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Mobilisation en faveur de l'hôpital: des milliers de manifestants battent le pavé à Paris

(Par Aurélie FRANC et Maryannick LE BRIS)
PARIS, 16 juin 2020 (APMnews) - Des milliers de manifestants se sont rassemblés mardi en milieu de journée à Paris, à proximité du ministère des solidarités et de la santé, à l'appel de plusieurs syndicats et collectifs, pour réclamer une revalorisation des salaires et davantage de moyens pour l'hôpital, a constaté APMnews.
Photos: Aurélie Franc/APMnews
Photos: Aurélie Franc/APMnews
Les professionnels des établissements de santé et médico-sociaux -paramédicaux, médecins et non-soignants- répondaient à l'appel de 11 organisations à se mobiliser en faveur de la revalorisation salariale de tous les personnels, du renforcement des effectifs, des moyens financiers des établissements, et de l'arrêt des fermetures de lits et de réouvertures.
Cet appel unitaire a été lancé par l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI CFE-CGC), la CGT, Force ouvrière, l’Unsa et SUD santé-sociaux, ainsi que les Collectifs Inter-Hôpitaux, Inter-Urgences et Inter-Blocs, le Printemps de la psychiatrie et la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et des maternités de proximité (cf dépêche du 04/06/2020 à 17:27).
Photo: Aurélie Franc/APMnews
Photo: Aurélie Franc/APMnews
Elles étaient 18.000 personnes, selon la préfecture de police, à avoir convergé à Paris autour de la place Laroque, à proximité du ministère, où se sont succédé les prises de parole avant le départ du cortège vers les Invalides.
Dans la journée, des rassemblements avaient aussi lieu dans toute la France, devant les hôpitaux parisiens, à Lyon, Rennes, Brest, Pau, La Rochelle, Caen, Niort, Clermont-Ferrand, Grenoble, Compiègne...
Un peu plus de trois semaines après le lancement du "Ségur de la santé", qui doit permettre de traduire la promesse du chef de l'Etat d'un "plan massif pour l'hôpital" en tirant les leçons de la crise sanitaire du Covid, plusieurs syndicats ont déjà exprimé leur inquiétude sur la méthode employée et l'aboutissement des discussions (cf dépêche du 27/05/2020 à 19:44).
Les modalités d'application de la prime Covid ont de plus suscité des mécontentements, et ont été perçues comme un mauvais signal donné aux personnels (cf dépêche du 10/06/2020 à 17:18).
Philippe Martinez et Mireille Stivala, de la CGT. Photo: Maryannick Le Bris/APMnews
Philippe Martinez et Mireille Stivala, de la CGT. Photo: Maryannick Le Bris/APMnews
"Cela fait plus d'un an que les personnels des hôpitaux sont mobilisés", a rappelé pendant le rassemblement Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. "Le diagnostic, on le connaît", il faut désormais savoir "quels moyens financiers l'Etat met" pour le système de santé.
"Ce sont 100.000 emplois qu'il faut créer à l'hôpital, 200.000 dans les Ehpad [établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes]", a-t-il chiffré. "Il faut annuler la dette des hôpitaux."
"Quand on a été capable de mettre plus de 10 milliards d'euros pour aider les entreprises privées, on doit être capable d'en mettre autant, si ce n'est plus, pour aider la santé publique, la santé des citoyens", a-t-il poursuivi.
Au sein des discussions du Ségur, "pour l'instant, on tourne un peu en rond", a déclaré à APMnews Mireille Stivala, secrétaire générale de la CGT santé et action sociale. "Nous n'avons toujours pas du gouvernement, malgré nos demandes, [le chiffrage] de l'enveloppe destinée aux négociations".
Elle a rappelé la demande d'une revalorisation "de 300 euros net supplémentaires immédiatement pour les salariés, l'arrêt des restructurations en cours, l'embauche de personnels". La CGT "compte peser à l'intérieur du Ségur pour porter les revendications des salariés, mais continue à mobiliser, car seul le rapport de force peut obliger le gouvernement à rendre effectives ses promesses et les traduire par des actes concrets", a-t-elle considéré.

