à casser les logiques de silos pour encourager les coopérations entre la médecine de ville et l'hôpital et le secteur médico-social", a-t-il détaillé
"Je continue à penser que c'était le bon cap. On verra d'ailleurs si les concertations le remettent en cause. Je le dis avec humilité: le gouvernement sera à l'écoute pour compléter ces grands axes s'ils s'avèrent lacunaires", a lancé le premier ministre.
"La crise n'exige de nous non pas nécessairement de changer de cap, mais très certainement de changer de rythme. Et d'ajouter: "La crise exige de nous que le rythme du changement et les moyens nouveaux pour l'hôpital changent le quotidien des personnels soignants dans les tout prochains mois, que nous prenions les mesures nécessaires pour déverrouiller un système bloqué depuis des lustres."
"La crise sanitaire que nous venons de traverser est à la fois un révélateur et un accélérateur. Il vous appartiendra dans les prochaines semaines d'en détailler les enseignements", a-t-il annoncé.
Plusieurs centaines de personnes auraient été conviées à assister à cette visioconférence. Figurent en particulier les représentants des secteurs sanitaire, médico-social et social, qu'il s'agisse des responsables des fédérations professionnelles, des organisations syndicales des personnels médicaux et non médicaux, des conférences, des syndicats de médecins libéraux, des représentants des usagers ou encore des collectifs (cf dépêche du 22/05/2020 à 15:44).
jyp/san/ab/APMnews

[JYP7QAW25K]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jour sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi