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Aménagement du temps de travail, profession médicale intermédiaire..., Olivier Véran précise plusieurs mesures RH du Ségur de la santé

(Par Sabine NEULAT-ISARD et Valérie LESPEZ)
PARIS, 3 août 2020 (APMnews) - Aménagement du temps de travail, recrutements, profession médicale intermédiaire..., Olivier Véran a précisé plusieurs mesures relatives aux ressources humaines du Ségur de la santé, dans un entretien à APMnews, accordé jeudi dernier.
APMnews: Une des mesures du Ségur de la santé est de permettre aux hôpitaux de négocier et d'aménager le temps de travail. Quel est le calendrier?
Olivier Véran lors de la clôture du Ségur de la santé, le 21 juillet 2020 (capture d'écran)
Olivier Véran lors de la clôture du Ségur de la santé, le 21 juillet 2020 (capture d'écran)
Olivier Véran: On souhaite que ça aille vite. Nous faisons le choix de la confiance aux établissements de santé et aux équipes qui y travaillent. Car ce sont les équipes et établissements qui, dans leur retour d’expérience de la crise, ont rapporté que pendant la période de liberté qui leur était conférée, ils avaient pu trouver des schémas d'organisation plus souples, plus flexibles qui leur avaient permis non seulement de répondre à la demande de soins mais aussi de permettre aux soignants de s'organiser différemment pour plus d'efficacité. Et les soignants disaient que cela les satisfaisait.
Deuxièmement, lorsque nous sommes allés, avec le président de la République à la Pitié-Salpêtrière [le 15 mai], plusieurs soignants nous ont fait part des rigidités statutaires les empêchant de faire des heures supplémentaires dans leur propre hôpital et qui les poussaient à travailler en complément dans un autre. D'autres souhaitaient faire des journées de 12 heures car cela leur semblait mieux correspondre aux besoins de service et à leurs attentes sur le plan personnel. Il y avait aussi une infirmière qui avait un doctorat en soins infirmiers et était revenue au même poste comme si rien n'avait changé.
Le cadre de souplesse proposé est un cadre sécurisé nationalement -on ne sort ni de la fonction publique hospitalière évidemment, ni des 35 heures - et rien ne sera imposé à qui que ce soit. Ce qu'on souhaite, ce sont des accords locaux qui puissent être contractualisés entre les directions d'établissements et les équipes pour pouvoir non seulement déclencher le principe d'engagement collectif mais aussi apporter de la souplesse là où c'est nécessaire.
Par exemple, la possibilité de contractualiser jusqu'à 5 heures supplémentaires par semaine, majorées de 50%, la possibilité de travailler en 12 heures. Ces questions doivent être abordées contractuellement et dans le cadre du dialogue social au sein des établissements. On n'a pas voulu imposer nationalement.
Comment allez-vous procéder pour permettre le recrutement de 15.000 personnes supplémentaires?
Il y a plusieurs enjeux. On augmente de 5 à 10% le nombre d'infirmières en formation, il y a aussi plusieurs centaines de milliers d'infirmiers qui n'exercent plus leur métier parce que ce n'est pas assez attractif. En restaurant l'attractivité, on va également réinciter un certain nombre de soignants à retrouver le chemin de l'hôpital et diminuer considérablement le nombre de postes vacants. En plus nous finançons des postes en donnant de l'argent supplémentaire aux hôpitaux. On cible en particulier les équipes de soutien, ce qu'on appelait avant les pools de remplacement. On les finance, on augmente l'attractivité, on forme davantage. Les financements seront dans le PLFSS [projet de loi de financement de la sécurité sociale] 2021.
Comme allez-vous procéder pour augmenter les capacités de formation?
Avec la ministre de la recherche et de l'enseignement supérieur, on travaille avec les régions puisque ce sont elles qui ont la responsabilité de former. Il est prévu d'étendre les capacités des instituts de formation en soins infirmiers [Ifsi] entre +5% et +10% en commençant dès la rentrée 2020 et d'augmenter les effectifs d'aides-soignants avec un objectif de doubler les entrées en formation d'ici 2025. Pour le financement, il y aura un accompagnement. C'est en discussion avec les régions.
Le Ségur évoque aussi la création d'une profession médicale intermédiaire. De quoi s'agit-il?
De nombreux établissements ont besoin de professionnels capables de faire des prescriptions Aujourd'hui, même une IPA [infirmière de pratique avancée] doit appeler le médecin de garde pour en avoir une. Une profession intermédiaire, venant compléter l'offre de soins, pourra simplifier le quotidien de tout le monde, et cela correspond à l'appétence des soignants d'évoluer dans la carrière. De manière à rassurer les professionnels libéraux, j'ai bien cadré les choses et ce sera dans le milieu hospitalier et sous la responsabilité d'un médecin. Je connais la sensibilité du sujet. Il faut partir de l’acquis des IPA et le développer. C’est pourquoi je vais confier aux ordres infirmier et des médecins, qui en ont accepté le principe, une mission préfiguratrice sur ce que pourrait être cette profession. Je leur demanderai de me faire des propositions très concrètes dans les 6 mois.
Certaines organisations de praticiens hospitaliers ont refusé de signer le protocole le 13 juillet. Elles demandent un second round. Y en aura-t-il un?
Lors des négociations, il n'y avait pas de front uni des syndicats. Ils étaient d'accord pour cumuler quantitativement leurs demandes et on arrivait à des sommes colossales. Je leur ai donné un budget non extensible [450 M€ d'euros par an] et leur ai dit de se mettre d'accord sur les propositions. Si les syndicats m'avaient demandé de choisir une réévaluation du temps de travail et des gardes, j'y allais. Une majorité de syndicats s'est retrouvée sur la revalorisation de l'indemnité de service public exclusif et la création de nouveaux échelons en fin de carrière de praticien hospitalier.
Agnès Buzyn avait promis de lancer une mission sur la permanence des soins en établissements de santé. Est-elle en cours?
J'ai promis de lancer une réflexion de façon très concrète sur les questions de plages de temps de travail additionnel sur la permanence des soins. C'est important de regarder les choses. Mais ce ne sera pas un deuxième round du Ségur.
Globalement, des moyens colossaux ont été dégagés pour l'hôpital: 8,2 milliards d'euros par an, tous les ans, c'est 40 fois plus que les derniers accords sur les salaires. Maintenant, on a une feuille de route qui est gigantesque, notre enjeu est de la mettre en oeuvre rapidement.
san-vl/rm/APMnews polsan-une

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