Le ministre demandé à la table des négociations

Vendredi aura lieu une deuxième réunion en multilatérale sur les carrières et les rémunérations, a-t-elle précisé. Lors de cette prochaine réunion, "nous voulons un ministre autour de la table", a-t-elle indiqué.
"Il faut que les réponses soient à la hauteur de ce qu'ont vécu tous les personnels mobilisés, sans relâche" pendant la crise sanitaire, a fait valoir Yves Veyrier, secrétaire général de FO, évoquant le secteur de la santé, public comme privé, mais aussi le secteur médico-social.
"On nous parle d'un plan de relance face à la crise économique qui va suivre la crise sanitaire, il doit s'appuyer notamment sur les politiques en matière de santé."
Si "on ne peut pas régler en 10 jours un problème qui date d'il y a plus de 15 ans sur le financement et l'organisation de l'hôpital, sur les salaires, il faut voir ce que le gouvernement est prêt à mettre sur la table", a pointé Didier Birig, secrétaire général de la fédération FO des personnels des services publics et des services de santé.
"Notre cahier de revendications commun est quasiment finalisé, nous avons exigé la présence du ministre [Olivier Véran] pour que nous puissions entamer de réelles négociations" sur l'aspect financier, a-t-il également fait savoir.
Photo: Aurélie Franc/APMnews
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Outre une revalorisation salariale immédiate, les syndicats attendent "un engagement pour revoir les métiers et les carrières pour améliorer leur attractivité", a-t-il ajouté.
"On a assez vite compris que le Ségur ne serait pas le lieu où on aurait des réponses à nos revendications", a estimé auprès d'APMnews Olivier Youinou, cosecrétaire général de SUD santé AP-HP, qui a quitté les discussions du Ségur.
"Il faut des personnes décisionnaires en face de nous", a-t-il indiqué. "S'il y a des négociations, on a toute notre place", a-t-il répondu, interrogé sur le fait de savoir si le syndicat pourrait réintégrer le Ségur à cette condition.
"Si on n'obtient pas une revalorisation des salaires dans 15 jours, on ne l'obtiendra jamais", a déclaré au micro le Dr François Salachas, du Collectif Inter-Hôpitaux, connu pour avoir interpellé le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, en février sur ses intentions pour l'hôpital.
"Au-delà des salaires, il y a quelque chose de très important, c'est la gouvernance. Il n'est plus admissible que des directions hospitalières agissent avec maltraitance sur les soignants dans l'objectif d'équilibrer les comptes de l'hôpital, en ayant complètement oublié l'objectif, qui est le patient", s'est-il exclamé, applaudi par la foule.

"Le coronavirus a exacerbé les problèmes"

En début d'après-midi, les rues devant le ministère des solidarités et de la santé se sont progressivement chargées de manifestants. Leurs revendications étaient aussi bien brandies sur leurs pancartes que portées sur leurs blouses ou leurs masques.
Certains les scandaient, en coeur: "plus de fric pour l'hôpital public", "de l'argent pour l'hôpital, pas pour le capital", ou encore "et un… et deux… et 400 euros", faisant référence aux augmentations de salaires souhaitées par l'intersyndicale.
Parmi les soignants rencontrés à la manifestation par APMnews, tous demandaient d'augmenter les moyens pour la santé, ainsi qu'une revalorisation des salaires.
Corinne Desfontaines, infirmière diplômée d'Etat dans un service de réanimation du groupe hospitalier (GH) Diaconesses-Croix-Saint-Simon (Paris), s'est occupée de patients Covid durant toute la crise. Elle a dit manifester "pour que, s'il y a une autre crise, on soit prêt", expliquant avoir travaillé pour sa part "avec des masques périmés" alors qu'elle passait "12 heures dans les chambres" de ses patients.
Des étudiants étaient également présents dans le cortège, comme Manon Pasquier, étudiante en soins infirmiers. Pour elle, c'était important de manifester aujourd'hui, car "on ne veut pas arrêter notre métier dans cinq ans parce qu'on n'en peut plus".
Pour sa collègue, Lydie Emidi, "le coronavirus a exacerbé les problèmes" déjà préexistants. Toutes les deux éligibles à la prime pour les étudiants en soins infirmiers (cf dépêche du 12/06/2020 à 11:58), elles ont déclaré à APMnews ne pas l'avoir reçue en date de mardi.

Les non-soignants aussi "marqués" par la crise

Parmi le peu de personnes extérieures à l'Ile-de-France présentes à la manifestation, Mylène Guillemot, infirmière aux urgences et membre du collectif Inter-Urgences, avait fait le déplacement depuis Sens avec certains de ses collègues. Elle a préféré venir à Paris, car "c'est plus parlant un groupe de 10.000 que 10 groupes de 1.000".
Pour Alexis Balouard, infirmier en salle de réveil à l'hôpital Bichat (AP-HP), qui participait à sa "troisième manifestation de soignants", le fait qu'autant de non-soignants soient présents à une telle manifestation est inédit.
Photo: Aurélie Franc/APMnews
Photo: Aurélie Franc/APMnews
"On voit que les gens ont été marqués" par la crise du coronavirus, a-t-il estimé. C'est le cas de Laurence Pelgrin, non-soignante mais mère d'un étudiant de 5e année de médecine. Pour elle qui dit avoir "applaudi" pendant toute la crise, il était impensable de ne pas venir manifester. "C'est important d'être là, solidaire", parce que les soignants "étaient là pour nous" pendant la crise.
Des débordements violents ont eu lieu en fin de manifestation. "Les soignants ne sont pour rien aux violences sur la place des Invalides", a déclaré sur Twitter Patrick Pelloux, porte-parole de l'Amuf, accusant "des groupes de toutes sortes". "C'est de la manipulation de foule et ils nous ont volé la manifestation pacifiste unitaire", a-t-il déploré.
mlb-af-san/ab/APMnews

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