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La "Big pharma" tente de rassurer sur l'accès aux futurs vaccins contre le Covid-19

GENEVE, 29 mai 2020 (APMnews) - Les patrons de Pfizer, Johnson & Johnson (J&J), AstraZeneca et GlaxoSmithKline (GSK) ont souhaité se montrer rassurants sur la capacité de l'industrie pharmaceutique à permettre un accès équitable aux vaccins qu'ils sont en train de développer dans le Sars-CoV-2, lors d'une visio-conférence de presse organisée jeudi par la Fédération internationale des industries et associations pharmaceutiques (IFPMA).
Ces quatre laboratoires travaillent au développement d'un vaccin pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 et mais tous ont assuré qu'il faudra que plus d'un vaccin se montre efficace pour pouvoir garantir un accès global.
Paul Stoeffels, directeur scientifique de J&J, a ainsi estimé que 15 milliards de doses de vaccins seront probablement nécessaires pour stopper la diffusion du Covid-19 et qu'il faudrait "entre 5 et 10 vaccins" disponibles sur le marché pour répondre à cette demande.
Lors d'une précédente conférence organisée par l'IFPMA, AstraZeneca, CSL Behring, Merck KGaA, Merck & Co, Pfizer, Sandoz (groupe Novartis) et Takeda avaient déjà défendu l'idée que la diversité de leur R&D constituait un atout, rappelle-t-on (cf dépêche du 30/04/2020 à 19:28).
Pascal Soriot, directeur général d'AstraZeneca. Emma Walmsley, directrice générale de GSK. Albert Bourla, PDG de Pfizer. Paul Stoeffels, directeur scientifique de Johnson & Johnson (J&J)
Pascal Soriot, directeur général d'AstraZeneca. Emma Walmsley, directrice générale de GSK. Albert Bourla, PDG de Pfizer. Paul Stoeffels, directeur scientifique de Johnson & Johnson (J&J)

Actuellement, près de 200 candidats vaccins sont en cours de développement, dont une dizaine sont entrés en phase clinique.
Parmi les projets les plus avancés, figure celui d'AstraZeneca. Le laboratoire a annoncé jeudi s'être allié avec Oxford Biomedica pour augmenter la production d'un candidat vaccin basé sur un vecteur viral, qu'il développe avec l'université d'Oxford (cf dépêche du 28/05/2020 à 18:55). Pascal Soriot, directeur général d'AstraZeneca, a indiqué lors de la conférence que les résultats de la phase I/II seront "très prochainement" disponibles, des phases II/III impliquant plusieurs dizaines de milliers de participants devant débuter à l'été au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Le laboratoire travaille par ailleurs avec GSK pour ajouter des centres de tests à son réseau.
Son programme de recherche est soutenu financièrement par la Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA), qui dépend du département de la santé américain. "Nous avons une chaîne d'approvisionnement pour les Etats-Unis, une pour l'Europe et nous étudions une solution séparée pour l'Asie", a fait savoir Pascal Soriot, qui a précisé que le laboratoire réalise ces investissements "à perte" pour le moment. Il a souligné à plusieurs reprises que "seule une industrie pharmaceutique solide et en bonne santé peut fournir cette réponse".
Pascal Soriot a aussi assuré que le laboratoire était en discussion avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les questions d'accès aux vaccins. La Bill & Melinda Gates Foundation, le CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations), la BARDA, la Gavi (Global Alliance for Vaccins and Immunization) ont également été cités par les quatre laboratoires comme des interlocuteurs réguliers sur la question de l'accès.
Albert Bourla, PDG de Pfizer, qui dispose d'un candidat vaccin avec BioNTech dont les essais cliniques ont débuté aux Etats-Unis et en Europe, a ainsi assuré qu'il travaillait dès maintenant sur la question de l'accès. "Chaque gouvernement voudra avoir les vaccins pour lui... Même s'il y a des discussions avec l'OMS, j'ai bien peur qu'il faille couper la poire en deux", a-t-il avancé. "Je suis en train de réfléchir à la meilleure façon d'assurer un accès juste et de ne pas oublier les pays non privilégiés, qui ne sont pas des marchés intéressants dans une perspective commerciale, mais dans une perspective humaine", a-t-il indiqué.
Pfizer, qui espère pouvoir prouver l'efficacité et la sûreté de son vaccin en octobre dans le meilleur des cas, en a déjà débuté la production, avec là encore des réseaux séparés entre Etats-Unis et Europe. "Nous commençons déjà à préparer le matériel, à vider les lignes de productions en vue de les consacrer à la production de vaccins, à mettre en place de nouvelles lignes", a-t-il détaillé. En Europe, le laboratoire américain s'appuiera notamment sur les usines de BioNtech. "Tous les investissements sont réalisés à risque", a insisté Albert Bourla.
Concernant l'accès aux pays les moins favorisés, le dirigeant n'a pas caché qu'il pourrait intervenir plus tard. "La technologie que nous utilisons aujourd'hui nécessite un stockage des produits à -18°, ce qui n'est pas très pratique pour l'approvisionnement en Afrique par exemple. Mais nous y travaillons et je suis sûr que, dans un deuxième temps, nous serons capables de développer et produire un vaccin qui ne nécessite pas autant de contraintes", a-t-il indiqué.

Renoncer à la propriété intellectuelle serait "dangereux"

L'autre enjeu réside dans la quantité de doses d'antigènes et d'adjuvants qu'il faudra fournir par vaccin pour qu'il soit efficace. GSK espère pouvoir contribuer à résoudre ce problème. Sa directrice général, Emma Walmsley, a expliqué avoir multiplié les collaborations en Europe, aux Etats-Unis et en Asie pour la fourniture de son adjuvant, qui permet de diminuer la dose d'antigène nécessaire. Le laboratoire a d'ailleurs annoncé hier qu'il sera capable de produire un milliard de doses de son adjuvant en 2021 (cf dépêche du 28/05/2020 à 18:55).
Paul Stoeffels a pour sa part soulevé l'enjeu de la production de flacons pouvant contenir les vaccins. "Nous augmentons la capacité de production de nos usines et en construisons de nouvelles en Europe, aux Etats-Unis et en Asie", a-t-il indiqué. "Mais transformer une usine ne se fait pas en une nuit et peut nécessiter 8 à 12 mois", a-t-il prévenu.
L'ensemble des dirigeants ont assuré qu'ils réalisent aujourd'hui tous les investissements "à risque" et qu'ils ne prévoient pas de faire de bénéfice ni de demander de redevances sur les produits qu'ils fournissent pendant la période de pandémie.
Ils ont aussi insisté sur "l'urgence" de réaliser les développements et les investissements dès à présent. "Nous courons après le temps car l'épidémie ralentit en Europe, elle est encore en cours au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, mais si la maladie arrive à un niveau très bas, il sera beaucoup plus difficile de mener des essais cliniques", a ainsi expliqué Pascal Soriot. Le dirigeant exclut aujourd'hui d'utiliser la technique du "human challenge", qui consiste à mettre sciemment les patients au contact du virus Sars-CoV-2 pour tester l'efficacité du vaccin, mais a reconnu qu'il sera peut-être nécessaire d'envisager cette technique si l'épidémie s'arrêtait partout dans le monde.
Interrogé sur la question du prix des vaccins, Albert Bourla a assuré qu'il n'en "savait rien" et que ce n'était pas une question qui avait été abordée pour le moment au sein de son laboratoire. "Je n'ai pas eu sur la table de projections de ventes", a-t-il assuré. Pascal Soriot n'a pas non plus fourni de montant mais a glissé qu'"au vu du prix du test RT-PCR du Covid-19 aujourd'hui, qui est de près de 15 dollars dans la plupart des pays, un vaccin serait immédiatement coût efficace, et aurait un impact économique car il ne faudra plus tester les gens aussi souvent".
Les quatre dirigeants ont enfin rejeté en bloc la possibilité de renoncer à la propriété intellectuelle sur leur futur vaccin.
"La propriété intellectuelle est fondamentale pour notre industrie" a considéré Emma Walmsley, qui a aussi affirmé qu'il n'y a "aucune preuve que la propriété intellectuelle soit un obstacle pour l'accès".
Albert Bourla a même estimé que la suppression de la propriété intellectuelle serait "un non-sens" dans cette situation. "Près de 600 biotech et d'autres sociétés sont venues voir Pfizer ces dernières semaines pour demander de l'aide. Les gens investissent des milliards [de dollars], des centaines de biotech sont impliqués... et nous voulons prendre leur propriété intellectuelle? Ce serait dangereux", a-t-il considéré.
mjl/eh/APMnews

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