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Covid-19: le Cnom saisit l'ordre des Hauts-de-Seine après les propos polémiques du Pr Perronne

PARIS, 25 juin 2020 (APMnews) - Le Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom) a fait savoir mercredi soir qu'il saisissait le conseil départemental de l'ordre (CDOM) des Hauts-de-Seine à la suite des propos polémiques tenus par le Pr Christian Perronne dans les médias sur la gestion de la crise du Covid-19.
"Il a été demandé au conseil départemental de l’ordre des médecins de se saisir et d'instruire le dossier du Pr Perronne et d’informer le Cnom des suites qui seront données", a fait savoir l'ordre à APMnews dans un courriel. Le bureau du Cnom s'était réuni sur le sujet en début d'après-midi, a-ton appris auprès de l'instance.
Il reviendra donc au CDOM des Hauts-de-Seine de décider si les propos tenus par le Pr Perronne constituent ou non des faits susceptibles d'une plainte devant la chambre disciplinaire de première instance (CDPI) d'Ile-de-France.
Si le Cnom peut directement saisir la CDPI d'une plainte, il ne peut toutefois le faire qu'après un vote en séance plénière, note-t-on. La prochaine séance étant programmée en septembre, l'ordre a donc opté, en réunion de bureau, pour une saisine du conseil départemental dont dépend le Pr Perronne dans un souci de réactivité, ce qui ne lui interdit pas de reprendre la main par la suite.
Le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP, Garches, Hauts-de-Seine), fait l'objet de vigoureuses critiques de la part de ses pairs sur les réseaux sociaux depuis une dizaine de jours, en raison de propos tenus à l'occasion d'entretiens télévisés où il promeut son dernier ouvrage consacré à la gestion de la crise sanitaire.
Publié le 17 juin aux éditions Albin Michel, ce livre intitulé "Y-a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commise?" et sous-titré "l'union sacrée de l'incompétence et de l'arrogance", entend montrer "à quel point la crise du Covid-19 a été un désastre sanitaire", selon son éditeur.
L'ouvrage, dans lequel il se rallie au Pr Didier Raoult, directeur de l'institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, pour promouvoir l'hydroxychloroquine (Plaquenil*, Sanofi) dans le traitement du Covid-19, a été mis en pièces par le directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch (cf dépêche du 18/06/2020 à 12:27).
Interrogé l'avant-veille de la sortie du livre sur BFMTV, il estimait à ce sujet que son utilisation aurait permis d'éviter 25.000 décès.
"On a eu près de 30.000 morts en France. Si on avait utilisé la chloroquine pour tous, peut-être que 25.000 morts auraient été évitées. Comparez avec les autres pays qui ont utilisé la chloroquine systématiquement, c'est évident, ça saute aux yeux", a-t-il affirmé.

Accusations de corruption

"Mais tout cela a été masqué pour les intérêts de laboratoires pharmaceutiques qui voulaient promouvoir d'autres molécules, et malheureusement beaucoup de mes collègues ont touché beaucoup d'argent de ces laboratoires - ça me désole, ces collègues étaient des amis, mais c'est la réalité", a-t-il ajouté.
Ses propos rejoignent sur ce point la thèse développée mardi soir par le Pr Raoult devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise du Covid-19, au cours de laquelle il s'en est pris à la volonté de chercheurs français de se focaliser sur le remdésivir (Gilead), suggérant des conflits d'intérêts (cf dépêche du 24/06/2020 à 22:48).
Fin mai, sa propre équipe de l'hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP, Garches, Hauts-de-Seine) a retiré de la plateforme de preprint MedRxiv une étude favorable à l'hydroxychloroquine, largement biaisée, rappelle-t-on (cf dépêche du 26/05/2020 à 12:03).
"C'est totalement hallucinant pour moi ce déni du traitement de Raoult", a-t-il commenté le 16 juin dans l'émission d'André Bercoff à l'antenne de Sud Radio. Il a accusé le directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID)", le Dr Anthony Fauci, défavorable à ce traitement, d'être "totalement lié à l'industrie pharmaceutique".
"Cela m'évoque exactement ce qu'Olivier Véran a décidé dans son arrêté [décret, NDLR] en disant 'bon allez, la chloroquine est interdite c'est très dangereux', alors que ça marche super bien, tous les pays qui ont utilisé l'hydroxychloroquine ont des taux de mortalité largement inférieurs aux autres, il faut arrêter de raconter des sornettes".
Un décret publié le 27 mai avait abrogé la possibilité prescrire sous certaines conditions l'hydroxychloroquine (Plaquenil*, Sanofi) et l'association lopinavir + ritonavir (Kaletra*, Abbvie et génériques) aux patients atteints du Covid-19, rappelle-t-on (cf dépêche du 27/05/2020 à 16:05).
Reprochant ensuite aux autorités et à l'administration leur attentisme et leur besoin de disposer de preuves pour promouvoir un tel traitement, il a affirmé que les "sociétés savantes sont totalement corrompues".
"La plupart des sociétés savantes ont des centaines de milliers, voire des millions d'euros sur leurs comptes en banque, qui viennent de l'industrie pharmaceutique. J'étais totalement scandalisé par ce lien de beaucoup d'experts avec l'industrie pharmaceutique et cette corruption, j'ose le dire [...] qui a plongé des dizaines de milliers de Français dans la mort, il ne faut pas avoir peur des mots", a-t-il développé.
Le 18 juin, lors d'un entretien dans l'émission de Jean-Marc Morandini sur CNEWS, il a accusé des confrères nantais hospitaliers d'avoir "laissé crever" son beau-frère touché par le Covid-19 en refusant de lui administrer de l'hydroxychloroquine (Plaquenil*, Sanofi).
"Mon beau-frère était hospitalisé à Nantes. Il était âgé certes, il avait besoin d'un peu d'oxygène, il aurait pu être sauvé par le traitement, eh bien les jeunes médecins du service -c'était au téléphone, je ne pouvais pas me déplacer, il y avait le confinement- m'ont dit 'on a interdiction de prescrire, puisque le service d'infectiologie du CHU de Nantes a dit à toute la région qu'il ne fallait pas en donner'. Donc ils ont laissé crever mon beau-frère pour ça", a-t-il affirmé.
Ces propos ont suscité de vigoureuses réactions sur les réseaux sociaux, poussant par exemple le Dr Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l'hôpital Bichat (AP-HP) à lancer le 19 juin une pétition qui a recueilli jeudi 2.400 signatures, réclamant à l'ordre des médecins de se saisir du dossier.
Dans un communiqué diffusé le 21 juin, la Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf) a dénoncé "les affirmations sans fondement qui ont été diffusées sur des chaînes de radio-télévision nationales au cours des derniers jours", jugées "d'autant plus graves qu'elles sont l'oeuvre d'un médecin, chef de service dans un hôpital".
"Les propos sont graves, car ils font passer pour des 'criminels' les médecins qui s'appuient sur les données de la science pour soigner leurs patients, tout en cherchant à imposer des traitements probablement inefficaces", souligne la Spilf.
"En se fondant sur les données solides disponibles à ce jour, on peut affirmer que : la prescription de l'hydroxychloroquine aux patients atteints par la Covid-19 n'a pas fait la preuve de son efficacité [et que] les études rigoureuses réalisées par des équipes sans a priori, au niveau international, ont toutes conclu sur l'absence de bénéfice, tandis que le risque de décès lié à un mauvais usage est lui parfaitement avéré", observe la société savante.
"Au nom de l'éthique, du respect des victimes et de leurs familles, ainsi que de tous les professionnels de santé fortement impliqués dans cette pandémie, nous condamnons cette communication sans fondement", écrit-elle.
Sollicité par APMnews afin de savoir si une plainte était à l'ordre du jour concernant le Pr Raoult, l'ordre des médecins a répondu par la négative.
Interrogé début juin sur les conditions de déroulement de son étude sur l'association hydroxychloroquine et azithromycine dans le viseur de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) (cf dépêche du 03/06/2020 à 18:14), le Cnom avait indiqué que tous les éléments lui parvenant "concernant la mise en oeuvre et l’utilisation d’études et de thérapeutiques par le Pr Didier Raoult seront communiqués sans délai au conseil départemental de l’ordre compétent, afin qu’il soit éclairé dans l’appréciation du dossier".
"L’analyse d’un dossier est en effet, en premier lieu, systématiquement confiée au département duquel le médecin est inscrit au tableau", précisait le Cnom le 5 juin.
vg/ab/APMnews

[VG1QCGX60]

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