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Covid-19: le conseil scientifique assure que le confinement généralisé ne pouvait être évité

PARIS, 19 juin 2020 (APMnews) - Lorsque la décision d'un confinement généralisé en France a été prise en réponse à la crise du Covid-19, "on n'avait pas le choix", ont assuré jeudi plusieurs membres du conseil scientifique, auditionnés par la mission d’information sur l’impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l’épidémie de coronavirus.
Cette mission d'information, qui est dotée des prérogatives d'une commission d’enquête (cf dépêche du 03/06/2020 à 16:49), a entendu jeudi Jean-François Delfraissy, Arnaud Fontanet, Bruno Lina et Lila Bouadma, tous membres du conseil scientifique. Ce dernier a été installé le 11 mars auprès de l'exécutif pour le conseiller dans le cadre de l'épidémie de Covid-19, rappelle-t-on.
L'une des principales décisions de l'Etat pour limiter les conséquences sanitaires de cette épidémie a été celle d'un confinement généralisé. Instauré le 17 mars pour une durée de 8 semaines, il fait l'objet d'un assouplissement progressif depuis le 11 mai.
"Est-ce que ce confinement aurait pu être évité?" s'est enquis le rapporteur de la commission, Eric Ciotti (LR, Alpes-Maritimes), lors de l'audition.
L'avis du conseil scientifique en faveur de cette mesure a été "très difficile", a répondu son président Jean-François Delfraissy, pointant les nombreuses inconnues entourant alors le sujet. "Je n'ai pas dormi pendant 3-4 nuits à la suite de cela!"
"J'ai déjà vécu des crises difficiles", a-t-il poursuivi, faisant référence aux épidémies de VIH/Sida et d'Ebola. Mais "un impact aussi brutal que cette crise [du Covid-19], je ne l'avais jamais eu".

"On est vraiment passés sur le fil"

"A la date où la décision a été prise, on n'avait pas le choix", a assuré l'épidémiologiste Arnaud Fontanet, rappelant la situation d'alors: un afflux de patients à l'hôpital, une "situation grave en développement" qui prenait "une tournure extrêmement sérieuse et grave", des modèles mathématiques révélant le démarrage d'une "courbe exponentielle", d'autres pays en Europe subissant la même situation (Italie et Espagne)...
"On est vraiment passés sur le fil", a-t-il noté, soulignant que les pays européens qui ont tardé à mettre en place un confinement "l'ont payé cher", notamment le Royaume-Uni qui va "probablement avoir la mortalité la plus élevée d'Europe".
Il a également fait valoir que tous les pays européens avaient choisi le confinement malgré des situations parfois "mieux maîtrisées", sauf la Suède, qui "s'interroge aujourd'hui" sur cette décision.
En Asie, "quelques pays ont géré sans confinement" (Taïwan, Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour) alors qu'ils étaient très exposés du fait de leur proximité avec la Chine, mais ils ont déployé "toute une série de mesures" (tests, masques, hygiène des mains, suivi informatique...) et ils sont par ailleurs "encore sous une tension extrême".
L'épidémiologiste a estimé que le confinement total déployé en France avait été nécessaire pour "construire les éléments de la période de sortie" du confinement, mais aussi qu'il avait permis aux zones non touchées de le rester.
"Je crois que le fait d'avoir confiné d'emblée à l'échelon national a permis de préserver les régions de l'Ouest de la France", a-t-il déclaré. Il a fait le parallèle avec le blocage des frontières, qui selon lui ne "marche pas parce que les gens contournent", et qui permet tout au plus de gagner 5 à 10 jours sur la propagation d'une épidémie.
Le chercheur a par ailleurs été interrogé sur ses préconisations quant au port du masque. Ce à quoi il a répondu que ce dernier était utile dans les lieux confinés car si le Sars-CoV-2 se transmet principalement par le biais de gouttelettes, il existe une hypothèse "de plus en plus plausible" de transmission par les aérosols. Or, les lieux confinés "se prêtent" à ce type de transmission même lorsque la distance physique est maintenue, et il faut donc selon lui "penser à aérer", "porter le masque dans le métro", etc.

Un nouveau confinement généralisé ne sera "ni possible ni souhaitable"

Interrogé sur l'éventualité d'une deuxième vague épidémique, Jean-François Delfraissy a estimé, au nom du conseil scientifique, que ce risque devait "être considéré" compte tenu de la circulation virale dans l'hémisphère Sud et de la nature du virus, et qu'il fallait s'y préparer dès maintenant afin de ne pas se retrouver dans la situation de la mi-mars.
Une "vraie deuxième vague" pourrait ainsi revenir dans l'hémisphère Nord à la fin octobre, voire en novembre-décembre, a-t-il exposé.
Mais d'après le conseil scientifique, déployer de nouveau un confinement généralisé ne sera "ni possible ni souhaitable", et "ne sera pas accepté par la population française". Les raisons ne sont pas seulement économiques, elles sont aussi sociétales.
Selon le Pr Delfraissy, le défi pour les politiques sera alors d'expliquer que la population jeune pourra continuer l'essentiel de ses activités (tout en prenant l'ensemble des précautions nécessaires) tandis que les personnes les plus à risque devront se protéger, grâce à un confinement partiel mais "toujours avec leur acceptation".
Il a par ailleurs plaidé pour la constitution d'un comité de liaison citoyenne qui permettrait d'avoir une réflexion sur la réponse à élaborer face à une éventuelle deuxième vague épidémique.
Jean-François Delfraissy a adressé deux messages en conclusion: il faut "anticiper pour mieux préparer" et avoir "une vraie réflexion sur l'avenir et la construction de la santé publique en France".
sb/sl/APMnews

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